EEGAH (1962)

Richard Kiel, le « Requin » de James Bond, incarne un géant préhistorique dans l’un des films les plus involontairement drôles de l’histoire du cinéma…

EEGAH

 

1962 – USA

 

Réalisé par Arch Hall Sr.

 

Avec Richard Kiel, Arch Hall Jr., Marilyn Manning, Arch Hall Sr., Bob Davis, Clay Stearns, Deke Richards, Ron Shane, Addalyn Pollitt, Lloyd Williams

 

THEMA YETIS ET CHAÎNON MANQUANT

Acteur dans un bon paquet de séries B depuis la fin des années 30, Arch Hall Sr. décide de devenir producteur en initiant la comédie olé olé Magic Spectacles et le film de délinquants juvéniles The Choppers, tous deux sortis en 1961. Le petit succès en drive in de ce modeste diptyque lui donne envie de poursuivre l’expérience. L’idée de son troisième film lui vient en rencontrant Richard Kiel, 22 ans, qui travaille alors comme videur dans un bar et l’impressionne par sa très haute stature : 2 mètres 18. Le futur « Requin » de L’Espion qui m’aimait et Moonraker s’embarque donc dans Eegah, un long-métrage que Hall Sr. décide de réaliser lui-même, sous le pseudonyme de Nicholas Merriwether. Comme pour The Choppers, le cinéaste joue dans le film et offre le premier rôle à son fils Arch Hall Jr., un jeune rocker qui tente de percer en se donnant des faux airs d’Elvis Presley bien propret. Pour jouer la fiancée du héros, Hall Sr. choisit Marilyn Manning, qui est à l’époque sa secrétaire. On le voit, Eegah se tourne « en famille ». Conçue à l’économie, sans autorisations de tournage, avec un budget ridicule de 15 000 dollars, cette série B parfaitement improbable est filmée majoritairement à Bronson Canyon, précisément là où se déroulèrent les prises de vues d’un autre nanar de science-fiction délirant, le mythique Robot Monster.

Un blues bizarre accompagne le générique de début, au cours duquel les noms apparaissent sur des pierres tombales surplombées de têtes sculptées. Nous découvrons alors la pétillante Roxy (Manning). La jeune femme finit ses emplettes, fonce dans sa voiture de sport, donne rendez-vous à son petit-ami Tom (Hall Jr.) – employé dans la station-service du coin -, puis traverse le désert de Palm Spring. Là, elle voit soudain apparaître devant son capot un homme des cavernes extrêmement risible (Kiel), même si ce n’est manifestement pas l’intention du réalisateur. Mais voir ce grand type en peau de bête qui s’agite de manière hystérique en grognant, affublé d’une barbe hirsute et armé d’une grande massue, active aussitôt les zygomatiques des spectateurs. Le géant s’enfuit en entendant arriver la voiture de Tom, mais Roxy est passablement secouée. En entendant cette histoire incongrue, son père (Hall Sr.), un écrivain spécialisé dans les récits d’aventure, décide d’aller mener l’enquête et se rend sur la montagne vers laquelle mènent les pas du colosse. Comme son hélicoptère n’arrive pas à l’heure prévue, Tom et Roxy partent à sa recherche…

Moi Eegah, toi Roxy

Plusieurs séquences invraisemblables ponctuent cette variante hilarante du motif de la Belle et la Bête, comme lorsque notre géant antédiluvien transporte Roxy dans sa caverne, la renifle longuement puis lui cherche des poux dans les cheveux. Il lui demande ensuite – avec ses borborygmes incompréhensibles postsynchronisés par le réalisateur – de serrer la main de sa famille, réduite à l’état de squelettes, avant de la nourrir avec une cuisse de chèvre et de lui fait contempler ses jolies peintures rupestres… le tout sous les yeux attendris du père de la jeune femme qui affirme avec joie, en parlant de l’homme préhistorique : « Nous avons établi une belle amitié. » Autre morceaux de choix : le Cro-Magnon soudain amoureux qui chantonne en apportant un bouquet de fleurs à Roxy, laquelle lui recouvre plus tard le visage avec de la mousse à raser pour lui tailler la barbe… Bref, c’est du grand n’importe quoi. Les ballades rock qui ponctuent régulièrement le métrage – chantées dans un très mauvais play-back par notre Elvis du pauvre – n’arrangent évidemment rien. Vers la fin du film, le géant investit une petite ville et sème la panique en découvrant la civilisation, calquant son attitude sur l’homme des cavernes de Dinosaurus, avant un climax imitant quant à lui celui de King Kong.

 

© Gilles Penso

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