

30 influenceurs sont invités à séjourner dans un hôtel de luxe sur une île tropicale, mais une horde d’araignées venimeuses s’apprête à les attaquer…
SPIDER ISLAND
2026 – GB
Réalisé par Christopher Smith
Avec Rose Williams, Tim McInnerny, Avani Gregg, Andy Nyman, Abraham Lewis, Carlotta Banat, Anuschka van Lent, Justin Daniels Anene, Owen Warner
THEMA ARAIGNÉES
Christopher Smith a toujours su accommoder le genre fantastique d’une bonne dose d’humour ou de décalage, comme en témoignent quelques-uns de ses plus gros succès en la matière comme Creep, Severance ou Triangle. Lorsqu’il décide de s’essayer à l’exercice des attaques animales, les classiques du genre lui servent d’inspiration directe, notamment le travail de Steven Spielberg sur Les Dents de la mer et Jurassic Park. Du maître, il retient un travail extrêmement minutieux sur l’atmosphère, les effets sonores et le hors-champ. Mais une autre production Spielberg nous vient immédiatement à l’esprit face à Spider Island : Arachnophobie. Comme dans le film de Frank Marshall, Smith privilégie des spécimens de taille respectable mais pas gigantesques ni mutants, se distinguant surtout par leur intelligence collective, leur agressivité et leur instinct de préservation face aux humains. L’originalité du film repose surtout sur l’envie du cinéaste de mêler face à sa caméra des acteurs et des personnalités du web et des réseaux sociaux. C’est pour lui l’occasion de se moquer du comportement des influenceurs et de leurs followers, tout en développant un discours environnemental lié aux excès du tourisme de masse. La satire reste sage, mais elle apporte un « petit plus » à ce divertissement sans prétention, à mi-chemin entre la comédie et l’horreur.


Trente influenceurs venus des quatre coins du monde sont invités tous frais payés au Pearl Heaven, un luxueux complexe touristique installé sur une île tropicale paradisiaque. À quelques jours de son ouverture, le cynique directeur des lieux, David (Andy Nyman), compte sur leurs millions d’abonnés pour transformer ce prétendu « refuge dans la forêt tropicale » en destination incontournable. Mais le complexe a été construit sur une réserve naturelle protégée, au mépris de l’environnement et des populations indigènes. Bien décidée à faire éclater la vérité, Clara (Rose Williams), une jeune journaliste d’investigation doublée d’une militante écologiste – qui de surcroît est originaire de l’île -, s’est infiltrée parmi les influenceurs pour recueillir les preuves qui pourraient provoquer la fermeture de l’hôtel. Lorsque d’étranges araignées venimeuses commencent à envahir les conduits d’aération du complexe, le séjour de rêve vire au cauchemar. Propulsées à travers les chambres par le système de climatisation, les créatures attaquent les clients, transformant peu à peu l’hôtel de luxe en piège mortel.
Sales bêtes
Christopher Smith et ses deux scénaristes, David Quantick et Christopher Jolley, ne se privent pas pour se moquer de cette génération d’hommes-sandwiches cultivant autant le vide que leur narcissisme en vantant les produits qui leur permettent de vivre grassement. Le montage insère donc les vidéos en selfie d’une poignée d’entre eux, testant des champignons locaux, se pavanant avec toutes sortes d’objets ou s’érigeant hypocritement en défenseurs de l’écologie. Il faut reconnaître le bel exercice d’autodérision auquel se livrent les influenceurs jouant ici quasiment leur propre rôle. On note au passage quelques répliques d’une grande profondeur, comme « Je ne crois pas au dictionnaire, il y a trop de mots. » Avec en guise protagonistes ce groupe de têtes à claques et ce patron d’hôtel détestable, il est difficile de choisir un pôle d’identification et de s’intéresser au sort de ces futures victimes des agresseurs à huit pattes. Seule Clara attire logiquement nos faveurs. C’est « le personnage intelligent » du film, celle qui s’érige contre tous pour tenter de sauver la situation – le scénario s’efforçant un peu artificiellement de nous émouvoir avec les flash-backs de son enfance en compagnie d’une mère aujourd’hui décédée. Parallèlement, les indices inquiétants se disséminent au compte-goutte : de grandes toiles d’araignées sur les grilles d’aération, des mouvements rampants suspects sous les feuilles, des pattes velues qui se cachent dans le sable. Lorsque les arachnides passent enfin à l’attaque de manière massive, le film nous offre une grande scène de panique au cours de laquelle les bestioles surgissent par milliers et tuent tout ce qui bouge. Le problème, c’est que ces araignées en 3D ne sont pas follement convaincantes ni très effrayantes, malgré une poignée de séquences gentiment répulsives. L’impact du film s’en trouve amenuisé, d’autant que le sentiment de déjà vu s’installe souvent – dans le même registre, L’Horrible invasion était mille fois plus impressionnant – et que l’épilogue fait maladroitement retomber le soufflé.
© Gilles Penso
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