ITOKA, LE MONSTRE DES GALAXIES (1967)

Une spore extra-terrestre, ramenée sur Terre par des astronautes, entre en contact avec l’atmosphère et se transforme en monstre géant…

UCHU DAIKAIJU GUILALA

 

1967 – JAPON

 

Réalisé par Kazui Nihonmatsu

 

Avec Eiji Okada, Toshiya Wazaki, Peggy Neal, Schinichi Yanagisawa, Itoko Harada, Franz Gruber, Mike Danning

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Depuis 1954 et le succès de Godzilla, la réalisation de longs-métrages mettant en vedette des grands monstres attaquant les cités est devenue un véritable sport national au Japon. Si les deux compagnies principales pourvoyeuses de titans gargantuesques sont la Toho et sa concurrente la Daiei, d’autres société de production finissent par entrer dans la danse. C’est le cas de la Shochiku qui, profitant de l’engouement du public pour la conquête spatiale et pour les thèmes extra-terrestres, nous offre cet inénarrable Itoka, le monstre des galaxies. Une chanson d’opérette improbable accompagne le générique de début sur fond de constellations, des voix exaltées s’y exclamant : « Regarde, c’est notre Terre ! Regarde, vois comme elle scintille ! Regarde, c’est notre univers ! Regarde, c’est ainsi depuis toujours, c’est l’avenir de tous ! Allez, embrassons-le gaiement ! » La kitscherie inhérente au projet ne fait donc aucun doute. Pourtant, la première moitié du film se veut relativement sérieuse, sollicitant des maquettes franchement réussies pour visualiser les rampes de lancement des fusées, les vaisseaux cosmiques, les bases spatiales ou les sorties extravéhiculaires. Nous ne sommes pas éloignés du charme des effets visuels de Danger planète inconnue, On ne vit que deux fois ou Cosmos 1999.

Après le générique chantant, des hommes trimballent hors d’un hélicoptère un caisson qu’ils manipulent avec précaution, sous la haute surveillance d’un éminent scientifique. Il s’agit d’un combustible nucléaire enrichi, le XTU249, futur carburant d’une expédition spatiale que le gouvernement japonais prépare à destination de la planète Mars. L’Astro-Boat AAB-Gamma est le nom du vaisseau atomique qui s’apprête à décoller. L’équipage est constitué du capitaine Sano, de l’exobiologiste Lisa, du docteur Shioda et du chef des transmissions Miyamoto. Les expéditions précédentes ont échoué, apparemment à cause de la présence d’Ovnis à proximité, mais cette nouvelle équipe entend bien arriver à destination. Or au milieu du voyage, une sorte de soucoupe volante lumineuse brouille leurs signaux. Après une escale sur une base lunaire afin de soigner l’un des membres de l’équipe, la mission repart et croise à nouveau l’Ovni qui recouvre leur vaisseau d’une spore étrange. Cette mission sur Mars est donc un nouvel échec, mais nos astronautes ramènent tout de même sur Terre un morceau de cette spore, persuadés qu’il s’agit d’une découverte scientifique de premier ordre. Or en entrant en contact avec l’atmosphère terrestre, cette substance ne tarde pas à donner naissance à un monstre…

Le bibendum venu d’ailleurs

Passée cette première partie axée sur l’exploration spatiale – dont elle nous donne une vision souvent désinvolte, comme en témoigne cette scène où les astronautes s’amusent à sauter sur le sol lunaire comme sur un trampoline, sur fond de bossa nova joyeuse -, le monstre parait enfin. Et là, rien ne va plus. Toute tentative de réalisme s’efface en effet pour céder la place à un bibendum en caoutchouc au corps godzillesque, aux yeux lumineux, au bec de perroquet, aux oreilles pointues et au crâne hérissé d’antennes. Cette bête invraisemblable, qui n’aurait pas dépareillé dans un épisode d’Ultraman ou de Spectreman, figure en bonne place sur la liste des « kaijus » les plus ridicules de l’histoire du cinéma. Les hautes autorités le baptisent Guilala, mais les traducteurs français lui préfèrent bizarrement le nom d’Itoka. Haut de 60 mètres et lourd de 15 000 tonnes, d’après ce que nous apprennent les journaux télévisés du film, le bougre est insensible aux tirs de l’armée, crache du feu, se charge d’énergie nucléaire et se transforme en boule lumineuse volante. Fidèle à la grande tradition inaugurée par Godzilla, il détruit tout : les immeubles, les tanks, les avions, les bateaux, les usines, les barrages, les fusées, bref c’est un festival du piétinement de maquettes. Amusant mais très anecdotique, Itoka le monstre des galaxies aura droit à une suite parodique tardive en 2008 : Monster X Strikes Back.

 

© Gilles Penso

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