

Un couple parti se détendre à la campagne se retrouve bloqué dans une boucle temporelle qui se réinitialise toutes les cinq minutes…
CINCO MINUTOS MAS
2026 – ESPAGNE
Réalisé par Javier Ruiz Caldera
Avec Berto Romero, Belen Cuesta, Javier Camara, Carlos Bernardino, Pucho Lagarde, Claudia Melo, Marc Soler, Nias Tosas, Tian Tosas
THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS
Dès le début de sa carrière de réalisateur, amorcée à l’aube des années 2000, Javier Ruiz Caldera montre un fort penchant pour la comédie, qu’il accommode à toutes les sauces. Qu’il s’agisse de parodies pures et dures (Spanish Movie), de romances contrariées (3 mariages de trop), de fables paranormales (5 fantômes en terminale), de fresques guerrières (Malnazidos), de récits d’espionnage (Anacleto : Agent secret) ou de films de super-héros (Superlopez), le rire reste le dénominateur commun de son œuvre, à quelques exceptions près comme le biopic criminel Un homme d’action ou le drame familial Wolfgang. « J’ai toujours tourné des comédies, et je les adore, mais je me suis aussi essayé à d’autres genres », confirme-t-il. « Ce que j’aime, c’est mélanger les genres pour en faire un véritable cocktail. Et c’est avec Five More Minutes que cette démarche atteint son apogée. » (1) L’humour est donc ici toujours présent – le naturel revient toujours au galop -, mais il se teinte de science-fiction et même d’horreur. Le scénario est l’œuvre de Berto Romero, un acteur comique catalan très populaire en Espagne. Javier Ruiz Caldera tombe sous le charme de ce script bourré de rebondissements et décide de donner à Romero l’un des rôles principaux, les deux autres étant tenus par Belén Cuesta (La Casa de papel) et Javier Cámara (Parle avec elle).


Le couple qu’interprètent Cuesta et Romero bat de l’aile. Pour apaiser leurs querelles et tenter de faire le point, ils laissent leur petit garçon chez sa grand-mère et partent se mettre au vert le temps d’un week-end. La maison qu’ils ont louée est relativement isolée, dans un coin de campagne apparemment paisible. L’homme qui les accueille sur place, campé par Cámara, leur fait visiter la propriété, insiste sur la philosophie de déconnexion qui règne sur les lieux – le signal téléphonique y est pour ainsi dire inexistant – et leur remet les clefs. Tous les trois jettent un coup d’œil vers le ciel, sillonné par un petit avion, le couple commence à s’installer, leur hôte les salue… puis l’impossible survient : le temps recule de cinq minutes. Nos trois protagonistes se retrouvent dans la même position, tournés vers le ciel, incapables de comprendre ce qui vient de se passer. À peine remis de leur surprise, ils découvrent que ce « bégaiement » temporel se répète inlassablement, entraînant des conséquences de plus en plus catastrophiques…
Et ça continue, encore et encore…
Une comédie autour du principe des boucles temporelles, ça n’est pas nouveau depuis Un jour sans fin. Javier Ruiz Caldera et Berto Romero en sont bien conscients. Ils multiplient donc les défis pour que les spectateurs vivent une expérience unique en visionnant Five More Minutes. Le premier challenge consiste à ne faire durer ces boucles que cinq minutes. Sur un laps de temps aussi court, les péripéties et les situations semblent limitées. Tout l’art de ce récit à tiroirs va consister à varier les plaisirs autour d’un point de départ répétitif et à nous surprendre sans cesse en opérant de régulières – et violentes – ruptures de ton. L’une des idées inattendues consiste à imprégner ces « reboots » temporels d’une sorte de mémoire physique. Même si le temps rembobine sans cesse, les souvenirs et les conséquences ne s’effacent pas. Tout le monde se souvient de ce qui vient de se passer, les dommages et les blessures perdurent et les actes ont un poids qui pèse lourd. Chaque mauvaise décision entraîne donc les personnages dans un maelström d’effets papillon qui vire bientôt au cauchemar. Non content de devoir gérer ce casse-tête narratif, Caldera s’impose une contrainte supplémentaire : chaque boucle est tournée en plan-séquence, sans interruption de la caméra, et dure exactement 300 secondes. D’où un enchaînement de prouesses techniques virtuoses, notamment une boucle filmée au drone, ou une autre en « split-screen ». Extrêmement récréatif, Five More Minutes laisse entre chaque éclat de rire la place pour que s’insère une réflexion peu reluisante sur la nature humaine. Incapable de retenir la leçon de leurs erreurs, aggravant sans cesse ce qu’ils espéraient réparer, nos trois protagonistes réinventent le Huis-clos de Sartre en démontrant l’adage selon lequel « l’enfer, c’est les autres ». Bien plus profond et perturbant qu’il ne pouvait sembler de prime abord, Five More Minutes annonce le motif de l’anomalie dès ses prémices (la musique de l’autoradio qui s’interrompt plusieurs fois, la première boucle qui ressemble à une erreur de montage) et s’achève sur un dénouement ouvert, cynique et désenchanté.
(1) Extrait d’une interview publiée sur Cineuropa en septembre 2026
© Gilles Penso
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