LE CHEVALIER DU MONDE PERDU (1983)

Dans cet énième sous-Mad Max, un motard se joint à un mouvement de résistance pour renverser le régime fasciste qui règne sur le monde…

WARRIOR OF THE LOST WORLD / IL PREDATORI DELL’ANNO OMEGA

 

1983 – ITALIE

 

Réalisé par David Worth

 

Avec Robert Ginty, Persis Khambatta, Donald Pleasence, Fred Williamson, Harrison Muller, Philip Dallas, Laura Nucci, Vinicio Ricchi, Consuelo Maraccini

 

THEMA FUTUR

Le Chevalier du monde perdu est né de la fusion de deux idées. Il y a d’abord le producteur Edward Sarlui, qui essaie de lever des fonds pour un film post-apocalyptique inspiré de Mad Max 2, sans scénario mais avec un poster qui représente un motard masqué dans un paysage futuriste. Or les investisseurs se montrent frileux, sans doute parce que Sarlui n’a encore rien produit pour le cinéma. Parallèlement, le directeur de la photographie David Worth, qui vient alors d’enchaîner deux films avec Clint Eastwood (Bronco Billy et Ça va cogner), imagine le scénario d’un film qu’il aimerait réaliser lui-même, et qu’il définit comme une sorte de « Homme des hautes plaines à moto ». Mais ce projet non plus n’avance guère. C’est la rencontre des deux hommes qui va permettre au Chevalier du monde perdu de se concrétiser. Lorsque Sarlui tombe sur le scénario de Worth, il décide de se lancer avec lui dans l’aventure, à condition que son histoire soit retravaillée pour se dérouler dans le futur. Porté par un producteur débutant et un vieux routier du cinéma d’action, le film trouve enfin son financement. Pour le rôle principal, Worth choisit Robert Ginty, qui l’a beaucoup impressionné dans Le Droit de tuer. D’autres visages familiers lui donnent la réplique, comme Persis Khambatta (l’inoubliable Ilya de Star Trek le film), ce bon vieux Donald Pleasence (qui boucle le tournage de ses séquences en trois jours) et Fred Williamson (qui insiste pour jouer dans le film afin de prolonger son séjour en Italie).

Le film s’ouvre sur un interminable texte d’introduction qui nous donne le contexte post-apocalyptique et dystopique du récit. Nous sommes dans un futur peu reluisant dont le régime dictatorial Omega est mené par le tyran Prossor (Pleasence), tandis que des hordes de hors-la-loi et de marginaux végètent dans les parties les plus sauvages de la planète. C’est là que surgit « le motard » (Ginty), chevauchant sa bécane ultramoderne équipée d’un ordinateur baptisé Einstein. Après une série de poursuites et de fusillades qui paient ouvertement leur tribut à Mad Max 2, notre héros fonce tout droit vers une paroi rocheuse. L’accident devrait logiquement le laisser pour mort. Mais voilà qu’il se retrouve dans une sorte d’au-delà brumeux et bizarre. Nous apprenons qu’il a franchi « le mur de l’illusion », où des anciens sages en toge le soignent et lui donnent une mission : mener leur combat contre Prossor. Après cette parenthèse surnaturelle (qui dénote totalement avec le reste du film), le motard s’allie avec Nastasia (Khambatta), la fille d’un scientifique kidnappé, et pénètre dans le QG d’Omega. Nous nous retrouvons alors dans un univers proche de celui de THX 1138, avec des employés serviles, des décors aseptisés et des policiers casqués tout de noir vêtus. Les malheureux sujets qui sont jugés inefficaces y sont exécutés publiquement, dans une ambiance fasciste qui détourne l’imagerie nazie…

Des mutants, des punks et des karatékas

Noyé dans la masse abondante d’imitations du classique de George Miller qui pullulent alors sur les écrans du monde entier, Le Chevalier du monde perdu ne sort pas vraiment du lot. Certes, ses chassés croisés sur la route sont généreux, mêlant des voitures, des motos, des camions, des dragsters, un hélicoptère et même – clou du spectacle – un énorme véhicule blindé. Mais nous avons déjà vu tout ça ailleurs, et le choix de saturer la bande son de bruitages électroniques pseudo-futuristes (les voyants des tableaux de bord font « bip-bip », les pistolets « ptiou ptiou ») ridiculise les séquences d’action au lieu de les renforcer. En ce domaine, le pire vient sans doute d’Enstein, l’intelligence artificielle qui tente de nous faire rire avec sa voix cartoonesque et ses interjections enfantines. Pour varier les plaisirs, David Worth met en scène toutes sortes de guerriers improbables (des amazones, des karatékas, des camionneurs, des punks) mais aussi des mutants difformes aux allures de zombies ou les danseurs d’un club SM. C’est distrayant, certes, mais pas franchement mémorable. D’autant que même les acteurs n’ont l’air d’y croire qu’à moitié. Robert Ginty trimballe sa silhouette de baroudeur barbu en lâchant ses dialogues d’une voix incroyablement lasse, Donald Pleasence joue les méchants caricaturaux dans une tenue qui rappelle Blofeld dans On ne vit que deux fois, Fred Williamson reste sagement à l’arrière-plan et Persis Khambatta donne le sentiment de ne pas trop savoir ce qu’elle fait dans ce film. Et que dire de cette invraisemblable chanson finale, où tous les résistants se tiennent par les épaules en chantant la fraternité des hommes et l’amour de la Terre ? Reste un petit twist final amusant, ouvert vers une suite qui ne verra jamais le jour.

 

© Gilles Penso

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