28 ANS PLUS TARD : LE TEMPLE DES MORTS (2026)

Cette suite directe de 28 ans plus tard se lance dans un audacieux grand écart entre la violence la plus crue et des élans de poésie quasi-métaphysiques…

28 YEARS LATER : THE BONE TEMPLE

 

2026 – GB

 

Réalisé par Nia DaCosta

 

Avec Ralph Fiennes, Jack O’Connell, Alfie Williams, Erin Kellyman, Chi Lewis-Parry, Emma Laird, Sam Locke, Robert Rhodes, Ghazi Al Ruffai, Maura Bird

 

THEMA ZOMBIES I SAGA 28 JOURS PLUS TARD

Dès les préparatifs de 28 ans plus tard, le réalisateur Danny Boyle et le scénariste Alex Garland envisagent cette suite tardive de 28 jours plus tard comme une trilogie. Les événements décrits dans 28 semaines plus tard, quant à eux, sont un peu laissés de côté, sans pour autant entrer en contradiction avec la cohérence globale de la saga. Si Boyle met lui-même en scène le premier opus de ce triptyque, il cède la place à Nia DaCosta pour Le Temple des morts. La talentueuse réalisatrice du western moderne Little Woods et du drame psychologique Hedda s’était déjà frottée aux franchises préexistantes avec plus ou moins de bonheur (l’intéressant Candyman d’un côté, l’anecdotique The Marvels de l’autre). Ici, elle se voit offrir une très grande liberté et peut donc pleinement exprimer sa propre sensibilité. DaCosta tient à respecter l’esprit du travail de Boyle tout en envisageant de se lancer dans un film « déjanté, singulier et artistiquement personnel », pour reprendre ses propres termes. Et pour bien marquer une rupture stylistique, les outils de prise de vue ne sont plus les mêmes. Après les iPhones 15 Pro du premier 28 ans plus tard, 28 ans plus tard : le temple des morts emploie des caméras numériques Arri Alexa 35, plus proches des goûts esthétiques de la cinéaste.

La tonalité elle aussi a changé. Le jeune Spike (Alfie Williams) est encore au cœur de l’intrigue, mais il passe souvent au second plan pour que les nouveaux enjeux de cette séquelle puissent se développer. Après la description d’une famille dysfonctionnelle, place à une autre thématique, beaucoup plus sombre : la nature du Mal avec un grand M. Le scénario de Garland s’intéresse ainsi à deux trajectoires parallèles. La première est celle des « Doigts », une secte d’enfants tueurs que mène le sataniste Sir Lord Jimmy Crystal (Jack O’Connell) et dans laquelle s’est embrigadé Spike bien malgré lui. La seconde suit le docteur Ian Kelson (Ralph Fiennes) qui règne toujours sur son « Temple des Morts », le corps peinturluré d’iode écarlate pour lutter contre les effets du virus de la rage. Ce dernier brise sa solitude en amadouant Samson (Chi Lewis-Parry), un redoutable alpha infecté, grâce à une drogue à base de morphine qui apaise ses souffrances et réveille chez lui les bribes de son humanité perdue. Inévitable, la rencontre entre les adorateurs du diable – qui sèment la terreur en rase campagne – et le médecin athée – qui honore les morts en leur érigeant des monuments – s’apprête à prendre une tournure inattendue…

Memento Mori

Le film de Nia DaCosta ne se réfrène ni sur la violence sanglante, ni sur le gore douloureux. Et si les infectés continuent à massacrer à tour de bras pour alimenter leur insatiable faim anthropophage, ce sont les exactions des humains qui se révèlent finalement les plus brutales. Voir ces enfants sauvages se livrer aux pires actes de cruautés, sous la houlette d’un illuminé biberonné aux Télétubbies, a quelque chose de profondément dérangeant. Cette barbarie contraste forcément avec la tranquille sérénité du docteur Kelson, qui s’efforce non seulement de comprendre les raisons de l’infection ayant transformé les humains en zombies mais aussi d’en enrayer les effets. Le temps d’une poignée de séquences vertigineuses, nous sommes alors transportés à l’intérieur de l’esprit des infectés pour découvrir leur perception altérée du monde. Lorsque la folie meurtrière s’invite dans le « Memento Mori » érigé par Kelson, le film atteint son point de bascule, via une séquence délirante au cours de laquelle « The Number of the Beast » d’Iron Maiden occupe soudain tout l’espace sonore. Au risque de s’aliéner une partie du public, DaCosta ose ainsi le grand-écart entre l’horreur, l’action, l’humour noir et la poésie macabre. Radical, déstabilisant, sans concession, délibérément éloigné des codes d’un blockbuster classique, 28 ans plus tard : le temple des morts finit par boucler la boucle de la saga à travers un épilogue faussement apaisé qui laisse une porte grande ouverte vers le troisième opus.

 

© Gilles Penso

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