TUMAK FILS DE LA JUNGLE (1940)

Un « Roméo et Juliette » au pays des hommes préhistoriques conçu par le producteur de Laurel et Hardy

ONE MILLION YEARS B.C.

 

1940 – USA

 

Réalisé par Hal Roach et Hal Roach Jr.

 

Avec Victor Mature, Carole Landis, Lon Chaney Jr, John Hubbard, Nigel de Brulier, Mamo Clark

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE

Connu surtout pour être le producteur des aventures de Laurel et Hardy, Hal, Roiach se lance en 1940 dans un mélodrame fantastico-exotique au concept alléchant qui pourrait se résumer ainsi : « Roméo et Juliette aux temps de la préhistoire ». Et si le titre français un peu à côté de la plaque laisse imaginer un ersatz des aventures de Tarzan, le One Million B.C. original (« un million d’années avant JC ») positionne clairement le contexte du film. Le scénario est l’œuvre conjointe de Mickell Novak et George Baker. Tout commence pourtant à l’époque contemporaine. Surpris par un orage en montagne, quelques touristes tyroliens trouvent refuge dans une caverne, où ils rencontrent un archéologue étudiant des dessins préhistoriques. Celui-ci leur raconte l’histoire des occupants de cette caverne. Un flash-back nous transporte alors illico un million d’années dans le passé. Cette intrigue d’un autre âge peut alors commencer.

Le jeune chasseur Tumak n’accepte plus l’autorité de son père Akhoba, chef de la tribu des Rochers. Il se bat avec lui et tombe d’une falaise. Blessé, il est attaqué par un mammouth, chute dans une rivière et, se laissant dériver, entre dans le territoire de la tribu des Rivières. Tumak est sauvé par une jeune fille, Loana, qui le soigne et le fait accepter par sa tribu, plus avancée que la sienne. Tumak revient parmi les siens en compagnie de Loana et apprend que son père a été attaqué par un bœuf musqué et agressé par Skakana, qui a pris sa place. Grâce aux armes du peuple des Rivières, Tumak triomphe de Skakana et prend le commandement de la tribu. Après un terrible cataclysme volcanique et sismique, Loana rejoint sa tribu qui est alors attaquée par un dinosaure. Tumak et ses hommes se joignent alors à ceux des Rivières pour combattre le monstre…

Brushings et dinosaures

Plusieurs choix artistiques douteux amenuisent l’impact du film. Victor Mature, pour commencer, apparemment pas vraiment dirigé, surjoue en grimaçant de manière excessive. Il nous conviendra bien plus en surhomme tourmenté dans Samson et Dalila. Carole Landis, permanentée et poussant la chansonnette au coin du feu, n’est pas davantage crédible. Les monstres préhistoriques, quant à eux, sont pour la plupart des animaux déguisés : éléphant et taureau couverts de poils, tatou affublé de cornes, crocodile sur le dos duquel on a collé une nageoire en plastique, varan, iguane, tortues… Non contente de n’évoquer que très vaguement la faune antédiluvienne, cette ménagerie fut malmenée au cours du tournage par des techniciens peu scrupuleux. On n’hésitait pas, ainsi, à affamer l’alligator et le varan puis à les soumettre à des chocs électriques pour les inciter à s’attaquer. Ces méthodes inacceptables sévissaient à une époque où les ligues de protection des animaux ne surveillaient pas encore l’industrie du cinéma. La palme du ridicule revient tout de même au tyrannosaure, de taille humaine, interprété par le cascadeur Paul Stader dans un costume grotesque, furtivement montré mais trahissant immédiatement sa nature. Notons enfin un petit tricératops en plastique au début du film. Il faut reconnaître que les rétroprojections combinant dinosaures et humains sont souvent très réussies. L’une d’elle, où Tumak passe devant le cadavre d’un monstre, est d’ailleurs directement calquée sur la scène du stégosaure de King Kong. Assez curieusement, toutes ces scènes de dinosaures seront recyclées par la suite dans une bonne douzaine de films aux budgets étriqués. La scène la plus spectaculaire de Tumak est finalement le cataclysme naturel, éblouissant, au cours duquel un volcan entre en éruption tandis que des tonnes de gravats s’abattent sur les humains et qu’une femme se retrouve ensevelie sous une effrayante marée de lave. 26 ans plus tard, One Million B.C. fera l’objet d’un remake produit par la Hammer, illuminé par la présence de Raquel Welch et par les effets spéciaux prodigieux de Ray Harryhausen.

 

© Gilles Penso

 

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