UN MILLION D’ANNEES AVANT JC (1966)

Des dinosaures animés par Ray Harryhausen et Raquel Welch en peaux de bêtes, que demander de plus ?

ONE MILLION YEARS B.C.

1966 – GB

Réalisé par Don Chaffey

Avec Raquel Welch, John Richardson, Martine Beswick, Robert Brown, Yvonne Horner, Percy Herbert, Lisa Thomas

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE

Spécialisée dans le recyclage talentueux des grands mythes du cinéma fantastique popularisés aux Etats-Unis par Universal, la firme britannique Hammer Films se lança au milieu des années 60 dans un remake de Tumak, fils de la jungle. Pour les effets spéciaux, le nom de Ray Harryhausen s’imposa de lui-même. « Dans le film original, il y avait un acteur dans un costume d’allosaure qui semblait s’être échappé d’un bal costumé », nous explique Harryhausen. « Ils ont également utilisé des reptiles vaguement travestis en dinosaures avec des nageoires en plastique collées sur le dos. Je pense que l’animation offre beaucoup plus de possibilités intéressantes. » (1) Celui-ci accepta l’offre et proposa de confier la réalisation du film à Don Chaffey, avec qui il avait collaboré sur le magnifique Jason et les Argonautes.

Le scénario, expédié en quelques week-ends, prend place dans une région aride et montagneuse, au sein de laquelle le guerrier Tumak est chassé du clan du Roc par son père Akhoba, chef de la tribu. Errant, il échappe de peu à l’attaque de plusieurs monstres préhistoriques, puis rencontre le peuple de la Mer, abritant la belle Loana… Pour opposer aux bêtes de Harryhausen un joli minois, le producteur Michael Carreras propulsa au rang de superstar une Raquel Welch encore inconnue, malgré l’indéniable grâce de ses 25 printemps. Celle-ci posa en peau de bête pour les besoins d’une campagne publicitaire gigantesque, à tel point qu’elle devint l’un des icônes incontournables des années 60. Cela dit, la magie des effets d’Harryhausen demeure le principal attrait du film.

« Si les femmes de la préhistoire ressemblaient à Raquel Welch, alors nous avons beaucoup régressé ! »

En ce domaine, l’une des scènes les plus étonnantes est probablement l’attaque du village préhistorique par l’allosaure. La technique de Harryhausen, qui combine animation, maquettes et prises de vues réelles, permet d’étonnants synchronismes entre les comédiens en chair et en os et les mouvements du monstre. Celui-ci, de surcroît, est doté d’une foule de détails réalistes : sa gorge et sa poitrine se gonflent pendant sa respiration, et ses yeux traduisent une férocité très expressive. Les autres créatures du film sont une tortue gigantesque, un brontosaure figurant prévu à l’origine pour une plus longue séquence, un tricératops et un cératosaure en plein pugilat et deux ptérosaures enragés luttant à mort pour les beaux yeux de Raquel. Il faut avouer qu’entre deux monstres, l’attention se relâche un peu et le rythme général du film s’alourdit. Restent alors les charmes de Raquel Welch et de sa brune rivale Martine Beswick, des femmes préhistoriques aussi sculpturales qu’improbables. Cela dit, le fait même de mêler hommes et dinosaures est suffisamment significatif quant aux intentions des auteurs, assez peu portés sur la véracité scientifique, malgré une voix off introductive très sérieuse. « Ce n’était certes pas un documentaire », nous confirme Harryhausen. « Si les femmes de la préhistoire ressemblaient à Raquel Welch, alors nous avons beaucoup régressé ! ». (2) En guise de climax, nous avons droit à un inévitable cataclysme final, au moins aussi impressionnant que celui de Tumak fils de la jungle, déjà très marquant.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en février 2004.

© Gilles Penso