SOUTHLAND TALES (2006)

Le réalisateur de Donnie Darko se lance dans une fresque futuriste conçue comme une satire délirante de la société américaine…

SOUTHLAND TALES

 

2006 – USA / ALLEMAGNE

 

Réalisé par Richard Kelly

 

Avec Dwayne Johnson, Sean William Scott, Sarah Michelle Gellar, Cheri Oteri, Justin Timberlake, Christophe Lambert

 

THEMA FUTUR

Au début des années 2000, Richard Kelly a le vent en poupe. Son premier long-métrage, Donnie Darko, s’est rapidement mué en objet de culte, et le scénario de Domino qu’il a écrit pour Tony Scott a fait couler beaucoup d’encre – même si le film lui-même divise l’opinion. Bref, le voilà prêt à voir les choses en grand et à se lancer dans un film de science-fiction ambitieux autour d’un casting choral impressionnant. « J’ai probablement développé une curiosité morbide autour des méthodes que les hommes utilisent pour se détruire eux-mêmes », dit-il pour expliquer ce qui motiva la mise en chantier de Southland Tales. « Je m’efforce d’analyser les erreurs de comportement qui sont les nôtres, en tant qu’espèce vivant sur Terre. » (1) Les premières ébauches du scénario s’écrivent en 2001 et visent principalement à se moquer d’Hollywood. Mais les attentats du 11 septembre réorientent le récit pour durcir davantage le trait et accentuer son caractère critique et satirique. Les sujets des libertés civiles et de la sécurité intérieure deviennent alors centraux. D’autres idées se greffent au script, liés aux enjeux énergétiques, à la quête de la célébrité ou encore à la politique américaine. La bande originale de ce film patchwork est confiée au chanteur Moby, qui refuse d’habitude ce genre de collaboration mais accepte la proposition dans la mesure où Donnie Darko est l’un de ses films de chevet.

En 2005, les villes d’El Paso et d’Abilene sont rayées de la carte par deux frappes nucléaires coordonnées, faisant basculer les États-Unis dans une Troisième Guerre mondiale larvée. Sous couvert d’urgence nationale, le gouvernement durcit son emprise en rétablissant la conscription, en restreignant les libertés et en donnant naissance à une agence tentaculaire, l’US-IDENT, chargée de surveiller chaque citoyen. Dans ce pays soudain exsangue, frappé par une crise énergétique majeure, l’espoir renaît d’une invention révolutionnaire : le « Fluid Karma », un générateur capable de produire une énergie infinie en exploitant les courants océaniques. Mais derrière cette promesse d’abondance se cache une menace bien plus insidieuse, susceptible d’altérer la réalité elle-même. Trois ans plus tard, à Los Angeles, Boxer Santaros (Dwayne Johnson), star hollywoodienne engagée politiquement, réapparaît mystérieusement sur une plage après plusieurs jours de disparition, frappé d’amnésie. Désorienté, il se détache de son passé – notamment de son mariage avec la fille du sénateur Bobby Frost (Holmes Osborne) – et se rapproche de Krysta Now (Sarah Michelle Gellar), ex-star du X reconvertie en animatrice provocatrice, qui rêve de transformer leur liaison en projet médiatique. En parallèle, un groupe clandestin de révolutionnaires néo-marxistes prépare l’insurrection…

Généreux… et indigeste !

On ne peut pas reprocher à Southland Tales de manquer de générosité ni de grain de folie. La fresque que Richard Kelly bâtit est impressionnante, vertigineuse même, et la salve satirique qu’il concocte à destination de la politique de son pays ne manque pas de sel. Mais ce trop-plein finit par jouer sérieusement en défaveur du film. Juxtaposées les unes aux autres sans véritable fil conducteur, toutes ces idées finissent par partir dans tous les sens jusqu’au point de rupture. Il ne faut pas longtemps aux spectateurs pour complètement décrocher. Problème accentué par la durée excessive du film. Bien malin sera d’ailleurs celui qui pourra résumer les événements qui s’étalent sur ces 2h30 de métrage. On y parle pêle-mêle des retombées de la guerre d’Irak, de la fascination du grand public pour les people, du problème des énergies fossiles, de l’érosion des libertés individuelles, de la montée des dictatures… Kelly a visiblement beaucoup de chose à dire et finit par s’emmêler les pinceaux, glissant dans la bouche de ses personnages des dialogues souvent incompréhensibles dont la portée nous échappe totalement. Présenté en Sélection Officielle en Compétition au Festival de Cannes en 2006, Southland Tales provoquera des réactions tour à tour mitigées, indifférentes, voire carrément hostiles, ce qui ne l’empêchera pas de générer un petit culte auprès d’une poignée d’aficionados. « Southland Tales est l’aboutissement de huit ans de colère et de frustration », nous avouait Kelly trois ans après sa sortie « Il y a beaucoup d’aspects absurdes dans ce film, qui sont liés à mon état d’esprit de l’époque. Et je suis franchement content de pouvoir placer ça derrière moi aujourd’hui. » (2) Nous le comprenons !

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2009

 

© Gilles Penso

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