

Venue au chevet de son père artiste peintre, une technicienne qui travaille dans le cinéma fait face à d’étranges phénomènes…
RECLUSE
2026 – USA
Réalisé par Henry Chaisson
Avec Sasha Frolova, Kimball Farley, Toby Poser, Mia Vallet, Xander Berkeley, Thomas Cancellara, Gillian Cooper, Christine Nyland, Aidan Peluso, James M. Reilly
THEMA FANTÔMES
Scénariste du film d’horreur Affamés et de plusieurs épisodes de Servant, produits respectivement par Guillermo Del Toro et M. Night Shyamalan, Henry Chaisson décide de passer à la mise en scène en 2026, après avoir fait ses armes sur plusieurs courts-métrages. Son crédo reste l’épouvante atmosphérique et le fantastique minimaliste, maîtres mots de Recluse dont il signe à la fois l’écriture et la réalisation mais aussi la bande originale. « J’adore les films d’horreur qui jouent sur le son, car c’est un peu ambigu et on n’est pas tout à fait sûr de ce qu’on entend », explique-t-il. « Avec la maison d’un artiste comme décor principal, il était possible de créer une couche sonore ambiguë laissant entendre aux spectateurs que quelque chose de vraiment grave s’était déroulé sur place dans le passé. C’est évidemment une expérience plus intéressante si le film est vu dans une salle de cinéma, de préférence avec un son Surround. » (1) Pour écrire le script de Recluse, Chaisson s’inspire de ses propres souvenirs d’enfance, lorsqu’il s’amusait à chasser les fantômes chez ses grands-parents avec un magnétophone. « Une fois, j’ai enregistré une voix bizarre et je ne sais toujours pas si c’était un voisin ou un cousin qui me faisait une blague, ou si c’était autre chose », raconte-t-il. « Ça m’a longtemps hanté. » (2) Pour la patine visuelle du film, le réalisateur se laisse influencer par les peintures d’Edward Hopper et Andrew Wyeth, ainsi que par tout un pan du cinéma gothique anglo-saxon.


Joan (Sasha Frolova), ingénieure du son solitaire et mal à l’aise dans le monde qui l’entoure, apprend que son père, Lawrence Wyatt (Xander Berkeley), un célèbre artiste fasciné par l’occultisme, a été grièvement brûlé dans un incendie. Alors qu’il lutte entre la vie et la mort, elle retourne dans le manoir familial, en Nouvelle-Angleterre, qu’elle a quitté depuis longtemps. Accueillie par Lydia (Toby Poser), la gouvernante de son père, et Emily (Mia Vallet), une infirmière dévouée, Joan retrouve une demeure envahie par les œuvres inquiétantes de Lawrence et chargée d’un passé qu’elle n’a jamais réussi à éclaircir. Depuis son arrivée, d’étranges phénomènes troublent ses perceptions. Des voix résonnent dans les pièces désertes, des sons semblent surgir de nulle part et son père évoque entre deux râles une présence mystérieuse au sein de la maison. Joan y reconnaît peut-être l’écho de sa mère, disparue lorsqu’elle était enfant. En explorant les lieux à l’aide de son matériel d’enregistrement, elle tente de capter les traces d’une présence invisible. De vieilles cassettes lui révèlent peu à peu les raisons du départ de sa mère, qui semblait elle-même percevoir quelque chose de profondément inquiétant dans cette demeure…
Voix d'outre-tombe
Sur la forme, il n’y a rien à dire. Les acteurs sont très investis, la photo est somptueuse, la bande son extrêmement travaillée, bref Henry Chaisson parvient sans mal à construire un climat d’épouvante réussi, avec son lot de frissons insidieux, d’ombres furtives, de bruits, de voix et d’apparitions soudaines. Les statues effrayantes qui se dressent dans les arrière-plans ne semblent demander qu’à s’animer dès que les personnages ont le dos tourné, ce qui contribue grandement à l’atmosphère anxiogène, tout comme le masque blafard que porte le peintre pour dissimuler son visage calciné. Ces deux éléments picturaux ont d’ailleurs été conçus et sculptés par l’acteur Xander Berkeley lui-même. Le problème, c’est qu’il nous semble avoir déjà vu tout ça ailleurs. Alors certes, le dernier tiers parvient à nous prendre par surprise en multipliant les révélations et les rebondissements. Mais le film ne raconte rien de foncièrement mémorable, se contentant la plupart du temps de son ambiance et de ses circonvolutions scénaristiques finales. Autre souci, et pas des moindres : le métier d’ingénieure du son de l’héroïne et sa propension à tout enregistrer et tout écouter ne nous mène finalement nulle part. On aurait imaginé des indices collectés dans ces enregistrements – façon Blow Out – afin de faire avancer les investigations, des révélations et des surprises nées de ces captations audio. Or cet élément aurait tout aussi pu être supprimé de l’intrigue sans changer son déroulement. C’est plus que dommage.
(1) et (2) Extraits d’une interview parue dans Dread Central en juin 2026
© Gilles Penso
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