

Après Steak et Rubber, Quentin Dupieux poursuit sa quête de l’absurde à travers l’histoire surréaliste d’un homme qui a perdu son chien…
WRONG
2012 – FRANCE / USA
Réalisé par Quentin Dupieux
Avec Jack Plotnick, Eric Judor, Alexis Dziena, Steve Little, William Fichtner, Regan Burns, Mark Burnham, Arden Myrin, Maile Flanagan, Todd Giebenhain
THEMA MAMMIFÈRES
Wrong est le troisième long de Quentin Dupieux, après Rubber et Steak qui avaient déjà largement permis au grand public de découvrir le grain de folie et les délires créatifs de ce musicien devenu cinéaste. « Je ne sais pas encore ce qu’est Wrong, je pense que je le découvrirais plus tard », avouait-il à l’époque où le film était présenté au festival du film indépendant de Sundance. « J’écris de manière inconsciente, je réalise chaque film très vite et je découvre son propos au moment du montage. Et ensuite, je le montre au public. C’est là que je commence vraiment à le comprendre. » (1) Wrong est donc tourné dans l’urgence, comme Rubber, non à cause d’exigences de production particulières, mais parce que c’est le rythme de travail auquel aime s’astreindre Dupieux. « Entre le début de l’écriture et la fin du montage, il a dû se passer six à huit mois, maximum », confirme-t-il. « L’idée, c’est de pouvoir en faire un ou deux par an, avec cette formule de production rapide. C’est le seul challenge que je m’impose, sinon je trouve ce métier très ennuyeux. Je ne pourrais pas passer trois ans sur le même film. » (2) Pour tenir la vedette de Wrong, Dupieux sollicite deux acteurs déjà familiers de son univers : Jack Plotnick (dont il se sentait frustré d’avoir sous-exploité le talent dans Rubber) et Eric Judor (co-star de Steak). À leurs côtés, on découvre Alexis Dziena (Broken Flowers), Steve Little (The Ugly Truth) ou encore ce bon vieux William Fichtner (Armageddon, La Chute du Faucon Noir, Prison Break).


Même s’il est tourné aux Etats-Unis avec une majorité d’acteurs américains, Wrong est – comme Rubber – une production française. Résumer son histoire est un véritable défi, tant Dupieux se joue des contraintes narratives pour nous balader de surprise en surprise. Essayons tout de même de saisir le point de départ du film. Un matin, Dolph se réveille dans sa maison de la banlieue californienne et se rend compte que son chien Paul a disparu. Après avoir interrogé en vain son voisin, s’être entretenu avec l’employée d’une pizzeria, un policier et son jardinier, il doit se rendre à l’évidence : Paul s’est volatilisé. Pour se changer les idées, il se rend comme tous les jours à son bureau, bien qu’il ait déjà été renvoyé depuis trois mois. Puis il découvre sur son palier un bouquet de fleurs accompagné d’un mot et d’un numéro de téléphone qu’il doit composer s’il veut savoir ce qui est arrivé à son chien. Jack Plotnick excelle dans le rôle de cet homme d’une passivité extrême, qui donne le sentiment de passer sa vie à tout subir : les absurdités débitées par son voisin, ses collègues de travail qui le méprisent, cette femme surgie de nulle part qui décide de s’installer chez lui, ce mystérieux kidnappeur de chiens qui lui prodigue des conseils… Plus la situation devient invraisemblable, moins Dolph refuse de lutter contre l’adversité, annonçant sous certains aspects le pathétique protagoniste que campera Joaquin Phoenix dans Beau is Afraid.
Chacun cherche son chien
Dès le prologue, au cours duquel un réveil passe de 7 h 59 à 7 h 60, on comprend que le film va nous entraîner dans une réalité alternative régie par une seule règle : la culture de l’absurde. Un univers où les employés d’un bureau vivent sous une averse permanente tombée des plafonniers, où les palmiers se transforment en sapins, où les morts ressuscitent sans que personne ne semble s’en étonner, où les crottes de chien ont des souvenirs que l’on peut visionner sur des moniteurs vidéo… Et puis il y a « Maître Chang », ce gourou au visage à moitié brûlé qui semble capable de manipuler les humains à distance pour parler à travers eux et prétend communiquer par télépathie avec les animaux domestiques. Nous voilà donc en plein surréalisme, sans que le cadre de l’histoire ne cesse pour autant d’afficher une banale normalité. C’est précisément ce décalage permanent entre le non-sens et la trivialité du quotidien qui fait de Wrong un objet insaisissable, quelque part entre David Lynch et les Monty Python. Quentin Dupieux ne cessera, au fil de sa carrière, de décliner des variations sur cette même partition, jusqu’à en faire sa marque de fabrique, sans jamais renoncer à cette liberté de ton qui rend son cinéma si singulier. Dès l’année suivante, il s’attaquera à son quatrième long-métrage : Wrong Cops.
(1) et (2) Extraits d’une interview publiée sur Allociné en mars 2012.
© Gilles Penso
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