VINYAN (2008)

Un couple d’Occidentaux, dont le fils a disparu pendant un tsunami en Thaïlande, s’aventure dans la jungle pour tenter de le retrouver…

VINYAN

2008 – FRANCE / BELGIQUE / GB / AUSTRALIE

Réalisé par Fabrice du Welz

Avec Emmanuelle Béart, Rufus Sewell, Petch Osathanugrah, Julie Dreyfus, Amporn Pankratok, Josse De Paul, Omm, Apisit Opasaimlikit, Kurlab Lay, Matt Ryder

THEMA ENFANTS

Comme beaucoup de ses confrères francophones ayant démarré sur les chapeaux de roue avec un premier long-métrage de genre très remarqué, Fabrice du Welz commence à être courtisé par plusieurs studios dans la foulée de la sortie de Calvaire. Si les sirènes hollywoodiennes ne le tentent pas particulièrement et s’il tient à conserver un maximum d’indépendance, il envisage pourtant de s’attaquer à un remake, en l’occurence celui du classique espagnol Les Révoltés de l’an 2000 de Narciso Ibanez Serrador. Mais la récupération des droits d’adaptation prend la tournure d’un imbroglio juridique complexe. Entretemps, le monstrueux tsunami de 2004, qui frappe la Thaïlande de plein fouet, lui inspire une autre histoire. C’est en combinant ces deux influences que naît le scénario de Vinyan. Tourné en anglais, le film nécessite des acteurs anglo-saxons. Le rôle masculin principal est donc attribué à Rufus Sewell, dont le réalisateur a particulièrement apprécié la prestation dans Dark City. Trouver une actrice britannique pour lui donner la réplique se révèle plus compliqué. Après avoir essuyé plusieurs refus, Du Welz rencontre Emmanuelle Béart sans trop y croire et se rend à l’évidence : elle sera parfaite sous les traits de l’épouse de Rufus Sewell. Sauf que les deux acteurs ne s’entendent pas du tout pendant les prises de vues. Ce n’est qu’un des nombreux problèmes émaillant ce tournage exténuant soumis notamment à des conditions météorologiques très hostiles.

Béart et Sewell incarnent Jeanne et Paul, toujours sous le choc six mois après la disparition de leur fils Joshua lors du tsunami survenu en Thaïlande le lendemain de Noël en 2004. Très fragilisés, à leur de peau, ils assistent, lors d’une collecte de fonds organisée par un orphelinat, à la projection d’un film réalisé par leur amie Kim (Julie Dreyfus), tout juste revenue de la côte d’Andaman. On y voit des populations autochtones qui vivent dans la plus grande précarité, dans une zone interdite accessible uniquement par bateau. En regardant de plus près les images projetées, Jeanne aperçoit au loin une silhouette floue qu’elle croit reconnaître comme étant celle de Joshua. Paul n’y croit pas du tout, mais il finit par céder face aux insistances de son épouse. Il contacte donc le chef d’une triade pour louer l’un de ses bateaux, contre une somme exorbitante, et partir explorer les lieux. Ce voyage ne va pas tarder à faire basculer le couple occidental dans un véritable cauchemar…

Au cœur des ténèbres

L’influence des Révoltés de l’an 2000 semble s’être effacée de Vinyan – sauf au cours de son final glaçant -, mais d’autres références nous viennent à l’esprit pendant le visionnage de ce film âpre et éprouvant. Du Welz reconnaît lui-même être un cinéphile avant d’être un cinéaste. Et s’il ne cherche jamais à reproduire volontairement des images filmées par ses aînés, c’est presqu’inévitablement qu’il laisse leur empreinte contaminer son œuvre. Le point de départ évoque autant Ne vous retournez pas que La Forêt d’émeraude, la longue remontée du fleuve nous ramène directement à Apocalypse Now, tandis que l’enfer vert dans lequel se perdent nos protagonistes semblent invoquer Fitzecaraldo et Sorcerer. Il n’en demeure pas moins que Vinyan est un film très singulier portant la forte personnalité de son auteur. L’image granuleuse, la mise en scène brutale et immersive, la caméra portée, la pluie incessante, le sol boueux, la forêt inextricable sont autant d’éléments contribuant à son climat anxiogène. Peu à peu, ce décor tortueux et labyrinthique, où l’eau et les lianes envahissent tout, y compris un magnifique décor de temple en ruines au milieu de la jungle (reconstitué intégralement pour les besoins du film), s’impose comme une métaphore des tourments que vit le couple. Tandis que l’obsession de Jeanne confine à la folie, le découragement de Paul semble le vouer à sa propre perte, au sein d’une quête initiatique viscérale qui se transforme peu à peu en voyage sans retour… jusqu’à cette vision effrayante des hordes d’enfants blafards et abandonnés, fantômes accusateurs qui renvoient aux adultes leurs responsabilités. Ce qui commençait comme un film se le deuil s’achève sous les atours d’une fable cruelle sur la culpabilité et s’achemine vers une image finale à la fois très belle et extrêmement dérangeante.

© Gilles Penso

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