PINOCCHIO (1996)

Le réalisateur d’Electric Dreams et des Tortues Ninja s’approprie le célèbre conte et confie le rôle de Gepetto à Martin Landau

THE ADVENTURES OF PINOCCHIO

 

1996 – GB / FRANCE / ALLEMAGNE / RÉPUBLIQUE TCHÈQUE

 

Réalisé par Steve Barron

 

Avec Martin Landau, Jonathan Taylor Thomas, Rob Schneider, Udo Kier, Geneviève Bujold, David Doyle, Bebe Neuwirth

 

THEMA JOUETS I CONTES

Dans l’inconscient collectif, Pinocchio est un personnage de Walt Disney. C’est en tout cas à travers le dessin animé de 1940 que la plupart des enfants l’ont découvert. Certes, Luigi Comencini avait signé en 1972 une adaptation live rendant justice à l’esprit du texte original de Carlo Collodi et s’éloignant du fameux cartoon, mais au milieu des années 90, avec l’aide des outils techniques dernier cri mis à la disposition des cinéastes, une nouvelle relecture du conte semblait opportune. Emboîtant le pas de Comencini, Steve Barron (connu pour son sympathique Electric Dreams et pour son très facultatif Les Tortues Ninja) s’efforce donc de remonter aux sources littéraires du récit. La coproduction est européenne, les décors le plus souvent naturels (captés notamment en République Tchèque et en Yougoslavie) et le casting plutôt judicieux. Martin Landau, frais émoulu de sa superbe incarnation de Bela Lugosi dans le Ed Wood de Tim Burton, endosse donc la défroque de Gepetto. A ses côtés, les cinéphiles reconnaissent Geneviève Bujold (Obsession, Faux semblants), dans le rôle de son amour de jeunesse, et Udo Kier (le Dracula et le Frankenstein d’Andy Warhol et Paul Morrissey) sous les traits de Lorenzini, un inquiétant marionnettiste.

L’histoire est connue, mais Steve Barron et ses co-scénaristes tiennent à évacuer plusieurs clichés tenaces hérités de la version Disney et à ancrer plus que jamais le récit dans son contexte socio-politique. Le texte de Collodi était avant tout un pamphlet satirique qui n’y allait pas avec le dos de la cuiller vis-à-vis de la société italienne du 19ème siècle. Cette adaptation tente d’en retrouver un peu l’essence en inversant notamment la notion de pantins. Les citoyens bien-pensants décrits par le film agissent eux-mêmes comme des jouets qui se laisseraient manipuler par un comportement social prédéterminé. Cette envie de fidélité à l’esprit de Collodi est forcément une bonne chose, même si l’on sent que la durée du film (95 minutes) est trop courte pour tout explorer. Sans doute un format « téléfilm de luxe » de trois heures aurait été plus adapté. En l’état, le film se contente souvent de survoler quelques péripéties importantes pour ne rien oublier des événements à raconter.

Udo Kier le monstre

L’un des grands atouts de ce Pinocchio est son casting de haut niveau, dominé par un Martin Landau profondément émouvant et un Udo Kier parfaitement effrayant. Ce dernier symbolise à lui seul tous les obstacles que nos héros (le marionnettiste et sa création) doivent endurer au fil de leur aventure. Propriétaire sans scrupule d’un théâtre de marionnettes où Pinocchio est contraint de se produire, il est l’homme qui transforme les enfants en ânes. Lorsqu’il est démasqué, le vilain se métamorphose lui-même en monstre (une espèce d’homme-poisson que nous entrevoyons à peine) puis en gigantesque créature marine – la fameuse baleine qui engloutit Pinocchio, Pepe et Gepetto. Il faut à ce titre saluer la qualité des effets spéciaux du film, répartissant habilement les marionnettes de l’atelier de Jim Henson (en particulier pour Pinocchio) et les images de synthèses conçues par la société française Medialab (notamment pour donner corps à Pepe le cricket). Quant à la fée bleu disneyenne, elle a été judicieusement évacuée du scénario. Toutes ces bonnes intentions sont quelque peu amenuisées par une mise en scène impersonnelle de Steve Barron qui, à force de vouloir s’éloigner des effets de style qui firent sa renommée dans les années 80 (il signa des clips musicaux très remarqués), finit par basculer dans l’effet inverse en optant pour une réalisation fonctionnelle et sans âme. Son Pinocchio s’apprécie malgré tout sans déplaisir et connaîtra même une suite en 1999.

 

© Gilles Penso

 

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