SUEURS FROIDES (1958)

Alfred Hitchcock nous entraîne dans les tourments vertigineux d'un de ses plus beaux longs-métrages

VERTIGO

1958 – USA

Réalisé par Alfred Hitchcock

Avec James Stewart, Kim Novak, Barbara Bel Geddes, Tom Helmore, Henry Jones, Raymond Bailey, Ellen Corby

THEMA MORT

Sueurs Froides est l’adaptation du roman « D’entre les morts » que Pierre Boileau et Thomas Narcejac écrivirent spécialement pour Alfred Hitchcock après avoir appris que le prestigieux cinéaste était très intéressé par leur livre précédent, « Celle qui n’était plus », porté à l’écran en 1955 par Henri-Georges Clouzot sous le titre Les Diaboliques. Si le scénario de Sueurs Froides suit assez fidèlement la trame du roman, le contexte de l’intrigue – à l’origine intrinsèquement rattaché au Paris d’après-guerre et à ses fêlures – a été transposé dans le San Francisco des années 50. 

L’inspecteur de police John Ferguson (James Stewart) est en proie à de violentes crises de vertige qui provoquent accidentellement la mort de son co-équipier. Congédié, il accepte de devenir détective privé pour l’un de ses amis, dont la ravissante épouse Madeleine (Kim Novak) semble possédée par l’esprit d’une de ses ancêtres, l’énigmatique Carlotta Valdes. La mission est en apparence anodine, mais Ferguson commence à tomber amoureux de la fascinante Madeleine. « Elle ressemblait à un portrait, à l’une de ces femmes que le génie d’un artiste a immortalisées. Elle était toute retirée en elle-même, figée dans quelque contemplation intérieure. ». C’est en ces termes que Boileau et Narcejac décrivaient la jeune femme en adoptant une narration à la première personne. Lorsque le regard des deux protagonistes se croise et qu’une relation naît entre eux, les nerfs et les convictions profondes de l’ex-policier vont être mis à rude épreuve. Car la belle est persuadée que l’esprit de son ancêtre cohabite avec le sien. « Croyez-vous, monsieur, qu’on puisse revivre ? », lui demande-t-elle dans le roman. « Je veux dire… qu’on puisse mourir et ensuite… renaître en quelqu’un d’autre ?… Vous voyez !… Vous n’osez pas me répondre… Vous me prenez pour une folle… » Peu à peu, le récit s’achemine vers un gigantesque coup de théâtre, qu’Hitchcock choisit d’exposer aux spectateurs plus tôt que dans le roman pour mieux profiter des effets du suspense.

« Croyez-vous qu'on puisse mourir et renaître ? »

A la croisée du thriller psychologique, du fantastique onirique et du mélodrame sentimental, Sueurs Froides est une pièce d’orfèvre ciselée comme un joyau. Chaque plan de ce film pourrait être encadré et affiché dans un musée. Mais un tel bijou est difficile à appréhender dans sa plénitude lors d’une unique vision, tant sa structure est atypique, son rythme languissant et sa trame accidentée. Le grand public s’avéra d’ailleurs désarçonné, ne réservant qu’un tiède accueil au film lors de sa première exploitation en 1958. Ce n’est qu’au fil des ans que Sueurs Froides put acquérir son statut de chef d’œuvre absolu, souvent considéré comme le plus beau film d’Alfred Hitchcock. Obsession, Body Double, Basic Instinct, MatrixL’Armée des 12 SingesLes Dents de la Mer, La Mauvaise Education, L’Appartement, Apparences, Mulholland Drive, Le Grand Frisson, Fenêtre Secrète… On ne compte plus les films ayant puisé leur inspiration dans Sueurs Froides, dont l’un des moindres attraits n’est pas la splendide et envoûtante partition de Bernard Herrmann, elle-même influencée par le « Tristan et Iseult » de Wagner.
 
© Gilles Penso

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