

Sacha Baron Cohen incarne un macho de la pire espèce qui se retrouve soudain plongé dans un monde parallèle dominé par les femmes…
LADIES FIRST
2026 – USA / GB
Réalisé par Thea Sharrock
Avec Sacha Baron Cohen, Rosamund Pike, Tom Davis, Emily Mortimer, Weruche Opia, Charles Dance, Fiona Shaw, Richard E. Grant, Red Tennant
La plupart de ceux qui se sont aventurés devant Ce que veulent les hommes, variante pachydermique de Ce que veulent les femmes, se souviennent encore des soupirs d’exaspération provoqués par cette tentative grotesque de retrouver la formule magique de l’excellente comédie fantastique de Nancy Meyers. Pourtant, la pantalonnade embarrassante d’Adam Shankman passerait presque pour un modèle de finesse à côté de Ladies First, qui cherche lui aussi, à sa manière, à dénoncer les travers sexistes de nos sociétés patriarcales. Les intentions sont évidemment louables, mais l’invraisemblable lourdeur du scénario, coécrit par Natalie Krinsky, Cinco Paul et Katie Silberman, finit par se révéler spectaculairement contre-productive. Au lieu de mettre en lumière les mécanismes de la domination masculine, Ladies First les caricature au point de les vider de toute réalité. À force de simplification et de démonstration appuyée, le film finit par décrédibiliser son propre propos et produit exactement l’inverse de l’effet recherché. Au passage, l’idée n’est pas nouvelle, puisque Ladies First est le remake d’un autre film Netflix, Je ne suis pas un homme facile d’Eléonore Pourriat (2018) avec Vincent Elbaz en tête d’affiche. L’original n’était déjà pas d’une grande subtilité, mais celui-ci bat tous les records.


Tout commence comme une parodie de James Bond – le « macho man » par excellence. Dans son beau smoking, Sacha Baron Cohen drague tout ce qui bouge au bord d’une piscine, conduit un bolide luxueux, se prélasse à bord d’un yacht… Mais dès l’entame, une voix off insistante nous explique que cet homme est un sale type et qu’il n’aura bientôt que ce qu’il mérite. Le ton du film est donc donné : il s’agira de surligner toutes les péripéties, d’accentuer tous les effets comiques, d’enfoncer toutes les portes ouvertes pour s’assurer que les spectateurs – manifestement considérés comme faibles d’esprit – puissent bien tout comprendre. Difficile de jouer le jeu dans ces conditions. Le postulat de départ nous offre exactement ce que nous attendons : Cohen campe Damien Sachs, cadre d’une agence de publicité n’offrant aux femmes que des rôles subalternes. Mais un jour, il se cogne la tête et se trouve plongé dans un monde inversé où ce sont les femmes qui dominent la société…
La farandole des clichés
Au-delà de l’emprunt d’une infinité d’idées – notamment la concurrence hommes/femmes dans le milieu publicitaire – à Ce que veulent les femmes, Ladies First s’échine à arpenter tous les sentiers battus, son scénario s’acheminant exactement là où on imagine qu’il ira. Le comble de ce refus de la surprise et de l’audace intervient lorsque Damien rencontre un SDF « magique » qui sait tout et qui lui annonce carrément la suite du synopsis : s’il veut sortir de cette situation, il va devoir changer. Et donc… il va changer. Et tout va rentrer dans l’ordre. Et le happy end sera dégoulinant de bons sentiments. Sans doute les comédiens talentueux qui ont accepté d’intégrer ce projet – Rosamund Pike, Charles Dance, Fiona Shaw – pensaient-ils agir pour la bonne cause. Mais rien ne fonctionne dans Ladies First. Même Baron Cohen nous semble en total sous-régime, y compris lorsqu’il endosse l’improbable tenue d’un cowboy stripteaseur, joue les pianistes romantiques caricaturaux ou gémit face aux séances d’épilation. Qu’il nous semble loin, l’incontrôlable trublion de Borat ! Décidément, personne n’a encore réussi à faire mieux que Nancy Meyers sur son propre terrain. 26 ans plus tard, la cause féministe et la lutte pour l’égalité ne méritaient-elle pas une vraie comédie fantastique digne de ce nom : fine, drôle, sensible et écrite avec un minimum de justesse ?
© Gilles Penso
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