ROBOT JOX (1989)

Dans le futur, pour éviter les guerres, les pays s’affrontent par l’entremise de robots géants pilotés par des « champions »

ROBOT JOX

 

1989 – USA

 

Réalisé par Stuart Gordon

 

Avec Gary Graham, Anne-Marie Johnson, Paul Koslo, Robert Sampson, Danny Kamekona, Hilary Mason

 

THEMA ROBOTS I FUTUR

Les robots Transformers des rayons de jouets, l’Iliade d’Homère et le roman « L’Étoffe des Héros » de Tom Wolfe sont les trois sources d’inspirations qui font germer dans la tête de Stuart Gordon l’idée de Robot Jox. Après l’intervention du romancier Joe Haldeman et celle du scénariste Dennis Paoli, le script connaît enfin sa forme définitive, au bout de dix réécritures. Le postulat de départ est le suivant : dans le futur, les guerres entre peuples ont causé tant de dégâts que les gouvernements ont décidé d’un commun accord de ne plus y céder. Ainsi, lorsque deux états se disputent un territoire, le litige est réglé par les « Robot Jox », des joutes entre robots géants pilotés par des sportifs de haut niveau, qui se tiennent dans des arènes ouvertes au public. Point d’anthropomorphisme ici, puisque les machines lutteuses adoptent des formes disparates, parfois empruntées aux insectes, et s’avèrent capables de diverses métamorphoses. Lorsqu’il commence à préparer Robot Jox, Stuart Gordon est en train de terminer Dolls. Il propose donc à son producteur Charles Band cette histoire de robots géants, mais celui-ci est réticent. Le coût de Robot Jox est estimé à 30 millions de dollars, et Empire, la compagnie de Charles Band, n’a jamais brassé une telle somme. Cependant, l’efficacité et le faible coût des effets visuels de David Allen, alors à l’œuvre sur les prises de vues additionnelles de Dolls, font pencher la balance. Avec un tel superviseur des effets spéciaux, Robot Jox pourrait être réalisé à un coût bien plus raisonnable. Après plusieurs coupes dans le script, le budget est finalement ramené à 7 millions de dollars.

Pour Stuart Gordon, la séquence d’effets spéciaux qui ressemble le plus à celles qu’il souhaite mettre en scène dans Robot Jox est l’attaque des At-At dans L’Empire contre-attaque. « Nos robots existaient à deux échelles », explique David Allen. « Il y avait les figurines d’animation, qui mesuraient à peu près 50 centimètres de haut, et leurs contreparties mécaniques, hautes d’environ un mètre vingt. Étant donné qu’à l’époque j’étais encore au travail sur Miracle sur la huitième rue, c’est Dennis Gordon qui a supervisé la construction de toutes ces maquettes. Toute l’animation a été tournée dans mon studio, puis nous sommes partis à El Mirage, près du désert du Mojave pour filmer les grandes maquettes mécaniques. » (1) Le tournage principal se déroule pendant neuf semaines à Rome, dans un studio d’Empire où Gordon a déjà tourné From Beyond. Une vingtaine de décors futuristes sont édifiés sur place par Giovanni Natalucci d’après les designs de Ron Cobb, notamment les cockpits des robots, la salle de contrôle vidéo du Marché Commun et le gymnase futuriste des gladiateurs. Peu à peu, le budget du film grimpe à 9 millions de dollars, et Empire s’avère incapable de réunir cette somme. Tant et si bien que Charles Band se voit contraint de vendre sa compagnie en faillite à un consortium d’investisseurs étrangers. Et la sortie de Robot Jox est retardée jusqu’au recouvrement de toutes les dettes d’Empire. Du coup, la superproduction tant attendue, au sujet inédit et aux proportions titanesques finit par se muer en « direct-to-video » anonyme. « À l’époque où nous étions au travail sur les effets spéciaux, il commençait à y avoir des pressions du studio », raconte David Allen. « Il était question d’amenuiser un certain nombre de scènes et de les réduire. Beaucoup d’entre elles ont donc été éliminées. Stuart voulait par exemple montrer les robots évoluer sous la mer et lancer des missiles balistiques comme des Polaris en plein océan. Ces scènes n’ont jamais été tournées. » (2)

La chute des Titans

Que reste-t-il à l’issue de cette triste déchéance ? Principalement une poignée de séquences extraordinaires dans lesquelles des robots grands comme des buildings s’affrontent violemment et vigoureusement, des moments forts qui n’étaient alors jusque-là que l’apanage du dessin animé et de quelques séries TV nippones à base de comédiens vaguement costumés en robots. Les deux grandes scènes d’effets spéciaux de Robot Jox concernent les deux combats que se livrent le héros Achilles et le vilain Alexander à bord de leurs robots respectifs. Le choix des techniques est assez systématique : des figurines animées dans les plans larges et des maquettes mécanique dans les plans serrés et dans ceux qui nécessitent de la pyrotechnie. Au cours du final, le robot d’Alexander est doté de six pattes et marche comme un insecte géant dans des plans très impressionnants en contre-plongée, tandis que celui d’Achilles se replie sur lui-même et roule sur des chenilles. Le travail de David Allen, superviseur des effets spéciaux, n’a rien à envier ici aux prouesses de Phil Tippett dans Robocop, et d’une manière générale les robots sont de grandes réussites. On ne peut pas en dire autant, hélas, du film tout entier, dont l’intrigue, d’une linéarité extrême, ne suscite que peu d’intérêt, tout comme ses personnages taillés à la serpe dont les motivations et les caractères échappent un peu aux spectateurs – ainsi qu’au scénariste, apparemment. Ces sérieuses carences ramènent donc Robot Jox au niveau du petit téléfilm qu’il est devenu, et ce malgré les visions dantesques que Stuart Gordon place devant sa caméra. Le réalisateur de Re-Animator, Les Poupées et From Beyond, qui démarra si fort sa carrière cinématographique, aura du mal à se relever de ce rude échec, né pourtant d’excellentes intentions. En France, Robot Jox sera exploité en VHS sous le titre Les Gladiateurs de l’apocalypse.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

© Gilles Penso

 

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