

Les habitants d’une petite bourgade australienne provoquent de violents accidents de voiture pour piller les victimes et désosser les carcasses…
THE CARS THAT ATE PARIS
1974 – AUSTRALIE
Réalisé par Peter Weir
Avec John Meillon, Terry Camilleri, Kevin Miles, Rick Scully, Max Gillies, Danny Adcock, Bruce Spense, Kevin Golsby, Chris Haywood, Peter Armstrong
THEMA TUEURS
En 1974, Peter Weir n’est pas un nouveau venu. Il a déjà réalisé une bonne douzaine de courts et de moyens métrages dans son Australie natale. Mais avec Les Voitures qui ont mangé Paris, il s’attaque pour la première fois à la fiction sur un format long et crée une secousse inattendue. C’est en grande partie grâce à Weir et à ce film que le monde a commencé à comprendre qu’il se passait quelque chose d’important dans la cinématographie australienne. Ce choc culturel, qui allait marquer profondément les années 70 et 80, prend ici la forme d’une œuvre étrange et inclassable, à mi-chemin entre la satire sociale, le thriller, le film d’horreur et presque la science-fiction. Le titre lui-même est volontairement insolite, sachant que le Paris dont il est question ici n’est pas la capitale de la France mais une petite localité rurale de l’État de Nouvelles-Galles du Sud, dans la région de Riverin. C’est là que Peter Weir situe son intrigue, en nous offrant d’abord un faux départ. Les premières minutes imitent en effet les codes des films publicitaires des seventies : un couple jeune et beau, au volant d’une voiture de sport, arpente la campagne en riant, l’une fumant des cigarettes dont la marque est bien apparente, l’autre buvant du Coca, aux accents d’une musique funky enjouée. Beaucoup de spectateurs se laissent prendre au piège à l’époque, persuadés qu’il s’agit d’un spot de pub précédant le programme principal. Mais soudain, une roue se détache, les freins lâchent et le véhicule est violemment pulvérisé.


Nous entrons ainsi dans le vif du sujet, et il ne faut pas longtemps à Peter Weir pour nous dévoiler le concept surprenant de son film. Nous apprenons donc que la petite bourgade australienne de Paris, qui vit totalement en autarcie, organise des accidents de voiture mortels pour les visiteurs de passage. Les habitants récupèrent des objets dans les bagages des passagers décédés, tandis que les survivants sont emmenés à l’hôpital local où ils subissent des lobotomies à l’aide d’outils électriques et sont maintenus dans un état végétatif par le chirurgien de la ville, afin de servir de cobayes pour des expériences médicales. Les épaves des voitures, elles, sont récupérées pour servir de pièces détachées à des stock-cars bizarres destinés à la jeunesse locale. La prochaine victime des habitants de Paris est Arthur Waldo (Terry Camilleri). Alors qu’il traverse la région en voiture avec sa caravane, il réchappe de justesse à un violent accident de la route qui coûte la vie de son frère. Le maire de Paris (John Meillon) l’invite à séjourner chez lui, comme s’il faisait désormais partie de sa famille. Mais Arthur découvre les règles bizarres qui régissent cette petite communauté dont personne ne semble pouvoir s’échapper…
Dragons mécaniques
L’idée du film vient à Peter Weir lors d’un séjour en France, où les panneaux de signalisation des grands axes routiers le détournent régulièrement vers de petits villages. S’il envisage au départ d’en tirer une comédie, le scénario finit par prendre une tournure plus dramatique. D’où certaines scènes glaçantes, comme celle des habitants qui désossent intégralement une voiture accidentée pendant qu’un médecin et son infirmière dépouillent le chauffeur mourant sur un lit d’hôpital. Ou cette vision dérangeante des malades lobotomisés qui végètent comme des zombies entre les murs de la clinique locale. Plusieurs touches d’humour constellent tout de même le métrage, notamment lorsque la bande originale pastiche celle d’Il était une fois dans l’Ouest au moment où notre protagoniste fait face à une demi-douzaine d’hommes patibulaires habillés en cowboys. La ville elle-même ressemble d’ailleurs à un décor de western, comme si elle était restée bloquée dans le passé. Souvent déstabilisant, le film de Peter Weir place au cœur de sa narration le culte australien de la voiture, que George Miller poussera à son paroxysme dans Mad Max. On y voit déjà des véhicules bricolés à partir de carcasses diverses, vestiges d’une autre époque dont les pillards se sont emparés pour reconstruire leur propre monde. Les plus emblématiques de ces véhicules monstrueux arborent des gueules carnassières, des écailles reptiliennes, des ailerons tranchants, avec comme point d’orgue une Volkswagen entièrement hérissée de pointes acérées. L’attaque de la population par ces « dragons mécaniques » constitue le climax choc du film, qui fera sensation lors de sa présentation hors-compétition à la 27ème édition du Festival de Cannes.
© Gilles Penso
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