LA PETITE SŒUR DU DIABLE (1979)

Antita Ekberg, l’héroïne de La Dolce Vita, incarne une religieuse profondément perturbée qui se transforme en tueuse psychopathe…

SUOR OMICIDI

 

1979 – ITALIE

 

Réalisé par Giulio Berruti

 

Avec Anita Ekberg, Joe Dallesandro, Paola Morra, Alida Valli, Massimo Serato, Daniele Dublino, Laura Nucci, Alice Gherardi, Ileana Fraia, Lee De Barriault

 

THEMA TUEURS

« Ce film s’inspire d’événements réels qui se sont déroulés dans un pays d’Europe centrale il y a quelques années à peine », nous annonce le texte introductif de La Petite sœur du diable, aux accents d’un chœur religieux manifestement inspiré par la bande originale de La Malédiction. Mais si le succès du film de Richard Donner est alors dans toutes les mémoires, le diable qui s’immisce ici – et que le titre français reprend à son compte – n’a rien de surnaturel. Du moins pas frontalement. Car il est question de tentation, de névrose et de basculement progressif dans la folie meurtrière. De fait, l’annonce racoleuse qui sert de prologue à La Petite sœur du diable n’est pas un simple argument marketing. Le scénario co-écrit par Giulio Berruti et Alberto Tarallo s’inspire librement de l’histoire sordide mais bien réelle de Cécile Bombeek, une religieuse devenue dépendante à la morphine qui commit plus de trente meurtres dans un hôpital gériatrique de Wetteren, en Belgique, entre 1976 et 1977. Et c’est Anita Ekberg, l’héroïne de La Dolce Vita, qui accepte d’endosser ce rôle ingrat. La Petite sœur du diable est l’un des deux seuls films de fiction réalisés par Berruti, après la comédie Noi siam come le lucciole, l’homme ayant œuvré par ailleurs comme monteur et assistant réalisateur entre 1966 et 1979. Ce Killer Nun (tel qu’il fut baptisé outre-Atlantique) est sans doute son travail le plus connu… et le plus sulfureux.

Ekberg, alors presque quinquagénaire, campe Sœur Gertrude, une religieuse qui a repris son service dans un hôpital catholique pour personnes âgées, après une opération qui permit de lui retirer une tumeur au cerveau. Or depuis son intervention, elle souffre d’une profonde anxiété. Persuadée que son cancer est revenu, malgré les assurances du médecin-chef de l’établissement, le docteur Poirret (Massimo Serato), qui affirme qu’aucun élément ne va dans ce sens, Gertrude se montre de plus en plus instable. La Mère supérieure du couvent (Alida Valli) balaie également ses craintes, les attribuant à de l’hypocondrie. Seule Sœur Mathieu (Paola Morra), qui éprouve pour Gertrude une attirance secrète, estime que son inquiétude est fondée. Irritable, exagérément sévère avec les patients, Gertrude s’inquiète sans cesse pour sa santé physique et mentale. À l’insu du couvent, elle décide de mener une double vie, s’aventurant en ville pour s’adonner aux plaisirs sexuels dans les bras du premier inconnu venu. Elle commence également à consommer de la morphine et de l’héroïne par injection intraveineuse, substances que Sœur Mathieu dérobe pour elle à l’hôpital. Bientôt, un meurtre particulièrement violent frappe l’hôpital. Ce sera le premier d’une longue série…

Péché mortel

Même s’il se révèle moins provocant que les fleurons du genre « nunsploitation » (Le Couvent de la bête sacrée, Intérieur d’un couvent, On l’appelle Sœur Désir), La Petite sœur du diable sacrifie tout de même à un certain nombre de passages obligatoires. Et si Anita Ekberg reste pudique à l’écran, sa collègue Paola Morra n’a pas tant de retenue. Celle-ci apparaît donc régulièrement dans son plus simple appareil, s’efforçant d’aguicher son aînée dès que l’occasion se présente. Plusieurs séquences de débauche (dont l’une assez gratinée avec un paralytique) ponctuent par ailleurs le métrage. Si la brutalité des mises à mort reste la plupart du temps suggérée, nous avons tout de même droit à une scène de cauchemar excessive avec un crâne ouvert et un cerveau à vif, mais aussi à la torture d’une patiente en gros plan avec des épingles et un scalpel. Mais finalement, c’est surtout la descente aux enfers à l’intérieur du crâne de son héroïne qui semble intéresser Giulio Berruti, plus que la démonstration graphique de ses forfaits. Plus complexe qu’il n’y paraît, le film ne manque pas d’humour, notamment à travers le portrait de sa petite galerie de patients sans âge au langage souvent fleuri et à l’extraversion rafraîchissante. Quant au twist final, il ne nous surprend qu’à moitié mais permet de donner au récit tout son sens, en poussant jusqu’au bout le concept d’une schizophrénie devenue incontrôlable.

 

© Gilles Penso

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