

Le premier long-métrage 100% numérique du studio Disney met en scène l’exode d’une meute d’animaux préhistoriques en quête d’un hypothétique oasis…
DINOSAUR
2000 – USA
Réalisé par Eric Leighton et Ralph Zondag
Avec les voix de Alfre Woodard, Ossie Davis, Max Casella, Hayden Panettiere, D.B. Sweeney, Samuel E. Wright, Peter Siragusa, Julianna Margulies, Joan Plowright
THEMA DINOSAURES
Dinosaure n’a rien à voir avec le film qu’il était censé être. Le projet remonte à la fin des années 1980, porté initialement par le trio gagnant de Robocop : le réalisateur Paul Verhoeven, le producteur Jon Davison et le superviseur des effets visuels Phil Tippett. Leur idée consiste à concevoir un récit préhistorique réaliste avec des dinosaures évoluant dans un monde sauvage et brutal. À cette occasion, Tippett envisage de réutiliser quelques-uns des trucs employés pour son court-métrage Prehistoric Beast, afin de donner au film un look de reportage animalier. « Walon Green, l’auteur du scénario de La Horde sauvage, a écrit pour ce projet une histoire merveilleusement épique, qui culminait avec la fin de l’ère des dinosaures, soixante millions d’années dans le passé, au moment où la comète s’écrasait sur la Terre », raconte Paul Verhoeven. « Le climax était un combat entre un T-rex et un dinosaure herbivore, une lutte à mort comme celle d’Achille et Hector devant les murs de Troie, tandis que cette météorite écarlate traversait les cieux. » (1) Avec ce script en main et des dizaines de storyboards, Davison parvient à intéresser Jeffrey Katzenberg, alors à la tête de Disney. Mais la direction du studio change, Jurassic Park sort sur les écrans et désormais tout le monde ne jure plus que par l’image de synthèse. Peu à peu, l’ambition de Dinosaure change. Disney veut prouver que Pixar n’est pas la seule compagnie capable de réaliser des longs-métrages 100% numériques, et pour sécuriser l’investissement financier, on vise le jeune public.


S’il reste dans Dinosaure quelques bribes du récit dantesque conçu par Walon Green, la tonalité n’est plus du tout la même. Le film commence avec un œuf d’iguanaodon pris dans la tourmente d’une attaque de prédateurs. Après une série d’aventures rocambolesques qui rappellent celles de Moïse dans son panier au début du Prince d’Égypte – chute dans un torrent, passage entre les griffes d’un monstre aquatique, slalom au milieu de la végétation – l’œuf atterrit finalement dans les mains d’une famille de lémuriens. À leur contact, le bébé iguanaodon, baptisé Aladar, grandit dans un environnement chaleureux et sécurisé, découvrant l’amitié, la solidarité et la curiosité. Mais l’équilibre de sa vie paisible est brutalement menacé. Une météorite frappe en effet la Terre, déclenchant un cataclysme qui transforme la forêt luxuriante en désert aride. Aladar et les siens rejoignent alors un groupe de dinosaures en migration, dirigé par Kron et Neera. Ensemble, ils doivent traverser un paysage hostile, affronter des carnivores impitoyables, trouver de l’eau et apprendre à coopérer malgré leurs différences…
Préhistoire de synthèse
Il faut reconnaître que Dinosaure met le paquet sur le souci du détail de son imagerie numérique. Chaque écaille, chaque mouvement de queue, chaque souffle de vent dans le désert est rendu avec une précision quasi photographique. Certaines scènes marquèrent les esprits à l’époque, notamment l’attaque de la tempête de sable, le face-à-face avec les carnotaures ou encore la traversée du canyon asséché. Même si Disney ne peut pas résister à la tentation de faire parler ses dinosaures, ces derniers n’en perdent pas leur majesté. D’autant que le film a le bon goût d’éviter de se muer en comédie musicale. Rédigé par John Harrison (artiste éclectique qui signa aussi, dans un registre radicalement différent, la musique de Creepshow) et Robert Nelson Jacobs (Le Chocolat, Terre-Neuve, Souris City), le scénario définitif a été simplifié et expurgé de sa dimension biblique. Dinosaure cherche désormais à défendre des valeurs universelles telles que le courage, la solidarité et le sens des responsabilités. La trame elle-même n’est pas sans rappeler celle du Petit dinosaure et la vallée des merveilles de Don Bluth, tandis que la carte de l’humour est principalement assurée par la présence des lémuriens. Indiscutable réussite technique, Dinosaure marque une étape clé dans la transition de Disney vers l’animation 3D. Plus aucun long-métrage animé du studio, à l’exception de La Princesse et la grenouille, ne dérogera désormais à l’usage des images de synthèse. En attendant, les cinéphiles mélancoliques rêvent d’un monde parallèle dans lequel le Dinosaure de Paul Verhoeven existerait, aux côtés du Dune de Jodorowsky et du Napoléon de Kubrick.
(1) Propos extraits du livre « Mad Dreams and Monsters: the Art of Phil Tippett and the Tippett Studio » (Cameron Books)
© Gilles Penso
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