

Une jeune fille à l’équilibre mental très fragile décide d’offrir à sa meilleure amie une poupée grandeur nature à son effigie…
Le succès de Megan ne pouvait pas laisser insensibles les responsables de la compagnie The Asylum, dont le cœur de métier est l’imitation à faible coût des grands hits du moment (tout particulièrement les films fantastiques, d’horreur et de science-fiction). N’ayant pas senti venir les prouesses au box-office du shocker réalisé par Gerard Johnston, le producteur David Michael Latt décide de se rattraper en profitant de l’annonce de la sortie de Megan 2.0 pour proposer sa propre histoire de poupée tueuse. Et comme il est toujours bon de semer la confusion chez les spectateurs, les petits génies de The Asylum trouvent un titre astucieusement mimétique : après Megan, voici Morgan. Il fallait y penser ! Quant à la date de sortie, elle est calée le 13 juin, devançant de presque quinze jours celle de Megan 2.0., comme à l’époque où Roger Corman se débrouillait pour couper l’herbe sous les pattes de Jurassic Park en distribuant son Carnosaur deux semaines avant le blockbuster de Spielberg. L’écriture et la réalisation de Morgan sont confiées à Jose Prendes, habitué aux séries B de cet acabit. Nous lui devons entre autres The Monster Man, Les Portes de l’enfer, The Exorcists ou Heretics. Il est donc en terrain connu.


Morgan raconte l’histoire de Darcy (Bix Krieger), une jeune fille traumatisée par la mort brutale de sa mère. Solitaire, marginale et franchement bizarre, elle tente de renouer les liens avec son ancienne meilleure amie, Astrid (Shelby Wright), à qui elle offre en guise de cadeau d’anniversaire Morgan, une poupée grandeur nature à son effigie. Surprise par un tel présent, Astrid découvre que Darcy est secrètement amoureuse d’elle et rêve que ses sentiments soient partagés – ce qui n’est pas le cas. Devenue la risée des amis d’Astrid, Darcy s’isole davantage, à la grande inquiétude de la psychologue qui s’occupe d’elle. Bientôt, une succession d’étranges événements et de morts inexpliquées frappent l’entourage d’Astrid. Car de toute évidence, Morgan n’est pas une simple poupée et semble animée par une sorte de quête meurtrière et vengeresse…
Le cadeau empoisonné
Morgan s’éloigne volontairement des canons esthétiques habituels des productions The Asylum. Ici, pas de robots ou d’extra-terrestres en images de synthèse bas de gamme mais une approche plutôt intimiste, dramatique et psychologique. Sans éclat mais soignée, la mise en scène capte efficacement les petites mesquineries entre les jeunes protagonistes, la marginalisation de Darcy et son obsession grandissante pour Astrid… L’entame fonctionne donc plutôt bien. Mais dès qu’il s’agit de basculer dans les codes du slasher, le film se prend les pieds dans le tapis. La cohérence n’a plus cours, les cadavres disparaissent comme par magie et les ficelles scénaristiques deviennent énormes. Quant au coup de théâtre qui nourrit le dernier acte, il se révèle parfaitement invraisemblable. Côté effets spéciaux, pas question de se compliquer la vie : une actrice avec un masque en plastique blanc et le tour est joué. Au passage, le look de cette poupée n’a rien à voir avec celui que montre le poster. Seul visage connu du casting, Michael Paré cachetonne mollement dans le rôle du père veuf qui écoute du jazz en dînant avec sa fille et se laisse draguer par sa prof de yoga. Nous sommes finalement très loin du concept de Megan, qui aura juste servi d’impulsion pour donner naissance à ce scénario certes original mais franchement improbable.
© Gilles Penso
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