LA MAISON PRÈS DU CIMETIÈRE (1981)

Une famille américaine s’installe dans une grande maison sur laquelle plane un très lourd secret…

QUELLA VILLA ACCANTO AL CIMITERIO

 

1981 – ITALIE

 

Réalisé par Lucio Fulci

 

Avec Catriona MacColl, Paolo Malco, Ania Pieroni, Giovanni Frezza, Silvia Collatina, Dagmar Lassander, Giovani de Nava

 

THEMA ZOMBIES

C’est dans la foulée de son incroyable odyssée ultra-gore au fin fond des enfers de L’Au-delà que Lucio Fulci propose une nouvelle variante sur la figure des revenants putréfiés avec La Maison près du cimetière. Cette fois-ci, le thème du mort-vivant est étroitement mêlé à ceux de la maison hantée et du savant fou. Basé sur une histoire originale d’Elisa Briganti, le scénario passe par maintes réécritures avant la forme finale que nous lui connaissons, fruit d’envies et d’inspirations contraires. Si Fulci tient à rendre un hommage officieux aux écrits de H.P. Lovecraft, son scénariste Dardano Sacchetti se laisse surtout influencer par « Le Tour d’écrou » d’Henry James et par plusieurs souvenirs personnels liés à son enfance. Trop proche à son goût de La Résidence de Narciso Ibañez Serrador, le scénario de Sacchetti déplaît à Fulci qui le retravaille de fond en comble avec l’assistance de l’auteur Giorgio Mariuzzo (lequel avait déjà fait office de « script doctor » sur L’Au-delà). Le récit définitif s’intéresse au docteur Boyle (Paolo Marco), à son épouse Lucy (Catriona MacColl) et à leur fiston Bob (Giovanni Frezza), déménageant de New York pour s’installer dans une grande demeure bostonienne ayant jadis appartenu à l’étrange docteur Freudstein (belle trouvaille que ce patronyme composite !). Tandis que le docteur entame les recherches scientifiques qui ont justifié le déménagement de sa famille, le petit Bob, grande tignasse blonde et regard clair fort inquiétant, est en proie à des hallucinations étranges où une petite fille mystérieuse ne cesse de lui apparaître pour l’inciter à quitter les lieux.

Le film se nimbe alors d’une poésie insolite et souvent macabre, formellement proche de certaines atmosphères chères au Mario Bava d’Opération peur et au Dario Argento de Suspiria. Mais Fulci demeure le maître incontesté du gore à l’italienne, et les séquences de morts violentes qui scandent le récit ne déçoivent guère l’aficionado : couteau de boucher qui traverse une tête de part en part, égorgements à l’arme blanche ou carrément à mains nues, décapitations, empalements à grands coups de pieux acérés, éviscérations en tous genres… C’est un véritable festival, même si les excès de L’Au-delà demeurent probablement le mètre étalon en la matière. Le coupable de ces abominations n’est autre que Freudstein lui-même, qui sévit toujours dans la cave de l’antique maison, sous forme d’un zombie en fort piteux état. Il ne doit sa survie dans ce lamentable état qu’au prix de la chair et du sang de ses victimes humaines, seules capables de ragaillardir ses cellules dégénérescentes.

Quand Freud rencontre Frankenstein

Les séquences d’épouvante pure s’articulent donc autour de la sinistre cave, prélude aux outrances d’un Evil Dead réalisé quasiment dans la foulée par le jeune Sam Raimi. La première visite dans ce lugubre souterrain se solde par l’attaque sanglante d’une chauve-souris particulièrement déchaînée. Plus tard, c’est la baby-sitter (Ania Pieroni, sublime et furtive Mater Lacrymarum dans Inferno) qui succombe sous les assauts du monstre dans la cave. Le climax s’y déroule tout naturellement, et nous révèle enfin le visage de l’affreux Freudstein, un faciès grotesque et difforme dont le maquillage approximatif est sauvé par un éclairage et une mise en scène des plus efficaces. Le docteur zombifié possède en guise de viscères un amas de vers grouillants, et massacre sans discernement tout ce qui passe à sa portée, sous les yeux horrifiés de l’enfant qui tente coûte que coûte de s’échapper par une fissure taillée dans la tombe des Freudstein… Un grand moment de suspense et d’épouvante, qui clôt en beauté une inoubliable tétralogie cadavérique que Lucio Fulci inaugura deux ans plus tôt avec L’Enfer des zombies.

 

© Gilles Penso

 

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