

Alex est très perturbé : le nouveau voisin qui vient de s’installer en face de chez lui est son parfait sosie, dans une version « améliorée »…
ALTER EGO
2026 – FRANCE
Réalisé par Nicolas Charlet et Bruno Lavaine
Avec Laurent Lafitte, Blanche Gardin, Olga Kurylenko, Marc Fraize, Zabou Breitman, Bertand Goncalves, Giovanni Pucci, Léo Garcia, Olivier Brabant, Olivier Bayart
THEMA DOUBLES
18 ans après La Personne aux deux personnes, 13 ans après Le Grand méchant loup, Nicolas Charlet et Bruno Lavaine – alias Nicolas & Bruno -, trublions spécialisés dans le détournement d’images d’archives qu’ils caviardent de voix off hilarantes, s’attaquent avec Alter Ego à leur troisième long-métrage. L’idée du dédoublement, déjà au cœur de leur premier film, prend ici une tournure vertigineuse, puisque deux hommes que tout oppose et qui se ressemblent pourtant comme deux gouttes d’eau cohabitent à l’écran. « Quand on écrit un scénario, on essaye de ne pas penser au casting », explique Bruno Lavaine. « L’idée, c’est de faire venir l’acteur au personnage et non l’inverse. » Mais dans le cas d’Alter Ego, l’acteur idéal s’impose naturellement à eux en cours d’écriture. « Il y a eu une exception car, en approchant de la fin, nous étions tous les deux d’accord sur le nom de Laurent Lafitte. » (1) Un dédoublement dans un film nécessite généralement une quantité importante d’effets visuels, mais Nicolas & Bruno n’ont ni les moyens, ni l’intention de multiplier les trucages. Leur mise en scène s’appuie donc majoritairement sur la double performance de Lafitte, de simples champs et contrechamps, des « split-screens » lorsqu’il faut voir les deux personnages ensemble dans le même plan, et la présence discrète mais indispensable d’une doublure tout juste sortie du Conservatoire d’Art Dramatique, en l’occurence Ahmed Hammadi Chassin.


Alex Floutard vit avec son épouse Nathalie (Blanche Gardin) dans une zone pavillonnaire. Proche de la cinquantaine, il travaille pour la Cogip, une entreprise locale, et mène une existence tranquille. Mais un jour, un nouveau voisin, Axel Chambon, s’installe dans une maison jumelée. Or Axel est son sosie parfait. A l’exception de leur implantation capillaire (Alex est chauve, Axel a une chevelure parfaite) et de leur style (l’un est engoncé dans des habits quelconques et trop grands, l’autre porte des costumes chic et élégants), ils sont physiquement identiques. Mais personne, sauf Alex, ne semble se rendre compte de cette ressemblance troublante. En découvrant l’épouse de ce nouveau voisin (la ravissante Olga Kurylenko, James Bond Girl de Quantum of Solace), sa belle voiture, sa grande cave à vin, son sens de la fête, son charme fou, Alex en tire un amer constat : « Ce type, c’est moi… en mieux. » Le sentiment de jalousie qui commence à se développer lentement mais sûrement vire à la paranoïa et à la panique lorsqu’Alex se rend compte qu’Axel travaille lui aussi à la Cogip et pourrait bien mettre en péril sa propre situation professionnelle…
Double jeu
Le scénario aurait pu patiner sans parvenir à se déployer de manière satisfaisante au-delà de la drôlerie de son concept. Mais Nicolas et Bruno parviennent à exploiter l’idée jusqu’au bout, profitant du postulat absurde d’Alter Ego pour brocarder la jalousie et la frustration chères à la nature humaine, illustrant à merveille l’adage selon lequel « l’herbe n’est pas plus verte ailleurs ». Au cœur de l’intrigue, l’obsession de la comparaison, l’envie, la convoitise et la rancœur rongent peu à peu notre personnage principal jusqu’à faire vaciller sa raison. La mise en scène joue alors la carte de la symétrie, plaçant dans le même cadre les deux maisons voisines qui sont collées, identiques et séparées par une haie, comme si l’une était le reflet exact de l’autre. Même sentiment de réciprocité visuelle lorsque nos deux sosies se font face, chacun assis à son bureau, dans une composition que n’aurait pas reniée Wes Anderson. Et l’on finit par découvrir que, de l’autre côté du miroir, les choses ne sont pas forcément ce qu’elles semblent être, que les apparences peuvent se révéler trompeuses. Parfaitement à l’aise dans un registre comique excessif, Laurent Lafitte crève doublement l’écran, agitant autant nos zygomatiques en bellâtre au sourire éclatant qu’en homme quelconque frustré par sa propre banalité. Et bien sûr, les fans de la première heure de Nicolas & Bruno se délecteront de la présence de la Cogip, cette fameuse entreprise factice qui sert de siège aux multiples délires du mythique programme télévisé Message à caractère informatif. À mi-chemin entre le fantastique et la comédie, Alter Ego eut logiquement les honneurs de deux festivals respectivement consacrés à ces deux genres, puisqu’il fut présenté en avant-première à la fois à Gerardmer et à l’Alpe d’Huez, où Lafitte remporta le prix d’interprétation masculine pour sa double prestation.
(1) Extrait d’une interview publiée sur Le Blog du cinéma en mars 2026. Lien vers l’article ici.
© Gilles Penso
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