LAISSE-MOI ENTRER (2010)

Le réalisateur de Cloverfield dirige deux tout jeunes acteurs dans cet excellent remake de Morse produit par Hammer Films…

LET ME IN

 

2010 – GB / USA / SUÈDE

 

Réalisé par Matt Reeves

 

Avec Kodi Smit-McPhee, Chloë Grace Moretz, Richard Jenkins, Cara Buono, Elias Koteas, Sasha Barrese, Dylan Kenin, Chris Browning, Ritchie Coster, Dylan Minnette

 

THEMA VAMPIRES

L’initiative d’un remake de Morse est d’abord née pour des raisons purement triviales. La qualité du film de Tomas Alfredson étant indéniable mais son exploitation internationale jugée restreinte, pourquoi ne pas produire une version en langue anglaise susceptible d’attirer le public le plus large possible ? En 2008, la Hammer Films (qui vient alors tout juste de renaître de ses cendres) en acquiert donc les droits. Le premier réalisateur envisagé est Alfredson lui-même, qui décline poliment l’invitation. « Je suis trop vieux pour refaire deux fois le même film et j’ai d’autres histoires que je souhaite raconter », explique-t-il à l’époque (1). Le second choix est Matt Reeves, frais émoulu de son travail sur Cloverfield. Mais Reeves hésite. Morse lui semble intouchable et ne justifie selon lui aucun remake. Par acquis de conscience, il lit tout de même le roman de John Ajvide Lindqvist dont est tiré le film original et finit par changer d’avis. Il y a finalement peut-être un nouveau long-métrage à faire autour du même matériau littéraire, qui soit à la fois très respectueux de la vision de Tomas Alfredson tout en s’alignant à la fois sur la sensibilité de Reeves et sur les goûts du public anglo-saxon. Cela passera par quelques ajustements, notamment la relocalisation de l’intrigue à Los Alamos (au lieu de Stockholm) et une vision un peu plus romantique et un peu moins glaciale du lien unissant ses deux personnages principaux.

Si Morse plongeait le spectateur dans une chronologie sèche et immédiate, Matt Reeves choisit d’ouvrir Laisse-moi entrer sur un flash-forward, balisant d’emblée son récit comme une tragédie annoncée. Après la mort énigmatique d’un homme défiguré sur lequel enquête un inspecteur de police, le scénario rembobine pour s’intéresser à Owen, un garçon de 12 ans solitaire et malheureux, négligé par ses parents en instance de divorce. Martyrisé à l’école par des garçons brutaux, Owen sympathise avec Abby, une fille de son âge qui vient d’emménager dans son immeuble en compagnie d’un homme qui semble être son père. Pour donner un visage aux enfants qui tiennent la vedette de son film, Reeves cherche deux perles rares qui ont déjà flirté avec le fantastique. Il les trouve chez Kodi Smit-McPhee (tout juste échappé de La Route avec Viggo Mortensen) et Chloë Grace Moretz (qui joue la même année la « hit girl » de Kick-Ass). Cette dernière poursuivra une carrière à succès jalonnée d’autres remakes de classiques du genre, comme Dark Shadows, Carrie la vengeance ou Suspiria. Reeves ne pouvait rêver mieux. C’est, selon ses propres dires, le « casting parfait ».

Les solitaires

Ces stars en herbe incarnent à merveille deux solitudes qui s’entrechoquent : d’un côté le garçon marginal dont le foyer familial s’étiole, de l’autre l’immortelle vampire coincée dans un corps d’enfant et condamnée à ne pouvoir se lier avec personne. Le statut de monstre d’Abby nous est révélé assez tôt, ne laissant aucune ambiguïté sur sa nature de monstre assoiffé de sang. Mais sa rencontre avec Owen lui donne des envies de normalité, fussent-elles fugaces, quitte à dangereusement s’empoisonner en avalant un bonbon, ou plus tard entrer chez le garçon sans y être invitée, au risque d’y laisser sa peau. Nous sommes donc très proche du film original, que Matt Reeves n’ambitionne jamais de dépasser, mais qu’il revisite en y apposant son propre style. Ainsi peut-on lire dans cette nouvelle version un hommage répété à Alfred Hitchcock – et notamment à Fenêtre sur cour – lors des nombreuses séquences au cours desquelles Owen espionne son voisinage avec un petit télescope. Reeves révèle sa propre personnalité par petites touches, comme en témoignent l’élan de virtuosité qui le pousse à filmer un accident de voiture en caméra embarquée pour mieux immerger ses spectateurs dans le chaos, ou le parti pris osé de ne jamais montrer frontalement la mère d’Owen autrement que dans le flou ou le hors-champ. Suite à ce remarquable remake, la Hammer poursuivra sa renaissance avec des œuvres telles que La Dame en noir ou La Locataire.

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur Total Sci-Fi Online en avril 2009

 

© Gilles Penso

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