THE ODYSSEY (2026)

La compagnie The Asylum ne pouvait pas rester indifférente face au blockbuster de Christopher Nolan. Voici donc Ulysse version discount…

THE ODYSSEY

 

2026 – USA

 

Réalisé par Marcel Walz

 

Avec Myriam Kingery, Morgan Flanagan, Patrick M. Byrnes, Dominic Keating, Llana Barron, Jordan Iverach, Tony Wood, Ashton Rogers, Angelo Kern

 

THEMA MYTHOLOGIE

Ayant depuis longtemps érigé le plagiat en modèle économique, les fantassins de la société de production The Asylum continuent tranquillement à piller tous les blockbusters qui sortent sur les grands écrans en proposant leurs propres versions au rabais. Lorsque L’Odyssée de Christopher Nolan se prépare à débarquer avec perte et fracas, la compagnie de David Michael Latt s’active donc pour pouvoir préparer sa propre aventure mythologique avec pour objectif une sortie le 3 juillet 2026, soit deux semaines avant la superproduction de Nolan. Cette relecture cheap d’Homère est confiée à Marcel Walz, un habitué de l’exercice. Après avoir signé une quinzaine de films d’horreur à tout petit budget dans son Allemagne natale, il s’était attaqué au remake de Blood Feast en 2016. Installé dès lors à Hollywood, le voilà mué en poulain de The Asylum, pour qui il réalise plusieurs mockbusters tels que Jurassic Reborn, Ice-Pocalypse, The Anacondas, Shark Thrash ou sa propre version des Maîtres de l’univers. The Odyssey est donc taillé sur mesure pour lui. Tourné à Martinsburg, en Virginie-Occidentale, le film met en scène un Ulysse bâti comme un catcheur (Myriam Kingery) qui, avec ses allures de Philippe Etchebest barbu, a bien du mal à nous convaincre. À ses côtés, Morgan Flanagan (Les Maîtres de l’univers) campe Pénélope, Patrick M. Byrnes (Undercover : Caught on Tape) est le jeune Télémaque et Llana Barron (Death Streamer) incarne une Athéna éthérée qui, à l’instar du génie d’Aladin, propose à notre héros d’exaucer trois de ses vœux.

Même si elle capitalise consciemment sur la confusion des spectateurs, cette démarche de « contrefaçon » n’est pas choquante en soi, dans la mesure où The Asylum trouvera toujours un moyen de contourner la loi, arguant que le texte d’Homère est dans le domaine public et appartient donc à tout le monde. De fait, rien ne ressemble moins au film de Christopher Nolan que celui de Marcel Walz. Ce qui prête plus au débat, c’est le recours quasi-systématique à l’intelligence artificielle générative pour les nombreux effets visuels de The Odyssey. Nous franchissons donc un cap où les petites productions ne cherchent plus à rivaliser avec les grandes via des images de synthèse médiocres mais avec de l’IA. Certes, le résultat peut donner le sentiment d’un plus grand foisonnement visuel (les foules de combattants, les navires par centaines, Troie ravagée par les flammes, les rives d’Ithaque) et les monstres ont un panache qui aurait sans doute été impossible d’obtenir autrement dans le cadre d’une telle micro-production. Mais la paresse d’un tel procédé technique ne force aucune admiration, d’autant que n’importe qui, avec son ordinateur ou son téléphone, est désormais capable de faire exactement la même chose. Les trucages ratés des films précédents d’Asylum avaient au moins le mérite de solliciter des artistes spécialisés, même si leur talent était fatalement entravé par des budgets dérisoires. Ici, de simples prompts semblent faire l’affaire.

Ithaque en toc

The Asylum avait déjà ouvert cette voix douteuse le mois précédent avec New Toy Story, une imitation sans âme ni charme de la saga de Pixar, qui laissait déjà l’IA faire le plus gros du travail. Même logique ici. Il suffit d’ailleurs de jeter un coup d’œil au générique de fin : aucun superviseur d’effets visuel, aucun graphiste, aucun nom associé aux postes de la modélisation, du compositing ou de l’animation. Neuf personnes sont simplement créditées sous l’appellation « visual effects artists ». Entendez « prompteurs ». Alors certes, Polyphème est raisonnablement impressionnant (calquant une partie de sa morphologie sur celle du cyclope du 7ème voyage de Sinbad), les monstres Charybde (un poisson géant lovecraftien affublé de tentacules, d’une gueule pleine de crocs acérés et d’yeux multiples) et Scylla (une gigantesque hydre à sept têtes) font leur petit effet et même les sirènes (enchanteresses créatures révélant soudain des traits monstrueux) savent nous égayer. Mais nous ne sommes pas dupes, et le décalage entre cette IA miraculeuse et les prises de vues réelles devient abyssal. Si les plans larges exhibent des nuées de navire traversant les flots avec des centaines d’homme à bord, les séquences filmées « pour de vrai » ne nous montrent que trois membres d’équipage, serrés dans ce qui ressemble à une minuscule barque ! Même constat à Ithaque. Les panoramas de l’immense palais d’Ulysse tranchent avec ces séquences ultra-minimalistes où nous ne voyons que Pénélope, Télémaque et un seul prétendant. Où sont les domestiques, les villageois, les centaines de soupirants ? En se parant d’une « production value » artificielle, The Odyssey ne parvient finalement qu’à renforcer son caractère cheap et à dévoiler l’anémie de son budget.

 

© Gilles Penso

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