

Deux espions aux méthodes opposées, l’un russe, l’autre américain, unissent leurs forces dans cette variante semi-parodique des aventures de James Bond…
THE MAN FROM U.N.C.L.E.
1964/1968 – USA
Créée par Sam Rolfe
Avec Robert Vaughn, David McCallum, Leo G. Carroll, John Herman Shaner, David Armstrong, William Burnside, Cosmo Sardo, Sharyn Hillyer, Barbara Moore
Au milieu des années 1960, alors que James Bond règne en maître sur les écrans de cinéma, la télévision américaine décide à son tour de s’emparer de la mode de l’espionnage. De cette envie de rivaliser avec les aventures de l’agent 007 naît Des Agents très spéciaux, une série imaginée par Norman Felton et Sam Rolfe, et diffusée sur NBC entre 1964 et 1968. En 105 épisodes, elle impose un univers singulier où l’action, le suspense, l’humour et la science-fiction se conjuguent avec une remarquable liberté de ton. Nous y apprenons qu’à New York, derrière la façade anodine d’une boutique de tailleur, se dissimule le quartier général de l’U.N.C.L.E. (United Network Command for Law and Enforcement), une organisation internationale chargée de combattre le crime organisé et les menaces pesant sur la stabilité du monde. À sa tête, Alexander Waverly confie ses missions à deux agents aux tempéraments diamétralement opposés : l’Américain Napoléon Solo et le Soviétique Illya Kuryakin. Leur adversaire récurrent, la redoutable organisation T.H.R.U.S.H., poursuit un objectif démesuré : prendre le contrôle de la planète en recourant à toutes les ressources de la science, de la manipulation et de la corruption. Dans le contexte de la guerre froide, le choix de faire travailler côte à côte un agent américain et un agent russe n’est évidemment pas anodin. Alors que les tensions internationales nourrissent quotidiennement l’actualité, la série imagine une alliance professionnelle qui dépasse les antagonismes idéologiques. Solo et Kuryakin ne défendent donc pas les intérêts de leurs nations respectives mais protègent un équilibre mondial menacé par une organisation criminelle sans frontières.


Napoléon Solo, incarné par Robert Vaughn, est l’élégance faite homme. Brun, séduisant et impeccablement vêtu, il possède l’assurance tranquille du professionnel qui sait généralement comment se sortir des situations les plus périlleuses. Face à lui, David McCallum compose un Illya Kuryakin plus réservé et mystérieux. Blond, flegmatique et amateur de jazz, il apporte un contrepoint idéal à son partenaire. Entre les deux hommes s’installe une complicité qui constitue l’un des principaux moteurs de la série. Le troisième pilier de cette distribution est le flegmatique Leo G. Carroll, qui prête ses traits à Alexander Waverly. Autour de ce trio gravitent de nombreux invités prestigieux. Joan Collins, Janet Leigh, Jack Palance ou Leslie Nielsen pointent ainsi le bout de leur nez. Même Kurt Russell apparaît dans la première saison alors qu’il est encore enfant. Les intrigues conduisent nos héros dans des décors exotiques, au contact de personnages extravagants et de savants aux inventions inquiétantes. Les gadgets occupent naturellement une place de choix : les armes dissimulées, les dispositifs électroniques et les appareils futuristes enrichissent régulièrement l’arsenal des agents. En face, T.H.R.U.S.H. ne manque pas d’imagination pour menacer l’humanité, à grand renfort de rayons de la mort, de projecteurs de radiations et de projets de domination mondiale mégalomanes. Cette dimension technologique, aujourd’hui délicieusement rétro, participe largement au charme de la série.
De nouvelles missions
L’humour quasi-omniprésent nous rappelle que rien n’est vraiment à prendre au sérieux dans Des agents très spéciaux. La filiation avec James Bond est d’autant plus tangible qu’elle ne doit rien au hasard, puisque Ian Fleming a participé à la genèse du personnage de Napoléon Solo. La série connaît un succès important dès sa première saison, diffusée en noir et blanc. Robert Vaughn et David McCallum deviennent rapidement des véritables superstars du petit écran. Mais cette réussite ne se maintient pas sans difficultés. Au fil des saisons, la production accentue progressivement son penchant pour la comédie et le burlesque. Les audiences finissent par s’éroder et la série s’achève en 1968, après quatre saisons. Son univers ne disparaît pourtant pas avec elle. En 1966, un premier dérivé, Annie, agent très spécial (The Girl from U.N.C.L.E.), confie à Stefanie Powers le rôle d’April Dancer, une jeune agente de l’organisation. Malgré cette tentative de prolonger la formule, le programme ne parvient pas à s’installer durablement et disparaît après une seule saison. Plusieurs épisodes du show original sont ensuite remontés pour constituer des longs métrages, notamment L’Espion au chapeau vert et Tueurs au karaté, tous deux sortis en 1966. En 1968, Espions en hélicoptère bénéficie, quant à lui, d’une sortie sur grand écran. Une tentative de résurrection intervient en 1983 avec Le Retour des agents très spéciaux. Mais ces retrouvailles peinent à retrouver la fraîcheur de la série originale. En 2015, le cinéma reprend à son tour le flambeau avec le très facultatif Agents très spéciaux : Code U.N.C.L.E., réalisé par Guy Ritchie, dans lequel Henry Cavill et Armie Hammer incarnent respectivement Solo et Kuryakin.
© Gilles Penso
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