

Un chauffeur de taxi sillonne les rues de New York en pleine nuit, à la recherche de nouvelles victimes dont il pourrait boire le sang…
GRAVEYARD SHIFT
1986 – CANADA
Réalisé par Jerry Ciccoritti
Avec Michael A. Miranda, Helen Papas, Cliff Stoker, Dorin Ferber, Dan Rose, John Haslett, Don James, Michael Bokner, Lesley Kelly, Marton Bockner, Frank Procopio
THEMA VAMPIRES
Après avoir signé plusieurs épisodes de la série Le Voyageur puis le slasher parodique Psycho Girls, le réalisateur canadien Jerry Ciccoritti s’attaque au thème du vampirisme avec Graveyard Shift, qui sera rebaptisé Central Park Drifter lors de son exploitation vidéo. Ce changement de titre vise sans doute à éviter toute confusion avec La Créature du cimetière de Ralph S. Singleton, qui porte déjà le titre original Graveyard Shift. En France, cette nouvelle appellation est légèrement modifiée pour une meilleure compréhension du public local. Central Park Drifter (« le vagabond de Central Park ») devient donc Central Park Driver (« le chauffeur de Central Park »), accompagné d’un superbe poster signé Laurent Melki, maître incontesté des jaquettes vidéo accrocheuses et des affiches de cinéma flamboyantes. Tourné fin 1985 grâce à des fonds privés réunis par les producteurs new-yorkais Arnold H. Bruck et Stephen R. Flaks, le film de Ciccoritti – qui choisit d’être crédité ici avec le prénom Gerard – est donc une série B modeste s’efforçant de masquer ses faibles moyens avec toutes sortes d’effets de style esthétisants. L’acteur principal, Michael A. Miranda, opte lui aussi pour un pseudonyme, probablement en hommage à ses origines italiennes. Il est donc mentionné au générique sous le nom de Silvio Oliviero.


Miranda/Oliviero incarne Stephen Tsepes (clin d’œil à Vlad Tepes, le « vrai » Dracula historique), un vampire vieux de plusieurs siècles qui traverse toutes les nuits les rues de New York, au volant de son taxi, en quête de nouvelles victimes à vampiriser. Celles-ci sont exclusivement féminines et viennent peu à peu grossir les rangs d’une sorte de harem assoiffé de sang. Les cadavres mutilés commencent à sérieusement encombrer les rues de la ville et inquiètent la police, qui mène mollement l’enquête pour tenter d’élucider ces massacres en série. Entretemps, Stephen rencontre Michelle (Helen Papas), une réalisatrice de clips musicaux au bout du rouleau. Déçue par l’arrêt de son émission, trompée par un mari volage et atteinte d’une maladie incurable, la malheureuse n’attend donc plus rien de la vie. Attendri, notre taxi driver amateur d’hémoglobine s’apprête à la tuer, mais il tombe amoureux d’elle et finit par perdre le contrôle de la situation. C’est le moment que choisissent toutes ses femmes vampires pour se déchaîner…
La révolte des femmes vampires
Central Park Driver est un pur produit des années 80. Sa musique synthétique tapageuse, ses projecteurs colorés, ses fumigènes et ses nuits bleutées en font un véritable cas d’école. Mais tous ces effets de style ne sont pas de simples maniérismes cachant la misère d’un budget anémique. La narration du film s’en nourrit parfois de manière singulière. La première séquence d’envoûtement/vampirisation, par exemple, laisse le décor s’évanouir pour plonger les personnages dans un environnement noir et abstrait. Au-delà du détournement des codes graphiques des vidéoclips, ce parti-pris suggère l’abolition des notions d’espace et de temps, au cœur justement des préoccupations de nos immortels aux dents longues. Plus tard, un montage parallèle sensuel juxtapose une scène d’amour avec deux séquences de séduction qui s’achèvent dans un bain de sang. Mais cette esthétique moderne et chic n’évacue pas totalement le classicisme, puisque Stephen dort tous les soirs dans un bon vieux cercueil. Et lorsqu’il est invité à une soirée, il porte une cape digne de celle de Bela Lugosi. L’aspect le plus étonnant du personnage est son choix de s’attaquer aux causes perdues. Il ne vampirise en effet que les femmes désespérées, désireuses d’en finir avec la vie ou condamnées. « Je viens vers mes maîtresses quand elles approchent du cycle de la mort », explique-t-il à Michelle. Cet « humanisme » inattendu tranche avec ses congénères. Toutes ces belles idées sont hélas un peu gâchées par les errances d’un scénario qui finit par céder à la confusion et par des acteurs pas particulièrement expressifs. Aujourd’hui, Central Park Driver se redécouvre comme une étrange bulle temporelle, nimbée du charme singulier des curiosités de l’époque vidéoclub.
© Gilles Penso
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