LES ENVAHISSEURS (1967-1968)

La série TV qui a transformé Roy Thinnes en superstar et tous les téléspectateurs en paranoïaques aigus…

THE INVADERS

1967/1968 – USA

Créée par Larry Cohen et Quinn Martin

Avec Roy Thinnes, William Woodson, Kent Smith, Suzanne Pleshette, Harold Gould, Max Kleven, Linn McCarthy, Alfred Ryder

THEMA EXTRA-TERRESTRES

« Les Envahisseurs, des êtres étranges venus d’une autre planète. Leur destination : la Terre. Leur but : s’y établir et en faire leur univers. David Vincent les a vus. Pour lui, cela a commencé pendant une triste nuit, le long d’une route solitaire de campagne, alors qu’il cherchait un raccourci que jamais il ne trouva. Cela a commencé par une auberge abandonnée et un homme trop fatigué par le manque de sommeil pour continuer son voyage. Cela a commencé par l’atterrissage d’un vaisseau spatial. À présent, David Vincent sait que les envahisseurs sont là, qu’ils ont pris forme humaine et il lui reste à convaincre un monde incrédule que le cauchemar a déjà commencé… » Difficile d’imaginer un texte d’introduction plus accrocheur ! À l’origine des Envahiseurs, il y a Larry Cohen, scénariste et réalisateur débordant d’idées originales avec un goût prononcé pour le fantastique et la science-fiction. Futur réalisateur de Le Monstre est vivantMeurtres sous ContrôleEpouvante sur New York ou encore L’Ambulance, Cohen développe l’idée d’un héros solitaire alerté par la présence d’extra-terrestres sur Terre, dissimulés par une apparence humaine et donc indétectables. Ce concept, dérivé de L’Invasion des Profanateurs de Sépultures, se prête à merveille aux mentalités inquiètes et paranoïaques de la société américaine du milieu des années 60, au cœur de la guerre froide et de la guerre du Vietnam. Les Envahisseurs se concrétise lorsque la chaîne ABC s’y intéresse et lorsque Quinn Martin accepte d’en devenir le producteur exécutif. Ce dernier est déjà un vieux routier de la télévision, aguerri par son expérience sur Les IncorruptiblesSur la piste du crime et Le Fugitif

Pour fructueuse qu’elle soit, la collaboration entre Cohen et Martin n’est pas simple, le second modifiant drastiquement les scénarios du premier pour les ramener à une durée de 52 minutes par épisode (au lieu des 26 minutes initialement prévues) et mieux les adapter à sa propre sensibilité. Si le sujet de la série saura attirer le public friand de science-fiction (principalement masculin), Martin ne veut pas pour autant laisser de côté les téléspectatrices. Il choisit donc un comédien principal au charme magnétique indéniable. Roy Thinnes devient ainsi David Vincent, prototype du héros paranoïaque dont on retrouvera des traces bien des années plus tard chez le Fox Mulder de X-Files. Réalisé par le vétéran Joseph Sargent (Lassie, Gunsmoke, Des Agents très spéciauxLe Fugitif), le pilote des Envahisseurs donne l’impulsion de la série, qui commence sa diffusion sur ABC le 10 janvier 1967. 

Une histoire sans fin…

Les gimmicks qui ponctuent le programme (la musique anxiogène de Dominic Frontiere, le petit doigt dressé qui permet de repérer les extra-terrestres, leur mort spectaculaire sous forme d’une dissolution rougeâtre, les décors désertiques et désaffectés qui contribuent à une atmosphère oppressante) deviennent instantanément des objets de culte. Après 17 épisodes, une seconde saison est lancée en septembre 1967. Elle se termine en mars de l’année suivante sans proposer un épisode final digne de ce nom. Les événements restent en suspens, provoquant une frustration d’autant plus forte qu’elle semble inexplicable. Le succès de la série est en effet croissant, et se déploie en France où Les Envahisseurs se mue littéralement en phénomène de société dès ses premières diffusions en 1969 sur TF1. L’interruption brutale de la série semble être due à une mésentente visiblement insoluble entre Quinn Martin et les dirigeants du réseau ABC. Mais finalement, la non résolution de cette intrigue finit par contribuer à sa légende et à accroître le sentiment d’angoisse et d’insécurité que voulait véhiculer Larry Cohen dès ses premiers jets scénaristiques.
 
© Gilles Penso

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