BLUE DEMON CONTRE LE POUVOIR SATANIQUE (1966)

Le catcheur au masque bleu affronte un super-vilain surgi de son cercueil après 50 ans de repos et capable d’imposer sa volonté par hypnose…

BLUE DEMON VS EL PODER SATANICO

 

1966 – MEXIQUE

 

Réalisé par Chano Urueta

 

Avec Alejandro Moreno, Martha Elena Cervantes, Jaime Fernandez, Queta Garay, Glenda Castro, Fernando Osés, Mario Orea, Guillermo Hernandez, Margarito Luna

 

THEMA SUPER-HÉROS I POUVOIRS PARANORMAUX I SAGA BLUE DEMON I SANTO

Concurrent du célèbre catcheur Santo, dont il finit par envier la carrière au cinéma, Alejandro Moreno, alias Blue Demon (« Le démon bleu »), fait ses débuts sur les écrans en 1965 avec Blue Demon : El Demonio Azul, dans lequel il affronte un loup-garou. Pour son aventure suivante, Blue Demon contre le pouvoir satanique, le producteur Luis Enrique Vergara pense à un coup marketing imparable : demander à Santo de faire équipe avec lui. Le lutteur au masque d’argent participe certes au film, mais en réalité de manière très anecdotique. Il se livre en effet à un combat sur le ring – parfaitement déconnecté du reste de l’intrigue – puis vient saluer son confrère dans sa loge, en lui affirmant solennellement que la lutte contre le mal est noble, même si elle est semée de déconvenues. Pour le reste du métrage, Blue Demon devra se passer de ses services. Ici, notre fier catcheur au masque azur va devoir se frotter à un ennemi particulièrement redoutable : un criminel sadique aux pouvoirs paranormaux répondant au nom de Gustavo Fernandez et interprété avec un indiscutable charisme par l’acteur Jaime Fernandez. Nous le découvrons d’abord en 1914, où il est emprisonné et condamné à mort pour une série de crimes qu’on imagine abominables. Or Fernandez accepte la sentence sans broncher, un étrange sourire aux lèvres.

Ce super-vilain mi-sorcier mi-alchimiste a en effet prévu de se plonger dans un état de transe imitant la mort pour pouvoir s’échapper de la morgue dès que l’occasion se présentera. « La catalepsie se distingue de la mort par une seule chose : il n’y a pas de putréfaction », explique-t-il à son compagnon de cellule. Mais avant qu’il puisse s’évader, on l’enterre vivant. Il va donc lui falloir s’armer de beaucoup de patience. Cinquante ans plus tard, deux pilleurs de tombe découvrent son cercueil et sont naturellement surpris lorsqu’il en surgit, tel un vampire assoiffé de sang, pour les agresser avant de prendre la fuite. Fernandez regagne alors son repaire secret et décide sans plus tarder de recommencer ses actes criminels. En errant dans les bois, il croise un jeune homme et sa fiancée. Ce seront ses premières victimes du vingtième siècle. Par la force de sa pensée, à l’instar des futurs Scanners de David Cronenberg, il tue l’homme (qui s’avère être le cousin de Blue Demon), puis enlève la jeune femme. Hypnotisée, celle-ci satisfait ses appétits sexuels, avant de finir brûlée vive dans une pièce spécialement aménagée dans l’antre du monstre. D’autres demoiselles ne tarderont pas à tomber entre ses griffes, pour connaître le même sort. Entre deux combats de catch, Blue Demon décide de mener l’enquête. Mais comment mettre la main sur un criminel aussi insaisissable ?

Le vrai commencement de l’existence cosmique

Blue Demon contre le pouvoir satanique cultive savamment son atmosphère gothique, très proche d’autres films mexicains de la même époque tels que La Marque de la mort, Les Larmes de la malédiction ou Les Mystères d’outre-tombe. Le réalisateur Chano Urueta lui-même est un coutumier du genre, puisque nous lui devons des titres tels que La Tête vivante, Le Baron de la terreur ou Le Miroir de la sorcière. Notre vilain joue ainsi du piano, seul dans sa vaste demeure tapissée de toiles d’araignée et ornée de chandeliers, cerné par des tableaux d’un autre âge. Son regard hypnotique est filmé comme celui de Bela Lugosi dans Les Morts-vivants, avec une lumière directionnelle laissant émerger de l’obscurité ses yeux écarquillés, tandis que les ombres portées rampent sur les murs sous haute influence du cinéma expressionniste. Beaucoup de scènes sont d’ailleurs muettes, construites uniquement sur les échanges de regards. Ce qui n’empêche pas une voix off de traduire régulièrement les sombres pensées de Fernandez. « Vivre, c’est merveilleux », dit-il à l’une des femmes qu’il s’apprête à sacrifier dans un brasier. « Il est encore plus merveilleux de comprendre que la vie ne sert qu’à mourir. C’est là le vrai commencement de l’existence cosmique. » Comme souvent dans ce genre de film, l’action s’interrompt régulièrement pour céder la place à des combats sur le ring mais aussi à des intermèdes musicaux terriblement datés (les vocalises d’une chanteuse pop affublée d’une perruque invraisemblable, un twist collectif endiablé ou encore un boléro sentimental dans un club huppé). La molle enquête de Blue Demon, elle, avance à pas de fourmis. Notre catcheur massif passe son temps à lire ou à arpenter la forêt avec sa lampe de poche, sans beaucoup de résultats. Puis soudain, à dix minutes de la fin, il trouve le repaire de Fernandez, bloque ses pouvoirs grâce à sa force mentale et le met hors d’état de nuire, le réduisant à l’état de momie desséchée ! Blue Demon tiendra la vedette de 23 autres films, jusqu’en 1979.

 

© Gilles Penso

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