MUTATIONS (1988)

Des limaces irradiées par des déchets toxiques deviennent soudain carnivores et dévorent la population !

SLUGS

 

1988 – ESPAGNE

 

Réalisé par Juan Piquer Simon

 

Avec Michael Garfield, Kim Terry, Philip MacHale, Alicia Moro, Santiago Alvarez, Concha Cuetos, John Battaglia, Emilio Linder

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Le coup des limaces tueuses, personne n’avait encore osé le faire… Cette lacune a fort heureusement été réparée par Juan Piquer Simon, réalisateur espagnol spécialisé dans les plagiats des films de genre américains, à qui l’on doit notamment le risible Supersonic Man et un Sadique à la tronçonneuse plutôt gratiné. Produit conjointement par l’Espagne et les États-Unis pour un budget ne dépassant pas le million de dollars, Mutations ne restera pas dans les mémoires pour l’audace de son scénario, co-signé par Juan Piquer et Ron Gantman d’après « La Mort visqueuse », un roman exubérant du britannique Shaun Hutson. Qu’on en juge : dans la petite ville américaine d’Ashton, plusieurs morts violentes demeurent inexpliquées. Mike Brady (Michael Garfield), un agent du service d’hygiène, mène l’enquête et trouve les coupables : des limaces irradiées par des déchets toxiques et devenues carnivores ! D’où la réplique qui tue : « Peut-être avons-nous affaire à une espèce de limaces mutantes, du genre qui mange la viande ! » Prononcée avec un grand sérieux, une phrase de ce genre possède évidemment un grand potentiel comique. Bien entendu, notre héros a bien du mal à convaincre les autorités du bien-fondé de sa théorie. Jusqu’à ce que le massacre ne prenne des proportions alarmantes…

Le prétexte narratif du film, qui n’aurait pas surpris trente ans plus tôt au beau milieu d’un cinéma de science-fiction volontiers excessif, s’avère pour le moins daté en 1988. Mais Mutations vaut tout de même le détour pour l’outrance extrême de ses séquences gore, filmées avec un plaisir manifeste par un Juan Piquer en grande forme. La plus corsée d’entre elles se situe dans une chambre à coucher, pendant les ébats sexuels d’un jeune couple. La fille se retrouve en tenue d’Eve au beau milieu d’un tapis grouillant et gluant de plusieurs milliers de limaces qui la recouvrent peu à peu. La bave se mélange au sang sur toute la surface de son corps dénudé, et son œil finit par sortir de son orbite ! Dans le même registre, on se souviendra du jardinier qui se coupe la main à la hache parce qu’une limace dissimulée dans son gant est en train de le mordre, de l’homme dont le visage explose littéralement sous la pression des bestioles rampantes en plein restaurant, ou de ce fermier dont le ventre s’ouvre pour libérer des flots de sang… Le tout agrémenté de bruitages visqueux du meilleur effet.

La mort visqueuse

Les trucages, artisanaux, combinent des centaines de limaces réelles, des reproductions inertes en plastique (proches de celles qu’on trouverait dans un magasin de farces et attrapes) et un exemplaire articulé mû par des systèmes mécaniques sous la direction de Carlo de Marchis, qui assista Carlo Rambaldi sur des monstres un poil plus consistants (notamment King Kong, Alien et le serpent géant de Conan le barbare). Pour d’évidentes raisons budgétaires, Piquer doit en revanche abandonner l’idée d’une limace géante qui était censée intervenir au cours du climax. Du coup, le dénouement tel qu’il se présente dans le montage définitif s’avère un peu mou, pas vraiment à la hauteur des excès précités, lesquels valurent au film une interdiction pendant près de dix ans sur le territoire australien. Pour l’anecdote, on note que l’immense comédienne Silvana Mangano (Ulysse, Barabbas, Mort à Venise) joue très brièvement une cliente dans un restaurant. Ce sera sa dernière apparition à l’écran.

 

© Gilles Penso

 

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