

La bande-dessinée à succès de Patrick Sobral fait sa première incursion au cinéma et tente de conquérir le public international…
LES LÉGENDAIRES
2025 – FRANCE
Réalisé par Guillaume Ivernel
Avec les voix de Roman Doduik, Esthème Dumand, Thomas Sagols, Antoine Schoumsky, Elise Tilloloy, Damien Witecka, Arthur Raynal, Lila Lacombe
THEMA HEROIC FANTASY
À première vue, rien ne destinait Les Légendaires à devenir un poids lourd de la bande dessinée jeunesse. Lorsque Patrick Sobral imagine ses héros au début des années 2000, c’est presque par défaut. Passionné d’horreur, il se heurte à une fin de non-recevoir des éditeurs, peu enclins à miser sur un inconnu aux projets jugés trop sombres. Par pragmatisme, il bifurque vers un registre plus accessible et esquisse l’idée d’un groupe de héros de fantasy piégés dans des corps d’enfants après un sortilège. Un concept qu’il juge lui-même fragile… mais qui séduit immédiatement les éditions Delcourt. Dès la parution du premier tome en 2004, le succès s’installe progressivement. En deux décennies, la saga dépasse les 11 millions d’exemplaires vendus, s’imposant comme un phénomène éditorial majeur dans l’espace francophone. Une première adaptation animée voit le jour en 2017, mais son orientation très jeunesse laisse une partie des fans sur le carreau. Frustré par ce traitement édulcoré, Sobral décide de s’impliquer pleinement dans une future version cinéma. Le projet prend forme sous l’impulsion de la productrice Nathalie Gastaldo, qui cherche à transposer cet univers en long-métrage d’animation. Pour relever le défi, elle s’entoure de Guillaume Ivernel, artisan reconnu de l’animation hexagonale. Passé par des projets aussi variés que Chasseurs de dragons ou Ballerina, Ivernel apporte une vision esthétique ambitieuse, nourrie autant par Moebius que par Hayao Miyazaki. Ensemble, ils font le choix audacieux de la 3D, là où la BD revendique une filiation directe avec le manga en 2D. Ce virage stratégique vise à aligner le film sur les standards internationaux tout en conservant l’ADN graphique des personnages. Avec un budget d’environ 15 millions d’euros – très modeste face aux mastodontes américains – le film ambitionne pourtant de jouer dans la cour des grands.


Le long-métrage choisit de ne pas adapter directement un album précis, préférant proposer une histoire inédite. L’intrigue s’articule autour des retrouvailles des cinq membres des Légendaires, des héros autrefois adulés, aujourd’hui marqués par cette fameuse malédiction qui les a figés dans des corps d’enfants. Malgré leurs différends et leurs blessures passées, ils doivent reformer leur alliance face à une menace grandissante. Au cœur du danger se trouve le redoutable Darkhell, sorcier avide de pouvoir, prêt à plonger le monde dans le chaos. Son objectif est de s’emparer d’Ibycellia, une créature à la fois innocente et dévastatrice, dont les pouvoirs pourraient bouleverser l’équilibre du monde. Face à une telle menace, nos héros n’ont d’autre choix que d’unir leurs forces. Sous ses airs de grande aventure fantasy, le récit s’efforce d’approfondir quelques thématiques très adultes comme le basculement vers la dictature ou les déséquilibres écologiques. Derrière les affrontements épiques se dessine ainsi une fable contemporaine, où l’union devient la seule réponse face aux forces destructrices…
Tous pour un !
Adapter Les Légendaires sur un tel format relevait du casse-tête. Comment satisfaire une communauté de lecteurs fidèle tout en séduisant un public international peu familier de l’œuvre ? Le film de Guillaume Ivernel relève ce défi avec une habileté indiscutable, même si l’équilibre reste parfois fragile. Le choix de la 3D, longtemps sujet à débat, s’avère globalement pertinent. Loin de trahir l’esprit de la BD, il offre une profondeur visuelle bienvenue. Les textures détaillées des décors contrastent avec le design volontairement stylisé des personnages, créant une esthétique hybride qui rappelle autant les productions occidentales que l’animation japonaise. Cette dualité fonctionne particulièrement bien dans les séquences d’action. Sur le plan narratif, le film mise sur l’efficacité. Le rythme soutenu laisse peu de place aux temps morts, mais aussi, parfois, au développement des personnages. Les néophytes pourront regretter un certain manque de contextualisation, tandis que les fans auraient sans doute apprécié davantage de nuances dans les relations entre les héros. Ce léger déficit émotionnel n’empêche pas le récit de tenir la route, porté par une structure classique mais solide. On saluera au passage la très belle bande originale signée Cécile Corbel, qui apporte au film une touche de lyrisme bienvenue et renforce l’immersion dans cet univers foisonnant. Les Légendaires est donc une adaptation sincère, imparfaite mais généreuse, qui parvient à capturer une partie de la magie de l’œuvre originale tout en s’efforçant de tracer sa propre voie.
© Gilles Penso
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