

Tout juste sorti de prison, un homme cherche à remettre la main sur un butin caché par son frère, un homme perturbé qui se prend pour John Lennon !
DEN SIDSTE VIKING
2025 – DANEMARK / SUÈDE
Réalisé par Anders Thomas Jensen
Avec Mads Mikkelsen, Sofie Gråbøl, Nikolaj Lie Kaas, Lars Ranthe, Nicolas Bro, Søren Malling, Lars Brygmann, Kardo Razzazi, Bodil Jørgensen, Anette Støvelbæk
THEMA TUEURS
Présenté hors compétition à la Mostra de Venise et nommé dans toutes les catégories majeures des Roberts – les récompenses décernées par la Film Academy du Danemark – notamment meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur, The Last Viking fait preuve, tout en affichant une horreur gore hyperbolique, d’une véritable philosophie humaniste qu’Anders Thomas Jensen s’amuse à explorer par l’absurde. Sélectionné aux Oscars dès ses premiers courts métrages, le cinéaste remportera d’ailleurs la statuette en 1999 avec Election Night. Le film met en vedette le charismatique Mads Mikkelsen, auréolé du Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes 2012 pour La Chasse. Quelques années plus tard, Thomas Vinterberg lui offrira à nouveau un rôle majeur dans Drunk, qui remportera l’Oscar du Meilleur film international ainsi que le César du Meilleur film étranger en 2021. Mikkelsen incarne ici Manfred, un homme atteint d’un trouble dissociatif de l’identité qui se prend désormais pour John Lennon et menace de se suicider dès que l’on remet en cause sa nouvelle personnalité. Face à lui, l’acteur danois Nikolaj Lie Kaas – vu dans le rôle de l’officier en chef Larsen dans le Frankenstein de Guillermo del Toro – interprète Anker, son frère tout juste sorti de prison après dix années passées derrière les barreaux pour un braquage de banque. Une partie du butin, toujours introuvable, a été secrètement cachée par Manfred/John. Ce dernier ayant vécu l’absence de son frère comme un abandon, les retrouvailles ne s’avèrent pas aussi simples que Anker l’espérait, et récupérer la part de l’argent qui lui revient est loin d’être gagné.


Entre la susceptibilité de son frère, les blessures enfouies qui se ravivent ou encore l’intervention de Flemming (Nicolas Bro, vu entre autres dans Cheval de guerre de Spielberg), un ancien complice cupide et sans scrupules qui vient menacer sa famille, Manfred va devoir affronter les traumas du passé. S’ensuit un road movie surréaliste et haletant qui les conduira au fin fond de la forêt entourant leur maison d’enfance, mais aussi dans un voyage temporel à l’intérieur de leur propre psyché. D’autres personnages tout aussi fantasques se joignent à l’aventure : une sœur légitimement anxieuse, écrasée par le devoir familial depuis que leurs parents ont tous deux disparus durant leur petite enfance ; un styliste raté, fanatique des Beatles, qui voudrait se reconvertir en écrivain pour la jeunesse ; des patients échappés d’un service psychiatrique sécurisé qui peuvent se prendre à la fois pour Björn (le chanteur-guitariste d’Abba), Ringo Starr, Paul McCartney, Jésus, John Wayne ou le footballeur Michael Laudrup… Nous retrouvons également, parmi cette famille recomposée sensible et improbable, un énigmatique thérapeute qui théorise avec une logique très personnelle sur le fait que « chacun a le droit de vivre dans sa propre réalité », car dans les feux intérieurs de la création, qui peut prétendre identifier la frontière de la folie ? Si, au moment de redonner vie aux Beatles à sa manière, le film pose ce genre de question existentielle, les solutions proposées pour y répondre ne dénoteraient pas dans une œuvre des Monty Python.
Une pépite du cinéma danois !
Le jeu des acteurs comme la photographie évoquent le classicisme formel des frères Coen ou des frères Farrelly. Quant au scénario, parfaitement orchestré, il semble tout droit sorti d’un récit cruel des EC Comics, tout en convoquant l’esprit des néo-westerns contemporains tels que Last Stop in Yuma County, dont il partage l’humour noir et l’ultraviolence graphique chère à Quentin Tarantino. Pour autant, le film ne se prive pas de faire sans cesse preuve d’une réelle tendresse envers ses personnages. Tous font preuve d’une bonne volonté désarmante pour tenter de panser les blessures, apaiser les douleurs et affronter les traumatismes du passé lorsqu’ils resurgissent des profondeurs de l’oubli ou du déni. Car au-delà de sa dimension parodique, le récit se distingue surtout par l’absence totale de jugement moral arbitraire. Une fois les émotions fortes passées, les protagonistes cherchent avant tout à réparer leurs fautes, leurs erreurs et le mal qu’ils ont pu causer. C’est cette ambiguïté de leurs (res)sentiments et de leurs contradictions qui les rend aussi drôles que touchants. Avec un cynisme savamment dosé, cette œuvre à la fois macabre et profondément humaine nous entraîne au plus profond de leurs troubles, pour révéler l’héroïsme généreux qui soude ce Last Viking à son entourage.
© Quélou Parente
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