

Un policier enquête sur une série de meurtres particulièrement morbides commis par un assassin qui paralyse ses victimes…
LA TARANTOLA DAL VENTRE NERO
1971 – ITALIE / FRANCE
Réalisé par Paolo Cavara
Avec Giancarlo Giannini, Barbara Bouchet, Claudine Auger, Barbara Bach, Rossela Falk, Silvano Tranquilli, Annabella Incontrera, Ezio Marano, Stefania Sandrelli
THEMA TUEURS
Au départ, La Tarentule au ventre noir naît d’une démarche ouvertement opportuniste. Sensibilisé par le succès international de L’Oiseau au plumage de cristal de Dario Argento, Marcelo Danon, futur producteur de La Cage aux folles, cherche à lancer un giallo qui obéisse aux mêmes recettes. D’où le titre animalier énigmatique (la tarentule remplace l’oiseau) et la sollicitation du compositeur Ennio Morricone, alors en pleine période expérimentale. La réalisation est confiée à Paolo Cavara, que Danon connaît bien et qui a commencé sa carrière avec plusieurs documentaires à scandale (Mondo Cane, La Femme à travers le monde, I Malamondo, Witchdoctor in Tails). Pour le scénario, la production sollicite le prestigieux Tonio Guerra, auteur pour Fellini et Antonioni, qui accepte de superviser l’écriture mais laisse Lucile Laks rédiger le script définitif. Ce mélange de talents disparates va finalement accoucher d’une œuvre singulière, échappant à sa simple vocation de plagiat pour exhaler sa propre personnalité. La Tarentule au ventre noir se distingue aussi par la présence face à la caméra d’un trio de James Bond Girls : Claudine Auger (Opération tonnerre), Barbara Bouchet (Casino Royale) et Barbara Bach (L’Espion qui m’aimait). Les trois comédiennes apportent une indiscutable touche de glamour au film, surtout Bouchet qui n’a visiblement aucun problème de pudeur.


Le film commence par une séance de massage très sensuelle, pratiquée par un aveugle (Ezio Marano) sur une femme nue qui nous semble extatique (Barbara Bouchet), aux accents d’une mélopée langoureuse de Morricone. D’emblée, La Tarentule au ventre noir assume ainsi un caractère érotique bien plus exacerbé que dans L’Oiseau au plumage de cristal, qui lui sert pourtant de modèle. Lorsque la jeune femme est retrouvée assassinée, son ex-mari le courtier en assurances Paolo Zani (Silvano Tranquilli) devient le principal suspect de l’inspecteur Tellini (Giancarlo Giannini), chargé bien malgré lui de cette affaire sordide. Un peu plus tard, la vendeuse Mirta Ricci (Annabella Incontrera) est assassinée selon la même méthode : les deux victimes ont été paralysées par des aiguilles d’acupuncture empoisonnées introduites dans leur cou, puis les malheureuses ont été éventrées à l’aide d’un couteau acéré alors qu’elles étaient encore en vie et conscientes, de la même manière que les araignées sont immobilisées et tuées progressivement par les guêpes…
Pris dans la toile
Si le film dévoile peu à peu deux sous-intrigues qui semblent le rattacher au genre policier – un maître-chanteur et un trafic de drogue -, le mode opératoire du tueur et la mise en scène baroque de ses exactions nous transportent illico sur le terrain de l’horreur. Le principe des mises à mort se révèle en effet particulièrement morbide et la mise en scène de certains meurtres ne recule pas devant une pointe de gore. Mais La Tarentule au ventre noir ne se contente pas d’une seule partition. A mi-chemin entre le giallo pur et dur (la scène des mannequins et le look du criminel évoquent beaucoup Six femmes pour l’assassin), le polar musclé (la poursuite haletante sur les toits et dans la rue préfigure les acrobaties de Peur sur la ville) et le thriller introspectif (la recherche des indices dans les détails des photos nous ramène à Blow Up), le film de Paolo Cavara devient insaisissable. Sa plus grande originalité tient sans doute au traitement de son protagoniste. Ici, le héros policier ne cesse de remettre en cause sa mission et sa vocation. La caméra s’attarde sur ses moments intimes et quotidiens, loin de la tourmente des enquêtes. Il finit d’ailleurs par se noyer dans la masse des habitants de Rome, le temps d’un plan final presque documentaire dont la banalité est soudain brisée par l’animation d’une toile d’araignée stylisée qui recouvre tout l’écran. C’est ce jeu constant de ruptures et de mélanges de genres qui permet à La Tarentule au ventre noir de de se démarquer parmi les innombrables giallos ayant inondé les écrans en Italie dans les années 70.
© Gilles Penso
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