JURASSIC WORLD : LE MONDE D’APRÈS (2022)

L’ancienne et la nouvelle génération de la saga jurassique se réunissent pour un épisode excessif conçu comme une gigantesque attraction de foire…

JURASSIC WORLD DOMINION

 

2022 – USA

 

Réalisé par Colin Trevorrow

 

Avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Sam Neill, Laura Dern, Jeff Goldblum, Isabella Sermon, Campbell Scott, B.D. Wong, DeWanda Wise

 

THEMA DINOSAURES I INSECTES ET INVERTÉBRÉS I SAGA JURASSIC PARK

À l’encontre du concert de voix mécontentes clamant leur déception et leur amertume face à ce sixième opus de la franchise Jurassic Park, osons une note dissonante. Certes, Jurassic World : le monde d’après n’a rien d’un chef d’œuvre et ne marquera pas durablement l’histoire du cinéma. Comment pourrait-il en être autrement au sein d’une saga dont le tout premier épisode se suffisait amplement à lui-même, marquant déjà les limites du concept imaginé par Michael Crichton ? Même Steven Spielberg échouait à renouveler le miracle de son blockbuster préhistorique avec un Monde perdu à la dérive. Finalement, seul Colin Trevorrow sut donner un second souffle aux dinosaures clonés avec son spectaculaire Jurassic World concrétisant enfin sur grand écran le parc d’attractions dont rêvait le vénérable John Hammond. Mais avec Fallen Kingdom le soufflé retombait aussitôt, la mise en scène inventive de Juan Antonio Bayona ne parvenant guère à sauver les meubles. Que fallait-il donc attendre de Jurassic World : le monde d’après ? Honnêtement pas grand-chose. La démesure, la générosité et l’outrance du film n’en sont que plus appréciables, Colin Trevorrow reprenant les rênes de la saga sous la bénédiction de Steven Spielberg pour nous en mettre plein la vue et saturer l’écran de créatures préhistoriques échappées de toutes les époques de l’ère secondaire.

D’emblée, ce troisième Jurassic World tient à respecter la promesse tenue par le climax de l’épisode précédent. Notre planète est donc désormais saturée de dinosaures. Ces multitudes anachroniques s’efforcent tant bien que mal de cohabiter avec l’écosystème déjà en place mais créent un inévitable déséquilibre de forces au sein d’un environnement dès lors dangereusement fragilisé. Trevorrow nous offre alors une série de vues surréalistes décrivant ce fameux « monde d’après » : des panoramas aberrants où la faune du 21ème siècle gambade aux côtés d’immenses sauropodes, d’agiles ornithopodes ou de redoutables carnosaures. Mais c’est sans doute lorsque ces bêtes antédiluviennes s’invitent dans notre civilisation que le spectacle s’avère le plus surprenant. À ce titre, la course-poursuite délirante dans les rues de Malte, empruntant ses effets de style aux sagas James Bond, Mission impossible et Indiana Jones, est un mémorable morceau d’anthologie. Ces atrociraptors transformés en machines à tuer, véritables Terminators reptiliens lancés à vive allure sur les traces de nos deux héros – au sein d’un montage parallèle ébouriffant – nous en donnent largement pour notre argent. Bien sûr, nul besoin d’être un indécrottable cynique pour comprendre que l’abondance de nouvelles espèces mises en scène dans le film est en grande partie motivée par le potentiel commercial des jouets et des produits dérivés. Mais qu’importe : comment ne pas jubiler lorsque se déchaînent les dimétrodons, le giganotosaure, les nasotocératops, le pyroraptor, le quetzalcoatlus ou le therizinosaurus ?

Orgie préhistorique

Jurassic World : le monde d’après pousse si loin l’interaction entre les dinosaures et les humains qu’une enthousiasmante décision artistique et technique a présidé à la conception de ses effets spéciaux : un équilibrage entre les images de synthèse et l’animatronique (près d’une quarantaine de marionnettes sont sollicitées par le tournage, notamment un giganotosaure robotique de 13 mètres de long), ce qui nous ramène au tout premier Jurassic Park qui, à l’époque, faisait office de pionnier en ce domaine. Pour être honnête, toute cette opulence visuelle ne parvient pas à masquer les scories d’un scénario qui ne tient pas vraiment la route, convoquant les trois acteurs principaux du premier film sans leur donner grand-chose d’intéressant à faire, s’égarant dans des péripéties répétitives (notamment au cours d’un troisième acte interminable), cherchant à varier les plaisirs avec des nuées de sauterelles mutantes et un enfant clone, bref partant dans tous les sens sans parvenir à solidifier son intrigue. C’est donc là que le bât blesse. On comprend les esprits chagrins, dépités de voir Sam Neill, Laura Dern et Jeff Goldblum singer leur propre prestation de 1993 sans beaucoup de conviction, tandis que Chris Pratt et Bryce Dallas Howard adoptent des postures caricaturales de super-héros face aux grands sauriens qui leur barrent la route. Objectivement, tout ça ne vole pas bien haut. Mais subjectivement, un amoureux de dinosaures digne de ce nom peut difficilement rester insensible devant cette orgie d’écailles, de plumes, de cornes, de griffes et de mâchoires en furie. Jurassic World : le monde d’après n’est finalement rien d’autre qu’un tour de grand huit dans un parc d’attractions, sa valeur ne se mesurant qu’à la hauteur des sensations fortes qu’il procure.

 

© Gilles Penso


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