SCARLET ET L’ÉTERNITÉ (2025)

Après Belle, le réalisateur Mamoru Hosoda est de retour avec une relecture très personnelle d’un grand classique shakespearien…

HATESHI NAKI SUKÂRETTO

 

2025 – JAPON

 

Réalisé par Mamoru Hosoda

 

Avec les voix de Mana Ashida, Masaki Okada, Masachika Ichimura, Kōji Yashuko, Yuki Saitô, Yutaka Matsushige, Kôtarô Yoshida, Munetaka Aoki, Kazuhiro Yamaji

 

THEMA CONTES

On peut se réjouir que le jeune Mamoru Hosoda, qui a failli intégrer le Studio Ghibli, ait suivi un autre parcours après ses études à l’Université d’art et de dessin industriel de Kanazawa. À l’instar d’Hayaho Miyazaki ou Osamu Tezuka, il fondera son propre studio et connaitra dès sa première réalisation un immense succès avec le chef-d’œuvre mondialement reconnu : Les Enfants loups, Ame et Yuki. Comme Miyazaki encore, avant de gagner son indépendance, il fera ses débuts à la Toei, le studio producteur de la majorité des séries diffusées en France dans les émissions de TF1 ou Antenne 2 depuis la fin des années 70, et qui auront marqué de façon indélébile plusieurs générations d’enfants, d’ados et d’adulescents. Puis il rejoindra le studio Madhouse où il affirmera son style avec deux films transcendants qui marqueront par le traitement science-fictionnel, grandiose et romantique de ses thèmes de prédilection : l’amour, l’amitié, le voyage dans le temps : La Traversée du temps et Summer Wars. À la suite de son adaptation de La Belle et la Bête de Madame de Villeneuve, il choisit de revisiter non plus un roman du 18ème siècle mais une grande tragédie du théâtre élisabéthain. « J’ai commencé à penser à ce film en 2021 », raconte le cinéaste. « À ce moment-là, dans le monde, il y avait déjà plusieurs guerres et conflits. J’ai constaté que c’était une chaine infinie de haine et j’ai voulu comprendre pourquoi on n’en sortait jamais. C’est à ce moment-là que j’ai pensé à Hamlet, parce que la pièce parle de ce sujet. » (1)

Cette adaptation libre se déroule dans un Moyen-âge fictionnel, et Scarlet et l’éternité, au contraire de son modèle, laisse la place à ce qui définit le mieux le cinéma de Hosada : la poésie des images, une course contre le temps, des parallèles entre divers monde, une musique envoutante… mais aussi des espaces entre les actions qui nous surprennent mais nous permettent de prendre du recul, ainsi que la possibilité de penser à ce qu’on est en train de voir. Car l’œuvre de Mamoru Hosoda n’est pas un chariot de fête foraine dans lequel on embarquerait pendant les 1h52 de la durée du film pour avoir son lot de sensations fortes. Scarlet est fille de roi, et derrière ses combats furieux à l’épée contre ses ennemis jurés, se trame une autre bataille, celle que son cœur mène contre elle-même pour ne pas succomber ni à sa douceur profonde, ni à sa douleur déchirante, et risquer de se laisser vaincre par les traitres responsables de la mort de son père. Dans des multi-dimensions, au-delà du possible et de l’intelligible, avec une soif de vengeance qui décuple ses forces, elle affrontera et dépassera pourtant son chagrin, portée par le souvenir, l’amour et la sagesse de son père, et par un nouvel ami, le dévoué Hijiri, prêt à donner sa vie pour accompagner son besoin légitime de justice.

L’espoir d’un monde en paix

« Ce qui m’a le plus inspiré c’est ma fille de dix ans », confie Hosoda. « J’ai imaginé son avenir et j’ai voulu illustrer la relation entre Scarlet et son père en pensant à elle, que je voudrais voir vivre librement, et pas prisonnière d’une quelconque idée obsédante. Le moyen-âge était une époque très masculine et je voulais vraiment aussi qu’elle soit loin de ces idées réductrices ou oppressantes. » (2) Si le film utilise les techniques artisanales habituelles de l’animation du studio Chizu, le réalisateur choisit d’y intégrer des plans en 3D pour mieux définir les expressions des personnages et les rendre plus proches de nous. Quant à la superbe bande originale, elle est signée Taisei Iwasaki, déjà compositeur de Belle. Scarlet et l’éternité tient ses promesses en nous entrainant dans une épopée fantastique surprenante remplie des émotions chères aux réalisateur. L’amitié et l’amour transcendent le temps et les protagonistes y voyagent entre deux mondes, deux dimensions. Dans l’un d’eux, Scarlet est censée être morte, une parfaite illustration de ce qu’elle pense être son devoir et qui l’empêche de vivre. « A travers ce film, j’espère que les spectateurs arriveront eux aussi à prendre de la distance pour se comprendre eux-mêmes », conclue le cinéaste. « Et d’ailleurs, le cinéma a peut-être tout simplement cet objectif-là : pendant qu’on regarde un film, on est transporté dans un autre monde. Avec Scarlet, les spectateurs peuvent réaliser qu’on peut toujours changer en soi-même et évoluer pour arriver à trouver la paix. » (3)

 

(1), (2) et (3) Propos recueillis par Quélou Parente en décembre 2025

 

© Quélou Parente

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