

Après Dernier train pour Busan, Seoul Station et Peninsula, les zombies coréens de Yeon Sang-ho sont de retour !
GUNCHE
2026 – CORÉE DU SUD
Réalisé par Yeon Sang-ho
Avec Jun Ji-hyun, Koo Kyo-hwan, Ji Chang-wook, Kim Shin-rock, Shin Hyeon-bin, Go Soo, Kim Hyung-mook
THEMA ZOMBIES
Avec Colony, Yeon Sang-ho, fer de lance d’une nouvelle vague sud-coréenne qui réinvente avec brio le film de zombies depuis la sortie de l’excellent et très graphique Dernier train pour Busan en 2016, a une nouvelle fois eu les honneurs de la sélection officielle du 79e Festival de Cannes, dans la catégorie des séances de minuit. Sous la maîtrise du cinéaste, le genre continue de se moderniser, au point de galvaniser une seconde fois le public du Palais des Festivals avant même la sortie française du film. La même année que Last Train to Busan, la préquelle animée Seoul Station était également présentée dans plusieurs festivals internationaux, notamment à Bruxelles, Annecy et Neuchâtel. En 2020, c’est Peninsula qui nous ramenait dans la continuité du même univers mais avec des personnages différents. Ce dernier opus n’était pas tout à fait une suite, malgré les apparences. Colony marque donc le retour attendu du réalisateur aux prises avec une nouvelle invasion de zombies. « On ne peut pas dire que tous les réalisateurs de films de zombies sont influencés par George Romero, car lui-même rebondissait sur des sujets d’actualité de son époque », explique le réalisateur quand on l’interroge sur ses influences. « Comme lui, j’ai donc voulu surtout traiter de la peur latente de la société actuelle et c’est ce à quoi j’ai beaucoup réfléchi pour Colony. » (1)


Cette fois, le film se détache entièrement des précédentes œuvres du cinéaste pour explorer de nouvelles thématiques, notamment celle de la communication entre les êtres vivants – jusqu’au blob, idée aussi fascinante qu’inattendue. Plus sociologique qu’intime, Colony déploie, sur fond de bioterrorisme, de révolution cognitive, de neurosciences et de contamination, une réflexion sur le phénomène du groupe, bénéfique ou délétère selon les circonstances et les points de vue. Dans sa dimension la plus positive, l’humanité « fait groupe » pour le plaisir d’être ensemble, de partager des connaissances, un savoir-faire/être, des valeurs ou une entraide, que ce soit dans un cadre ludique ou dans la poursuite d’un objectif élevé. Mais le groupe peut aussi se constituer pour le pire, parfois même pour résister à une domination oppressante. « Comme vous le savez, la société actuelle se distingue des autres époques par un immense échange d’informations », explique Yeon Sang-ho, « et dans ce contexte qui a vu la naissance de l’intelligence artificielle, l’individualité s’efface. » (2)
Les zombies du 21ème siècle
C’est donc sous l’angle de la métaphore que les zombies de Colony – qui évoquent les envahisseurs de L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel – ravivent l’éternelle nécessité de combattre le conformisme, l’abrutissement de masse et toute forme de déterminisme social. À travers l’alliance de personnages disparates, singuliers, et la revendication de leur individualité, le message porté par Yeon Sang-ho rejoint celui de John Carpenter dans Assaut, Invasion Los Angeles ou Los Angeles 2013. Sa philosophie humaniste rappelle avec sagesse que les droits de l’individu doivent primer pour le respect de sa liberté, de son intégrité et de ses valeurs propres, au risque de les voir absorbées par celles d’un groupe incertain. Surtout qu’ici, et c’est une grande nouveauté, les zombies modernes ne se contentent pas d’errer, décérébrés, voraces. Au contraire, grâce à la communication, ils évoluent rapidement. À l’instar des I.A, ils apprennent et vont très vite…
(1) et (2) Propos recueillis par Quélou Parente en mai 2026
© Quélou Parente
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