ALADIN OU LA LAMPE MERVEILLEUSE (1945)

Une version multicolore, féerique, comique et hautement fantaisiste du célèbre conte des mille et une nuits…

A THOUSAND AND ONE NIGHTS

 

1945 – USA

 

Réalisé par Alfred E. Green

 

Avec Cornel Wilde, Evelyn Keyes, Phil Silvers, Adele Jergens, Dusty Anderson, Dennis Hoey, Philip Van Zandt, Gus Schilling, Shelley Winters, Rex Ingram

 

THEMA MILLE ET UNE NUITS

Au milieu des années 40, comme tous les grands studios de l’époque, la Columbia a sous contrat plusieurs acteurs prometteurs et entend bien capitaliser sur leur potentiel. Le jeune premier Cornel Wilde ayant prouvé ses aptitudes à la fois dans des rôles très physiques et des prestations plus intériorisées (il fut Frédéric Chopin dans La Chanson du souvenir), le voilà promu tête d’affiche d’Aladin ou la lampe merveilleuse. Pour jouer à ses côtés, le studio mise sur l’abatage de l’humoriste Phil Silvers, futur héros d’une sitcom très populaire portant son nom. Les atouts de charme féminins sont assurés par la sculpturale Adele Jergens, ancienne danseuse et mannequin qui entre ici dans la peau de la princesse énamourée, et la pétillante Evelyn Keyes, qui jouait la sœur de Vivian Leigh dans Autant en emporte le vent. Pour mener ces comédiens pleins d’allant, le très prolifique Alfred E. Green prend la barre du projet. La filmographie de ce vétéran, qui a touché à tous les genres et dirigé des stars de la trempe de Mary Pickford, Barbara Stanwyck ou Bette Davis, compte près de 120 titres, sur une carrière qui s’étend entre 1916 et 1958. Contrairement à beaucoup de productions hollywoodiennes délaissant l’aspect purement fantastique des contes des 1001 nuits pour se contenter d’un joli décor exotique dans lequel s’animent les acteurs en pantalons bouffants, Aladin ou la lampe merveilleuse assume pleinement les monstres et merveilles inhérents à cet univers. Certes, nous ne sommes pas chez Ray Harryhausen, mais la magie opère tout de même ici à grande échelle.

Cornel Wilde campe un Aladin chantant, qui écume les marchés dans sa tenue élimée en séduisant les demoiselles grâce à sa voix de soliste d’opérette. Lorsqu’il ne compte pas fleurette, Aladin veille à ce que son ami Abdullah (Phil Silvers), un pickpocket excentrique, évite de s’attirer des ennuis. Mais lui-même n’hésite pas à courir tous les risques lorsque la situation l’exige. Ainsi se faufile-t-il dans la litière de la princesse Armina (Adele Jergens), la fille du sultan, profitant de sa visite dans les rues de la ville pour tenter de la charmer. Troublée, elle accepte de lever son voile pour lui montrer son visage et, le soir même, succombe au son manifestement irrésistible de ses chansons sirupeuses. Mais les gardes du sultan ne l’entendent pas de cette oreille, et c’est de justesse qu’Aladin et Abdullah parviennent à s’échapper, trouvant refuge dans une vieille grotte où – comme on l’imagine – ils finissent par tomber sur la lampe magique. Pendant ce temps, à la cour, le frère jumeau du sultan complote contre lui avec la complicité du vizir, à qui il promet la main d’Armina. Il emprisonne donc son frère et se fait passer pour lui.

L’Orient façon Hollywood

Aladin ou la lampe merveilleuse nous surprend d’abord par ses partis-pris ouvertement anachroniques. Sous prétexte que son personnage prétend être né avec 1200 ans d’avance, Phil Silvers véhicule un humour newyorkais parfaitement décalé, portant des lunettes, parlant un argot moderne, évoquant la télévision et les grandes actrices hollywoodiennes, bref enchaînant les clins d’œil autoparodiques. Côté « coups de coude » à l’attention du spectateur, on appréciera particulièrement le surgissement dans la grotte d’un géant qu’incarne Rex Ingram, habillé et maquillé exactement comme le génie titanesque qu’il incarnait cinq ans plus tôt dans Le Voleur de Bagdad. Du coup, le vrai génie, lui, n’a pas du tout le look attendu. C’est une jeune femme fougueuse (Evelyn Keyes) qui se fait appeler Babs et s’éprend d’Aladin. Au-delà de sa touche d’originalité, cette idée crée une rivalité amoureuse avec la princesse, ainsi que des situations comiques multiples dans la mesure où notre héros est le seul à pouvoir la voir et l’entendre. C’est aussi par Babs que s’expriment les passages les plus fantastiques du film, notamment les métamorphoses d’Aladdin en prince… ou en petit chien pour entrer discrètement dans le harem ! Serti dans un superbe Technicolor, orné de décors et de costumes somptueux, Aladin ou la lampe merveilleuse ne fait certes pas dans la finesse et « hollywoodise » plus que de raison les contes orientaux (les danses du ventre revisitées façon cabaret, les chansonnettes romantiques entonnées régulièrement par le héros), mais sa mission divertissante est allègrement remplie. Sa flamboyance, son humour et ses passages musicaux semblent d’ailleurs avoir partiellement servi d’inspiration au Aladdin des studios Disney.

© Gilles Penso

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