SEULS TWO (2008)

Pour leur premier film en tant que réalisateurs, Éric et Ramzy incarnent un policier et un gangster qui se retrouvent soudain seuls dans les rues de Paris…

SEULS TWO

 

2008 – FRANCE

 

Réalisé par Éric Judor et Ramzy Bedia

 

Avec Éric Judor, Ramzy Bedia, Benoît Magimel, Kristin Scott Thomas, Elodie Bouchez, Edouard Baer, Fred Testot, Omar Sy, François Damiens, MC Jean Gab’1

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES

Leur cote de popularité étant en forte croissance, notamment grâce au succès de La Tour Montparnasse infernale, Eric Judor et Ramzy Bedia décident de se lancer dans une comédie fantastique très ambitieuse, dont ils rêvaient depuis plusieurs années mais qui semblait impossible à concrétiser faute de moyens. Cette idée leur vient d’un rêve d’enfant : se retrouver tout seul dans un grand magasin et pouvoir s’y promener en toute liberté. Ainsi naît le concept de Seuls Two, sorte de version live d’une aventure de Tom et Jerry dans laquelle un gendarme et un voleur se courent après dans un Paris soudain vidé de ses habitants. Après avoir rencontré plusieurs réalisateurs susceptibles de prendre en charge un tel projet, Eric et Ramzy en arrivent à la conclusion qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Les duettistes passent ainsi pour la première fois derrière la caméra, portant donc à la fois la casquette de scénaristes, de metteurs en scène et bien sûr d’acteurs principaux. Le postulat étant très proche de celui de la bande dessinée Seuls de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti, publiée en 2006, le premier titre envisagé (Seuls) devient Seuls Two, une appellation bilingue singulière qui peut aussi s’appréhender comme le verlan de « Tout seuls ». Le producteur Alain Attal croit au projet et lui alloue un confortable budget de 18 millions d’euros. Eric et Ramzy vont donc pouvoir se faire plaisir et jouer aux enfants gâtés, comme le jeune héros du Jouet de Francis Veber.

Judor entre dans la peau de l’inspecteur Gervais, un policier médiocre, gentiment stupide et très à cheval sur le règlement. Raillé par ses collègues du commissariat du 1er arrondissement de Paris, il s’est fixé une mission qui est en train de virer à l’obsession : arrêter Curtis (Ramzy), un cambrioleur insaisissable qui lui échappe depuis longtemps et s’amuse à le narguer. Un beau jour, alors que Gervais poursuit Curtis et semble enfin sur le point d’atteindre son but, il se retrouve sur l’avenue des Champs-Élysées vidée de ses habitants. Incrédule, le policier constate que toute la ville de Paris est soudain désertée. Plus un seul être humain à l’horizon… enfin presque. Car il entend bientôt vrombir le moteur d’une Formule 1 sur les quais de Seine : Curtis est là, lui aussi, et semble vouloir profiter de cette situation insolite pour s’amuser comme un gamin. Sont-ils désormais les deux seuls êtres humains sur Terre ? En attendant de pouvoir répondre à cette question, Gervais décide de poursuivre son objectif malgré tout et d’attraper le délinquant…

Quand la ville dort

Comme on peut s’y attendre, Éric et Ramzy ne se départissent pas des rôles d’idiots congénitaux qui leur collent à la peau depuis le début de leur carrière. Les voir jouer les benêts et multiplier les blagues puériles – en brocardant au passage les clichés racistes, même si nous ne sommes parfois pas très loin de l’humour daté de Michel Leeb ! – est toujours amusant, certes, mais l’exercice atteint rapidement ses limites. D’autant que si la stupidité du personnage de Gervais est simple à appréhender, celle de Curtis n’obéit à aucune logique. On ne comprend rien à ses motivations ni à son comportement. Voilà qui n’aide pas beaucoup à entrer dans le délire. Avant que le scénario ne vire au fantastique en effaçant toute la population de la surface de la planète, Seuls Two se paie les apparitions furtives d’Omar Sy, Fred Testot, François Damiens et Edouard Baer, mais aussi d’acteurs habitués à des registres plus sérieux comme Benoît Magimel, Kristin Scott Thomas ou Elodie Bouchez. Au-delà du plaisir de partager l’écran avec ces pointures, Éric et Ramzy savent qu’ils peuvent profiter de leurs noms pour augmenter le potentiel commercial du film et donc se donner les moyens de leurs ambitions. D’où un gros déploiement d’effets spéciaux et de cascades dès l’entame, lorsque Curtis arrache avec sa voiture un distributeur automatique et fonce dans les rues de Paris. Mais les passages les plus spectaculaires restent ces visions de la capitale complètement désertée. Voir Les Champs-Élysées, Barbès, la place de la Concorde, le jardin du Luxembourg, Montmartre ou Beaubourg aussi vides que pendant le Covid (avec plus de dix ans d’avance) a quelque chose de très perturbant. Pour y parvenir, les deux réalisateurs sollicitent des effets visuels mais surtout une organisation militaire : des tournages très tôt le matin, réduits à quelques minutes filmées par plusieurs caméras simultanées, pendant que des centaines de « bloqueurs » empêchent les passants et les voitures d’entrer dans le champ. Le résultat est payant. Si le phénomène paranormal n’est jamais expliqué dans le film, il se complexifie en cours de route, laissant imaginer que l’opposition entre le gendarme et le voleur est au cœur de ce basculement dans le néant démographique. L’idée est intéressante mais très peu exploitée, Judor et Bédia n’utilisant leur « high concept » que pour s’amuser comme des fous – sans parvenir totalement à nous communiquer leur enthousiasme.

 

© Gilles Penso

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