

Une arme bactériologique échappe au contrôle de ses créateurs et se transforme en blob vorace qui dévore les êtres humains…
Tourné en onze jours pour moins de 30 000 dollars, Bacterium est le quatorzième long-métrage de l’infatigable Brett Piper, rompu depuis longtemps à l’exercice de la série B d’horreur et de science-fiction. Véritable touche-à-tout, il occupe chacun des postes clés de ses films, notamment les effets spéciaux qu’il bricole généralement dans sa cuisine ou dans son salon. « Bacterium était destiné à la chaîne SyFy, même si je ne pense pas qu’il leur ait jamais été proposé », raconte-t-il. « Apparemment, ils aiment les films mettant en scène des monstres “reconnaissables“, des animaux ordinaires qui ont pris, d’une manière ou d’une autre, l’apparence de monstres. Je leur ai donc proposé des bactéries géantes. » (1) Toujours prompt à rendre hommage aux films fantastiques des années 50 dont il s’est longtemps nourri pendant son enfance, Piper semble ici cligner de l’œil vers Danger planétaire et La Marque, dont il reprend le motif du blob gluant et vorace. Sa description d’un virus échappant totalement aux scientifiques et à l’armée évoque aussi La Nuit des fous vivants de George Romero. Mais Piper avoue que la source d’inspiration principale de Bacterium est L’Île de la terreur de Terence Fisher. « Certains affirment que c’est mon meilleur film, mais je ne suis pas de cet avis », dit-il. « C’est toutefois le seul film produit par E.I. Independent Cinéma à avoir jamais respecté son budget, grâce à notre productrice Christina Christodoulopoulos. » (2)


Lorsqu’ils explorent une maison abandonnée après une journée de compétition de paintball, trois amis, Beth (Alison Whitney), Jiggs (Benjamin Kanes) et Brook (Miya Sagara), ignorent qu’ils viennent de pénétrer au cœur d’une expérience bactériologique qui a mal tourné. Ils y découvrent le Dr Phillip Boskovic (Chuck McMahon), le scientifique responsable de la mise au point d’un dangereux agent pathogène, désormais hors de contrôle. Dotée d’une faim insatiable, la bactérie se propage de personne en personne, transformant ses victimes en amas de chair infectée. Alors que Boskovic tente désespérément de trouver un moyen d’enrayer la mutation, l’armée américaine met la maison en quarantaine et dépêche le Dr Karin Rayburn (Shelley Dague) pour contenir la contamination. Mais le virus évolue plus rapidement que prévu et devient bientôt encore plus virulent et imprévisible. Sa capacité à se multiplier menace désormais de dépasser les limites du bâtiment et de se répandre à une échelle incontrôlable. En désespoir de cause, le gouvernement envisage d’utiliser une bombe expérimentale capable de créer des trous noirs…
La nuit des morts gluants
Malgré le budget ridicule à sa disposition, Brett Piper tient à nous en mettre plein la vue. Il fait donc démarrer son film par une poursuite entre un hélicoptère et une voiture, qui s’achève de manière explosive et incandescente. Quant au climax, il prend la forme d’un grand gunfight entre des militaires et des motards. Bacterium ne cache pas pour autant son statut de micro-production aux moyens anémiques. Les décors sont donc limités, les acteurs jouent de manière très approximative et le scénario lui-même ne cherche pas à réinventer la poudre. Fort heureusement, Piper se lâche avec les effets spéciaux, concoctant des maquillages bien dégoulinants pour montrer l’état de décomposition avancée des contaminés, pour visualiser les ventres qui explosent (comme dans Contamination de Luigi Cozzi) et surtout pour donner vie à ses blobs rampants et gluants. Mélange de cire gélifiée, de colle à papier peint, de ballons remplis d’eau, de mousse de latex et de divers produits récupérés dans des magasins de farces et attrapes, ces monstres informes sont les grandes réussites du film, s’agitant dans de nombreuses séquences inventives. Les créatures en stop-motion – qui sont habituellement la signature de Piper – brillent ici par leur absence, mais il faut reconnaître que les blobs parviennent amplement à nous distraire. L’humour n’est pas absent de Bacterium, notamment lorsque deux envoyés du gouvernement décident à pile ou face s’il faut ou non utiliser la bombe à trou noir. Le film suivant de Piper, Muckman, marquera les débuts de sa collaboration avec le producteur Mark Polonia et réunira quelques acteurs de Bacterium.
(1) et (2) Extraits d’une interview publiée sur Search My Trash en août 2011
© Gilles Penso
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