

13 ans après Alain Chabat, Philippe Lacheau s’empare à son tour de l’animal fantastique imaginé par Franquin pour une nouvelle comédie absurde…
MARSUPILAMI
2025 – FRANCE
Réalisé par Philippe Lacheau
Avec Philippe Lacheau, Jamel Debbouze, Tarek Boudali, Elodie Fontan, Julien Arruti, Alban Ivanov, Corentin Guillot, Reem Kherici, Jean Reno, Gérard Jugnot, Didier Bourdon
THEMA EXOTISME FANTASTIQUE
Pour Philippe Lacheau, écrire et réaliser Marsupilami n’est pas seulement un rêve d’enfant qui se réalise, c’est une revanche inespérée. « En 2011, j’ai fait le casting du film d’Alain Chabat », raconte-t-il. « À l’époque, j’étais vraiment au fond du trou, sans boulot, sans argent, et je comptais vraiment là-dessus. D’autant que j’étais très fan de Chabat et de Jamel Debbouze. J’ai passé le casting avec Max Boublil, je ne sais plus pour quel rôle. Mais on ne nous a pas retenus. Du coup, en me retrouvant quelques années plus tard à co-écrire et à réaliser le Marsupilami, j’avais forcément plus de chances d’avoir le rôle ! » (1) Déjà producteur et distributeur de Sur la piste du Marsupilami en 2012, c’est Pathé qui se tourne vers Lacheau pour cette nouvelle version. Le studio français mise en effet beaucoup sur l’énorme cote de popularité de « la bande à Fifi », toujours vivace depuis leurs premiers succès Babysitting et Alibi.com. Lacheau et sa petite troupe sont à leurs yeux les candidats idéaux pour donner une nouvelle vie à l’animal imaginaire inventé en 1952 par le génial Franquin, à l’époque simple « bouche-trou » (selon les propres termes de son créateur) conçu pour dynamiser une des aventures de Spirou et Fantasio. Si le Marsupilami de 2026 n’est ni une suite, ni un remake de celui de Chabat, un étonnant point commun relie directement les deux films : Jamel Debbouze, qui retrouve le personnage de Pablito Camaraon et partage donc l’affiche du film avec Lacheau et ses comparses habituels : Tarek Boudali, Elodie Fontan et Julien Arruti.


L’ombre de Babysitting plane dès les prémices du film, puisqu’une caméra de surveillance y dévoile – selon les codes du « found footage » – la gaffe de David Ticoule (Lacheau), employé d’un zoo qui détraque par mégarde le système de fermeture centralisée des cages et libère donc dans la ville tous les animaux sauvages. Cette entame amusante, couplée aux vacheries que Ticoule et son ex-femme se font depuis leur séparation (elle fait peindre un homme assis aux toilettes sur la portière de sa voiture côté conducteur, il fait tailler sa haie en forme de doigt d’honneur), nous procure une bonne dose de rires simples et primaires mais efficaces. Le reste du film, hélas, souffre d’une balourdise généralisée qui ne joue pas beaucoup en sa faveur. Les gags y sont souvent poussifs (la bêtise congénitale du collègue de travail joué par Julien Arruti, la susceptibilité à répétition du chanteur has-been qu’interprète Tarek Boudali) et les nombreuses guest-stars sollicitées (Jean Reno, Gérard Jugnot, Didier Bourdon, Vincent Desagnat) assurent le service minimum. Tout le monde a l’air de bien s’amuser, certes, mais l’enthousiasme ne se communique pas si facilement avec les spectateurs en droit d’attendre une écriture un peu plus solide.
Dans le sillage d’E.T.
Ce qui saute aux yeux, en tout cas, c’est le fait que Philippe Lacheau ne se soit visiblement toujours pas remis de son tout premier choc cinématographique : E.T. l’extra-terrestre. Les références et les hommages aux classique de Spielberg abondent en effet dans ce Marsupilami, témoin d’une démarche sincère à défaut d’être pleinement aboutie. C’est d’E.T. que viennent ces parents divorcés qui se déchirent, ce petit garçon perdu en quête d’un ami imaginaire, cette petite créature conçue majoritairement grâce à des marionnettes animatroniques (avec tout de même le renfort des images de synthèse pour les actions les plus dynamiques) et bien sûr cette poursuite à vélo ultra-référentielle au cours de laquelle les compositeurs Maxime Desprez et Michaël Tordjman tentent de tutoyer le lyrisme de John Williams. La « cinéphilie vidéoclub » de Lacheau le pousse à multiplier d’autres clins d’œil, notamment à Gremlins, Jurassic Park, Titanic et Le Grand bleu. A vrai dire, il n’est pas simple de savoir quel est le cœur de cible du film. La mignonnerie véhiculée par la petite bête et par son nouveau confident et complice vise de toute évidence le tout jeune public. Mais Lacheau se lâche aussi côté gags en dessous de la ceinture (l’érection du Marsupilami, l’Ecossais en kilt qui s’exhibe devant un groupe d’enfants, une épilation du maillot qui tourne mal) destinés de toute évidence à la tranche d’âge du dessus. Perplexes face à ce spectacle hybride pas tellement convainquant, on retiendra tout de même quelques idées de mise en scène originales, comme le combat contre les mercenaires filmé depuis le point de vue du Marsupilami, ou les séquences d’action jouées au ralenti par Alban Ivanov après que ce dernier ait été imbibé avec des « gênes de paresseux ».
(1) Extrait d’une interview par Sonia Devillers diffusée sur France Inter en janvier 2026.
© Gilles Penso
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