SOLARIS (2002)

Dans ce remake du classique de Tarkovsky, produit par James Cameron et réalisé par Steven Soderbergh, George Clooney affronte l’inconnu à l’autre bout de l’univers…

SOLARIS

 

2002 – USA

 

Réalisé par Steven Soderbergh

 

Avec George Clooney, Natascha McElhone, Viola Davis, Jeremy Davies, Ulrich Tukur, John Cho, Morgan Rusler, Shane Skelton, Donna Kimball, Michael Ensign

 

THEMA SPACE OPERA

Grand amateur de littérature de science-fiction depuis son adolescence, James Cameron a longtemps caressé l’envie de réaliser une adaptation de Solaris de Stanislaw Lem. Le roman, on le sait, fit déjà l’objet d’un film en 1972, réalisé par Andreï Tarkovsky et considéré par beaucoup comme un classique du genre, sorte de « pendant russe » de 2001 l’odyssée de l’espace. Mais le père de Terminator aimerait tenter sa chance à son tour en injectant dans le roman original sa propre sensibilité. Après cinq ans de négociations pour récupérer à la fois les droits du livre et ceux du film de Tarkovsky, Cameron se sent prêt. Sauf qu’entretemps, son planning s’est lourdement chargé. Accaparé par la finalisation de Titanic et la production de la série Dark Angel, il doit passer la main. Si sa compagnie Lightstorm Entertainment reste à la tête du projet, un autre réalisateur est sollicité, en l’occurrence Steven Soderbergh, qui sort alors tout juste de Traffic. « Ce que j’aurais fait aurait ressemblé davantage à Abyss, où la forte présence des décors et des environnements visuels aurait pu nuire à la clarté du scénario, dans la mesure où il s’agit avant tout d’un film sur les relations humaines », explique Cameron. « Or Soderbergh ne s’intéresse pas beaucoup au matériel ou aux effets visuels, ce qui est finalement une bonne chose. » (1) Véritable couteau suisse, le réalisateur d’Ocean’s Eleven assure aussi la direction de la photographie et le montage de Solaris.

Après avoir envisagé dans le rôle principal du film Daniel Day-Lewis, indisponible à cause du tournage de Gangs of New York, Soderbergh se tourne vers son fidèle collaborateur George Clooney, avec lequel il avait fondé Section Eight Productions en 2000. La star adepte des capsules Nespresso entre dans la peau du docteur Chris Kelvin, un psychologue clinicien. Fortement bouleversé par la mort de son épouse Rheya (Natascha McElhone), il est un jour contacté par des émissaires de la DBA, une agence spatiale en charge de la station qui a été placée en orbite autour de la planète Solaris. À bord, aucun des astronautes ne semble vouloir rentrer chez lui et les forces de sécurité envoyées sur place ne donnent plus de signe de vie. Kelvin accepte de se rendre seul sur Solaris, dans une dernière tentative pour ramener l’équipage sain et sauf. Mais en arrivant sur place, l’anormalité lui saute aux yeux. La plupart des membres de l’équipage sont morts ou disparus. Les survivants, eux, adoptent un comportement étrange et se montrent réticents lorsqu’il s’agit d’expliquer clairement la situation. Les choses se compliquent lorsque Kelvin aperçoit un petit garçon inconnu dans les coursives de la station, puis sa défunte épouse qui vient lui rendre visite dans sa cabine…

Les visiteurs d’un autre monde

S’il paie inévitablement son tribut au Solaris de Tarkovsky, celui de Soderbergh adopte une tonalité différente. Au grand mystère métaphysique, au vertige mystique quasi-religieux, cette version préfère l’approche romantique, psychologique et intimiste. L’intrigue réduit ainsi le nombre de personnages et de péripéties secondaires pour se resserrer sur les dilemmes qui déchirent Chris Kelvin et sa femme revenue d’outre-tombe. Ce minimalisme s’assortit d’une mise en scène brute, naturaliste, lente et contemplative, presque en suspension, avec laquelle s’accorde la musique planante et hypnotique composée par Cliff Martinez. Optant pour une explication presque rationnelle, Soderbergh part du principe que ces « visiteurs » qui débarquent dans la vie des explorateurs spatiaux (une femme, un enfant, un frère) ne sont pas de simples projections mentales, mais des entités bien réelles. Nées d’une réaction presque chimique, ces créatures d’origine extraterrestre prennent la forme de fac-similés nourris des souvenirs des humains. Aussi scientifique puisse-t-elle sembler, cette explication soulève une foule de nouvelles questions. Que faire avec ces « passagers clandestins » ? Ont-ils une âme, une conscience ? Faut-il les détruire ou les ramener sur Terre ? « Nous sommes dans une situation qui dépasse la morale » dit à ce propos l’un des membres de l’équipage. Le fait que le scénario s’attarde non seulement sur les états d’âme des explorateurs, mais aussi sur ceux des visiteurs – en particulier Reya, qui souffre de ne ressentir aucun attachement émotionnel pour les souvenirs qui encombrent son esprit – constitue l’un des atouts majeurs de ce nouveau Solaris. Stanislaw Lem aura tendance à dénigrer ce remake, tout en avouant ne l’avoir jamais vu. Il s’agit pourtant d’un contrepoint passionnant au classique de 1972.

 

(1) Extrait d’une interview parue sur JoBlo.com en novembre 2002

 

© Gilles Penso

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