

Quelques années avant Peter Jackson, David Blyth ensanglantait les écrans néo-zélandais avec cette histoire de savant fou aux expériences délirantes…
DEATH WARMED UP
1984 – NOUVELLE-ZÉLANDE
Réalisé par David Blyth
Avec Michael Hurst, Margaret Umbers, Norelle Scott, William Upjohn, David Letch, Gary Day, Bruno Lawrence, Geoff Snell, Ian Watkin, David Weatherley
THEMA MÉDECINE EN FOLIE
Souvent considéré comme le premier véritable film d’horreur néo-zélandais, bien qu’il ait été précédé en 1982 par L’Épouvantail de la mort de Sam Pillsbury, Death Warmed Up marque une étape décisive dans l’histoire du cinéma de genre du pays. Réalisé par David Blyth, qui signe ici son troisième long métrage, le film bénéficie du soutien du New Zealand Film Commission, conscient que le cinéma horrifique connaît alors un regain d’intérêt au début des années 80. Avec à sa disposition un budget important pour l’époque et le territoire – près de 800 000 dollars – Blyth transcende ses moyens grâce à une inventivité constante, un sens aigu du cadre et de l’esthétique et une atmosphère trouble et nihiliste. « Blade Runner de Ridley Scott est sans doute le film révolutionnaire qui, avec Evil Dead de Sam Raimi, a inspiré certains éléments de la vision présentée dans Death Warmed Up », confie-t-il lorsqu’on l’interroge sur ses influences (1). Pour bâtir son ambiance anxiogène, Blyth s’appuie sur le savoir-faire du directeur de la photographie James Bartle, déjà à l’œuvre sur L’Épouvantail justement. Death Warmed Up s’impose donc comme une œuvre radicale, marquée par une violence frontale et graphique qui lui vaudra d’être purement et simplement interdit en Australie à cause de son caractère jugé trop explicite.


Le docteur Archer Howell (Gary Day), un brillant neurochirurgien qui se prend pour Dieu, rêve d’abolir la mort en prolongeant indéfiniment l’espérance de vie. Après des premiers essais sur des rats, il décide de franchir une limite irréversible en expérimentant sur des êtres humains. Son associé, le professeur Tucker (David Weatherley), s’oppose fermement à cette dérive. Mais le fils de ce dernier, Michael (Michael Hurst), surprend leur confrontation et devient la proie idéale du savant fou. Manipulé par Howell, Michael est transformé en cobaye et programmé pour tuer. Sous hypnose, il rentre chez lui et assassine froidement ses propres parents. Il est aussitôt interné dans un hôpital psychiatrique pour de longues années, hanté par ce double crime. Sept ans plus tard, Michael recouvre la liberté. Accompagné de sa petite amie Sandy (Margaret Umbers) et de deux amis, Jeannie (Norelle Scott) et Lucas (William Upjohn), il prend la route en direction d’une île isolée où Howell poursuit ses expériences interdites, transformant des humains en zombies à sa solde. Animé par la rage et la culpabilité, Michael n’a plus qu’un objectif : affronter l’homme qui a détruit sa vie, se venger du meurtre de ses parents et mettre un terme aux agissements du docteur Howell avant que son délire scientifique ne condamne définitivement l’humanité…
L’île du docteur barjo
Death Warmed Up ne cherche jamais à approcher un quelconque réalisme. Ici, tout est excessif, outrancier, pour ne pas dire caricatural. Le savant fou halluciné, les jeunes héros écervelés, les rednecks dégénérés, les infirmières et les insulaires au comportement bizarre, tous participent à cette galerie de freaks totalement invraisemblables. Le scénario lui-même fait du hors-piste. La quête de vengeance de Michael, qui en constitue pourtant le moteur dramatique principal, est ainsi expédiée sans véritable développement, comme si le film s’en désintéressait rapidement. On sent clairement que Death Warmed Up néglige le terrain de l’écriture pour privilégier l’impact immédiat, l’expérience sensorielle et visuelle. Blyth accentue donc ses effets de mise en scène, notamment dans cette étonnante séquence de poursuite à moto dans un tunnel qui doit beaucoup à Mad Max. Un soin indiscutable est apporté à la photographie, aux cadres, aux montages, avec une esthétique directement héritée de la culture clip et pub des années 80 (fumée, néons, contre-jours), tandis que l’usage du Steadicam, les plans captés par une caméra portée et la musique expérimentale accentuent ce sentiment permanent d’étrangeté. Et puis il y a le gore. Avec ses têtes qui explosent, ses trépanations graphiques, ses corps empalés et éventrés ou ses pendaisons dégoulinantes, Blyth anticipe les débordements sanguinolents que Peter Jackson popularisera quelques années plus tard. Au carrefour de L’Île du docteur Moreau, de La Nuit des morts-vivants et du futur Re-Animator, Death Warmed Up remportera en 1984 la Licorne d’Or au Festival International de Paris du film fantastique et de science-fiction, décernée par un jury présidé par Alejandro Jodorowsky.
(1) Interview en juillet 2016 sur le site Melissa Fergusson.
© Gilles Penso
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