BREEDER (2026)

Russell (Daniel Doheny), ancien étudiant du MIT, n’a qu’une obsession : obtenir les fonds nécessaires pour sauver des espèces d’abeilles rares menacées d’extinction. Alors qu’il peine à convaincre les investisseurs du bien-fondé de son projet, une occasion inespérée se présente sous les traits de Patti (Dot-Marie Jones), une éleveuse de caniches qui lui promet un financement conséquent en échange d’un simple dîner. Malgré les réticences de sa fiancée (Tanaya Beatty), qui soupçonne un coup fourré, Russell accepte de la rencontrer, persuadé de tenir enfin sa chance. Mais derrière la façade impeccable de Patti se cache un projet pour le moins dérangeant. Car cette championne des concours canins nourrit une ambition bien plus grande : elle souhaite maintenant appliquer aux êtres humains les méthodes qu’elle a perfectionnées avec ses chiens. Elle accepte donc de financer intégralement le projet de Russell à condition qu’il devienne son nouvel « étalon » et s’accouple avec l’une de ses filles adoptives…

Jusqu’où seriez-vous prêt à aller pour faire financer un coûteux projet scientifique qui vous tient particulièrement à cœur ?

BREEDER

2026 – USA / CANADA

Réalisé par Alex Goyette

Avec Daniel Doheny, Dot-Marie Jones, Maddie Phillips, Paige McGarvin, Tanaya Beatty, Carmen Moore, Charlotte Kavanagh, John Murphy, Lilian Doucet-Roche

THEMA TUEURS

Alex Goyette est du genre précoce. À onze ans, il tourne déjà sa propre parodie de Il faut sauver le soldat Ryan. Après des études de cinéma à la California State University de Northridge, il inonde massivement YouTube avec des vidéos humoristiques au succès croissant. Parallèlement, cette star montante des réseaux sociaux multiplie les courts-métrages, les épisodes de séries TV et même un premier long encore confidentiel en 2014, la comédie lycéenne Expelled, preuve d’une boulimie créative en ébullition permanente. Breeder s’inscrit dans cette continuité mais mettra du temps à se concrétiser. Le scénario de ce long-métrage est d’abord pitché en 2019 au Tribeca Creators Market, puis remporte en 2023 le grand prix du concours Cinequest avant d’entrer dans le cercle très fermé de la « Black List » (les scripts les plus prometteurs non encore produits). Le film entre finalement en production en Colombie-Britannique, au Canada, en février 2025, porté notamment par les producteurs Ian Start, Byron Ashley et K. Asher Levin. Homme à tout faire, Goyette en assure l’écriture, la réalisation et le montage. Et c’est logiquement à Tribeca, là où tout a commencé, qu’il est projeté en avant-première mondiale. Dès lors, il fait la tournée des festivals en soulevant beaucoup d’enthousiasme,  grâce à son mélange habile de comédie, de suspense, de satire sociale et d’horreur.

Le chienchien à sa mémère

Avec sa tendance à balader ses spectateurs d’une péripétie à l’autre sans leur laisser le loisir d’imaginer où se dirige cette intrigue tordue, Alex Goyette marche ici sur les traces de Zach Cregger, dont Barbare et Évanouis cultivaient le même goût de la surprise et des ruptures de ton. Drôle, inquiétant, horrifique, tendu et très prenant, Breeder rebondit donc sans cesse, poussant son concept fou jusqu’au bout. Peu à peu, la situation de départ devient insolite, puis suscite le malaise, avant de basculer pleinement dans le cauchemar. Daniel Doheny excelle dans le rôle de cet homme simple et sympathique soumis à l’impensable. Sans cesse confronté à des choix moraux décisifs, il constate bientôt que chacune de ses décision – toutes plus mauvaises les unes que les autres – a des conséquences irréversibles. Mais la vraie révélation est Dot-Marie Jones, une sorte de Michael Rooker au féminin qui nous terrifie à chacune de ses apparitions. La mécanique qui se met en branle évoque celle de Misery, mais le scénario nous emmène ailleurs, plaçant l’eugénisme et ses dérives au centre d’un débat plus large sur la corruption et la gangrène mentale que procure l’appât du gain. Car ce que Breeder dresse, sous ses apparats récréatifs, est le portrait extrêmement cynique d’une société malade où tout peut s’acheter et se vendre, y compris l’intégrité, les valeurs morales et les êtres humains.

© Gilles Penso

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