SACCHARINE (2026)

Complexée par son physique, une étudiante en médecine expérimente des pilules amaigrissantes au résultat inattendu… et terrifiant !

SACCHARINE

2026 – AUSTRALIE

Réalisé par Natalie Erika James

Avec Midori Francis, Danielle Macdonald, Madeleine Madden, Robert Taylor, Showko Showfukutei, Octavia Barron Martin, Anna Adams, Annie Shapero, Louisa Mignone

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I FANTÔMES

Natalie Erika James carbure au cinéma d’horreur. Après une série de courts-métrages dans les années 2010, elle passe au format long avec le drame surnaturel Relic puis avec L’Appartement 7A, audacieuse prequel de Rosemary’s Baby. Son troisième long-métrage aborde frontalement le mal-être consécutif au rejet de son propre corps et aux canons de beauté physique imposés par la société contemporaine. Ce sujet sensible, déjà abordé par des réalisatrices aux univers aussi radicaux que Coralie Fargeat (The Substance) ou Emilie Blichfeldt (The Ugly Stepsister), prend une nouvelle tournure dans Saccharine, nourrie par des angoisses très intimes. « Je pense que, d’une certaine manière, j’écris ce film depuis de nombreuses années », raconte Natalie Erika James. « Une grande partie s’inspire de mon expérience personnelle : j’ai grandi avec des parents qui se situaient vraiment aux antipodes l’un de l’autre dans leur rapport à la nourriture. Je pense donc que j’ai toujours su que je voulais m’attaquer à ce sujet » (1) Persuadée que l’horreur reste le genre idéal pour transcender le thème du trouble alimentaire, elle y injecte certaines composantes des histoires de possessions diaboliques. « C’est comme faire des choses alors qu’une partie de votre cerveau vous dit “arrête“, tandis que l’autre, la partie primitive, vous dit “continue“ », reprend-elle. « J’ai donc eu l’impression que la meilleure manière d’extérioriser ce sentiment intérieur était de convoquer une figure spectrale. » (2) Et pour enrichir son propos, la réalisatrice détourne un classique du genre qu’elle accommode à sa sauce: Le Portrait de Dorian Gray.

Hana (Midori Francis) est mal dans sa peau. Très attirée physiquement par Alanya (Madeleine Madden), la coach sportive dont elle suit le programme du mieux qu’elle peut, cette jeune étudiante en médecine a un véritable problème dans son rapport à la nourriture et essaie de maigrir, en vain. Lorsqu’un soir elle rencontre Melissa (Annie Shapero), une de ses anciennes amies jadis obèse et désormais taillée comme un mannequin, elle découvre son secret: un régime spécial à base de pilules amaigrissantes non officiellement reconnues par la médecine mais visiblement très efficaces. En les analysant, elle découvre qu’elles sont conçues à base de cendres humaines. Poussée par la curiosité, Hana subtilise un morceau d’os issu d’un cadavre qu’elle et ses camarades étudient en cours de médecine, le réduit en cendres, fabrique à partir du résultat obtenu plusieurs pilules et commence à les ingérer. Le résultat ne se fait pas attendre: elle perd du poids de manière visible. Mais il y a évidemment une contrepartie inattendue.

Mange tes morts !

Le point de départ de Saccharine n’est pas sans évoquer celui de Limitless: le protagoniste au bord du gouffre, la rencontre inopinée avec une vieille connaissance, l’apparition bien commode d’une pilule magique censée régler tous les problèmes, les premiers effets spectaculairement efficaces… et le redoutable revers de la médaille. Sauf qu’ici, on ne cherche pas à décupler l’intelligence mais à modifier le corps pour le conformer aux attentes guidées par un diktat esthétique consensuel. Lorsque la cure amaigrissante commence, c’est surtout à The Ugly Stepsister que l’on pense, notamment via cet effet sonore récurrent accentuant les gargouillements du ventre de notre héroïne, signal de sa fringale croissante. La mise en scène inventive de Natalie Erika James joue avec la confusion des sens: le réel et l’irréel s’emmêlent, les corps que les étudiants dissèquent finissent par ressembler à de la nourriture, l’acte de manger prend des atours à la fois horrifiques et orgasmiques. Mais au-delà du « body horror » féminin, Saccharine ajoute des ingrédients appartenant à un autre sous-genre très codifié: l’histoire de fantômes. Lorsqu’Hana, au cœur de sa diète malsaine (à mi-chemin entre l’anthropophagie et la nécrophagie), est soudain hantée par le cadavre obèse dont elle a récupéré des os pour sa recette miracle, l’intrigue bascule. S’agit-il d’hallucinations, de matérialisations d’une sorte de culpabilité… ou d’une hantise tangible ? L’esprit de la défunte s’est-il attaché spirituellement à celle qui a décidé d’ingérer des parties de son corps ? Ce mélange inhabituel des genres n’est pas le moindre atout de Saccharine, dont l’intrigue finit hélas par patiner un peu mais dont le final intense nous laisse sous le choc.

(1) et (2) Extraits d’une interview publiée sur Scriptmag en mai 2026

© Gilles Penso

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