MY DOLL (2020)

Un étudiant hanté par un traumatisme d’enfance reçoit un jour un colis contenant une poupée-robot prête à assouvir tous ses désirs …

PHROM RUK YA TUKKATA SON RAK

 

2020 – THAILANDE

 

Réalisé par Athip Ketubol et Phakhawat Phakanan

 

Avec Piamchon Damrongsunthornchai, Pichana Yoosuk, Suchada Pramoulkan, David Adavanond, Ladapa Ratchataamonchot, Ballchon Tanawat Cheawaram

 

THEMA ROBOTS

Avec les avancées inexorables de l’intelligence artificielle et de la robotique, il était normal que le cinéma s’empare du thème des poupées sexuelles – parfaitement ancré dans la réalité, preuve d’un désert affectif croissant dans nos sociétés hyperconnectées – pour en tirer les scénarios les plus fantaisistes. Que se passerait-il si de tels objets, conçus pour imiter à la perfection le corps humains et satisfaire des besoins purement physiques, étaient soudain doués d’intelligence… et d’esprit ? La science-fiction et l’horreur sont propices à toutes les extrapolations en ce domaine. Mais lorsqu’ils se penchent sur le sujet, les réalisateurs thaïlandais Athip Ketubol et Phakhawat Phakanan souhaitent avant tout signer une comédie légère centrée sur les appétits sexuels des adolescents et sur le fossé souvent abyssal qui sépare le fantasme de la réalité. Pour autant, My Doll (contraction du titre international My Sex Doll Bodyguard, volontiers plus explicite) n’entend pas aborder cette histoire sous l’angle de la chronique sociale réaliste. Tous les excès sont en effet permis dans My Doll, et tant pis si la finesse et le bon goût sont laissés au placard.

Hanté depuis son enfance par des rêves traumatisants dans lesquels un homme masqué comme le diable s’en prend à lui, Ith n’a pas une adolescence simple. Le fait que son père soit une star du cinéma porno n’arrange pas les choses. Par conséquent, le jeune homme a une sexualité inexistante et même de très gros problèmes gastriques lorsque sa libido est titillée. Un jour, son père meurt en pleine extase, au milieu d’un tournage, figé avec un sourire béat – et avec une érection bien visible, même sous le drap mortuaire ! Peu de temps après, Ith reçoit un grand colis mystérieux en provenance du Vagina Lab. À l’intérieur se trouve Anna, une poupée sexuelle grandeur nature équipée d’une intelligence artificielle. Destinée à être testée par son défunt père, en prévision d’une commercialisation à grande échelle, elle choisit désormais Ith comme propriétaire et se montre aussitôt très entreprenante. Paniqué, notre héros n’a pas du tout l’intention de perdre sa virginité avec un robot. Mais rien ne semble susceptible de pouvoir arrêter Anna dans sa mission…

Trop sage ou pas assez ?

On le voit, la subtilité n’est pas particulièrement au programme de My Doll, qui cumule un maximum de gags en dessous de la ceinture, à base de fausses masturbations, de coucheries contrariées et de flatulences à répétition. À l’avenant, la grande majorité du casting a tendance à débiter ses répliques de manière hystérique. Mais on apprécie tout de même la prestation de Pichana Yoosuk, plutôt crédible en poupée grandeur nature qui s’éveille peu à peu aux sentiments humains. Il faut reconnaître au film son rythme enlevé, son dynamisme indéniable (amorcé dès le générique en dessin animé), son absence de prétention et ses effets visuels efficaces dotant Anna d’un regard électronique ou affichant sur sa peau des informations liées à son redémarrage ou à la charge de ses batteries. Le film parle beaucoup de sexe – on s’en doute – mais n’en montre jamais, la jolie femme-objet se trémoussant de manière suggestive tout en conservant pudiquement ses sous-vêtements. My Doll se positionne donc de manière incertaine vis-vis de la cible visée, sans doute trop sage pour un public ado/adulte et trop graveleux pour des spectateurs plus jeunes. D’autant qu’à mi-parcours, la tonalité change, la loufoquerie cède le pas à la romance et les grands sentiments s’exacerbent, chansons sirupeuses à l’appui. Sympathique mais loin d’être inoubliable, My Doll aura droit à une suite trois ans plus tard, avec un autre réalisateur et des comédiens différents.

 

© Gilles Penso

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