GHOSTKEEPER (1981)

Trois jeunes amis égarés dans une montagne enneigée trouvent refuge dans un vieil hôtel où sévit une créature anthropophage…

GHOSTKEEPER

 

1981 – CANADA

 

Réalisé par James Makichuk

 

Avec Riva Spier, Murray Ord, Sheri McFadden, Georgie Collins, Les Kimber, Bill Grove, John MacMillan

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Curiosité du cinéma fantastique canadien, Ghostkeeper est né comme un film d’épouvante gothique, mais ses moyens ultra-limités et son sens de la bricole l’ont mué en objet bizarre pétri de maladresses, dans lequel l’atmosphère finit par prendre le pas sur la logique narrative. Son réalisateur James « Jim » Makichuk n’arrive pas tout à fait de nulle part. Né au Manitoba et élevé en Ontario, il travaille à la télévision avant de s’installer en Alberta. Il y réalise des publicités et des films institutionnels, avant de créer sa propre société en 1979, Badland Pictures. Ghostkeeper est son premier long métrage. Le projet démarre avec le scénariste Doug MacLeod. Les deux hommes veulent profiter de l’engouement suscité par le cinéma d’horreur post-Halloween et imaginent un film fantastique peu coûteux, tourné dans un lieu unique avec une distribution réduite. Leur choix se porte sur le Deer Lodge, un hôtel isolé de Lake Louise, en Alberta. Mais le tournage, amorcé à l’hiver 1980, prend rapidement les allures d’une épreuve de survie. Le budget s’épuise avant que le scénario ne soit réellement achevé. Makichuk doit alors choisir entre arrêter le film ou continuer avec les moyens du bord. Il choisit la seconde option. La suite des prises de vues est donc élaborée pratiquement au jour le jour, avec des scènes écrites au fur et à mesure. Ce contexte explique en grande partie la forme singulière du résultat final. Malgré l’indiscutable photogénie des lieux, la photographie atmosphérique de John Holbrook et la musique anxiogène de Paul Zaza, Ghostkeeper ploie sous le poids de ses entraves.

Le film commence un soir de Nouvel An. Jenny (Riva Spier), son compagnon Marty (Murray Ord) et leur amie Chrissy (Sheri McFadden) sillonnent les montagnes canadiennes en motoneige. Lorsqu’un problème mécanique les contraint à s’arrêter, tous trois découvrent un immense hôtel isolé et apparemment abandonné. Plutôt que de passer la nuit dans le froid, ils décident d’y chercher refuge. C’est évidemment une mauvaise idée. Car l’endroit n’est pas aussi désert qu’il en a l’air. Une vieille femme (Georgie Collins) y vit encore. Elle accueille les trois visiteurs avec une hospitalité qui ne tarde pas à devenir suspecte. Car cette étrange hôtesse n’est pas simplement la propriétaire d’un hôtel perdu au milieu des Rocheuses : elle est la « Ghostkeeper », la gardienne d’une créature surnaturelle enfermée dans les entrailles du bâtiment. Dans une pièce glaciale, elle conserve en effet le Wendigo, une entité avide de chair humaine. Son fils Danny (Bill Grove) se charge de lui fournir régulièrement de nouvelles victimes. Nos trois protagonistes constituent donc des proies toutes désignées…

Viande surgelée

Hésitant sans cesse entre les codes du slasher et ceux du film de monstre, Ghostkeeper souffre d’une intrigue chaotique qui le rend difficile à suivre. Le Wendigo lui-même est paradoxalement l’un des éléments les moins impressionnants du film. Cette entité monstrueuse reste largement en retrait, tandis que la violence graphique demeure limitée. Ceux qui attendent un déferlement de meurtres et de sang risquent donc de rester sur leur faim. C’est d’autant plus dommage que la légende liée à cette créature surnaturelle, issue de la mythologie des premières nations algonquiennes du Canada, possédait un énorme potentiel pas encore vraiment traité à l’écran jusqu’alors – si l’on excepte l’obscur Wendigo de Roger Darbonne (1978). Il faut tout de même reconnaître à James Makichuk sa capacité à créer un sentiment d’isolement et de malaise. L’hôtel où se déroule le drame devient progressivement un personnage à part entière. Ses couloirs sombres, ses pièces glaciales, son mobilier inquiétant et son architecture labyrinthique installent une ambiance intéressante qui évoque inévitablement Shining – toutes proportions gardées bien sûr. Si le casting est sans éclat, on salue tout de même la prestation de Georgie Collins qui, dans le rôle de la vieille gardienne, impose une présence autrement plus inquiétante que celle du monstre. Ghostkeeper reste donc extrêmement anecdotique, même si son climat insolite explique sans doute qu’il ait survécu dans les mémoires de quelques amateurs du genre au-delà de sa première exploitation en vidéo et à la télévision.

 

© Gilles Penso

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