PROJET DERNIÈRE CHANCE (2026)

Ryan Gosling fait une rencontre du troisième type au cours d’une mission spatiale pour raviver le soleil mourant…

PROJECT HAIL MARY

 

2026 – USA

 

Réalisé par Chris Miller & Phil Lord

 

Avec Ryan Gosling, James Ortiz, Sandra Hüller, Ken Leung, Liz Kingsman, Milana Vayntrub, Lionel Boyce

 

THEMA SPACE OPERA I EXTRA-TERRESTRES

Depuis leur éviction du tournage de Solo pour Lucasfilm en 2016, on n’avait plus revu Phil Lord et Chris Miller derrière la caméra. Projet dernière chance était donc attendu au tournant, afin de vérifier la capacité des deux trublions à mener un projet à terme dans une industrie de plus en plus corporatiste. Si Amazon MGM Studios a le mérite d’allouer un budget de 200 millions de dollars à des « auteurs » et de sortir le film en salles, on est désormais familier du cahier des charges établi par les plateformes de streaming. Et dans le cas présent, il ne fait aucun doute qu’il a été respecté à la lettre par Miller et Lord. Projet dernière chance est la seconde adaptation d’un roman d’Andy Weir par Drew Goddard, après Seul sur Mars. En 2015, ce « McGyver dans l’espace » réalisé par Sir Ridley Scott avait connu un inespéré succès critique et public, bien que la décontraction ambiante du film ne lui permit pas de trouver sa place au palmarès des grands films d’exploration spatiale tels que 2001 l’odyssée de l’espace ou Interstellar, d’illustres modèles à côté desquels Projet dernière chance fait à nouveau bien pâle figure, tant il s’avère dérivatif de tout ce que le genre nous a offert depuis quarante ans : Sunshine, Gravity, Wall-E, Passengers, Oxygène, Ad Astra, voire même Armageddon. Le sauveur de l’humanité, Ryland Grace (Ryan Gosling – en mode Fall Guy plutôt que First Man), forcément américain malgré le casting alibi de seconds rôles sortis d’une publicité pour Benetton, est ici aussi un parfait anti-héros débonnaire qui, chez Michael Bay ou Roland Emmerich, aurait suscité bien des critiques. Toutes ces références (emprunts ?) font partie du vocabulaire méta de Lord et Miller, mais elles offrent à Amazon un produit familier, sans rugosité, caressant le spectateur dans le sens du poil. Même la bande originale de Daniel Pemberton trahit certains morceaux ayant servi de musique temporaire, notamment les passages désarticulés et loufoques composés par Thomas Newman pour Wall-E ou les accords écrasants de Hans Zimmer pour Interstellar. Pour quiconque attend une « vraie » proposition de cinéma, les 2h36 de projection les laisseront sur leur faim, à moins de s’amuser à repérer les morceaux qui constituent ce best-of de la SF.

Projet dernière chance commence par une mauvaise nouvelle : le soleil est en train de s’éteindre car des particules appelées « astrophages » le consument. Heureusement, une étoile voisine du soleil, non affectée, semble posséder des « anticorps ». La mission, si vous l’acceptez, est d’aller récupérer ces cellules saines, les cultiver et soigner le soleil. Dit comme ça, ça a l’air aussi simple qu’un exposé de Michel Chevalet, mais rappelons que dans ses romans, Andy Weir n’établit pas une thèse universitaire. Il use au contraire de vulgarisation et de libertés scientifiques pour offrir à son Robinson de l’espace de multiples problèmes à résoudre, préservant l’illusion de la plausibilité scientifique et se focalisant sur la résolution technique plutôt que sur la philosophie et la métaphysique. De la science-fiction ludique pour les fans de jeux vidéo et d’escape games, en quelque sorte. Pourquoi pas après tout ? D’autant que cela correspond parfaitement aux aspirations de Miller et Lord. La menace d’extinction pesant sur l’humanité n’est tout simplement pas traitée et fait office de prétexte pour le sujet principal du film : la relation entre Ryland Grace et Rocky, un extraterrestre arachnide minéral aussi amical et candide que le Numéro 8 de Short Circuit, prenant vie à l’écran grâce à l’expertise animatronique du vétéran Neal Scanlan (Oz, un monde extraordinaire, Babe, Le Réveil de la Force, la série Andor). Comme dans Enemy de Wolfgang Petersen, Projet dernière chance se focalise sur l’amitié naissante des deux compagnons de fortune, en expédiant rapidement les formalités d’usage. Le mystère du premier contact avec une forme de vie étrangère et la résolution du problème de la langue sont ainsi évacués via un montage musical émaillé de gags, amusants si le spectateur espère retrouver l’humour de 21 Jump Street ou The Lego Movie, navrants s’il s’attend à une odyssée spatiale plus sérieuse. D’autant que la facilité avec laquelle les deux êtres parviennent à se comprendre annihile complètement l’exotisme de la rencontre. Rocky aurait pu tout aussi bien parler anglais dès le départ, comme un extraterrestre d’un épisode de la série Star Trek originale, que la progression dramatique de Projet dernière chance n’en aurait pas souffert.

2001 Jump Street

Quel a été l’influence de Lord et Miller sur le ton du film ? On sait que la productrice Kathleen Kennedy et le scénariste Jon Kasdan leur avaient reproché de transformer Solo en comédie d’action avant de les limoger. Et s’ils avaient adopté exactement le même parti pris sur Projet dernière chance, avec cette fois-ci la bénédiction d’Amazon MGM ? Au vu du résultat, la décision à priori injuste de Lucasfilm mérite d’être reconsidérée sous une lumière différente. On connaît leur propension à tirer leurs scénarios vers le second degré et la parodie, qui fonctionne à merveille dans 21 Jump Street et sa suite, dans La Grande aventure Lego et même dans le délicieusement déjanté Tempête de Boulettes géantes. Ici, elle dessert plutôt les ambitions du projet, dont la simplicité et la linéarité dramatiques peinent à justifier une durée excessive. Car la narration en flashbacks est un simple prétexte pour se passer d’une exposition classique et ouvrir le film dans l’espace en cours de mission, en fournissant par la suite au spectateur les quelques informations nécessaires à l’explication d’un contexte qui n’a finalement que peu d’incidence sur le « buddy movie » au cœur de l’histoire. On peut même se demander si Projet dernière chance n’a pas été envisagé à la base pour être monté dans l’ordre chronologique, avant que la structure « enrôlement / entrainement / mission » ne soit jugée lassante pour le spectateur avant même le décollage de la fusée. N’oublions pas que, production Amazon oblige, le film servira avant tout de produit d’appel pour la plateforme Prime, et qu’une sortie en salle et un tournage en IMAX ne signifient pas forcément que Projet dernière chance soit pensé pour le grand écran. En témoignent de nombreux gros plans, une mise en scène confinée à des espaces restreints et une profondeur de champ limitée en conséquence. De ce point de vue, on comprend mieux la dilution et la schématisation des enjeux, ainsi que le rythme lâche, qui trahissent probablement la volonté de s’accommoder au « second screen viewing », ce nouveau fléau consistant à consulter son téléphone pendant le visionnage d’un programme chez soi… et parfois même au cinéma ! Si vos paupières deviennent trop lourdes pendant le film après une longue journée de travail, rassurez-vous : dans l’espace, personne ne vous entendra ronfler !

 

© Jérôme Muslewski

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