

Un savant fou transforme son frère décédé en mort-vivant et l’envoie assassiner toutes ses anciennes conquêtes…
EL SECRETO DEL DR. ORLOFF
1964 – ESPAGNE / AUTRICHE / FRANCE
Réalisé par Jess Franco
Avec Hugo Blanco, Agnès Spaak, Perla Cristal, Magda Maldonado, Marcelo Arroita-Jauregui, Pepe Rubio, Pastor Serrador, Marta Reves, Daniel Blumer, Luisa Sala
THEMA MÉDECINE EN FOLIE I JEKYLL ET HYDE
Si Le Sadique Baron Von Klaus ressemblait à une variante de L’Horrible docteur Orloff, dont il reprenait de nombreux éléments scénaristiques et stylistiques, Les Maîtresses du docteur Jekyll en constitue quasiment une suite officielle. Jess Franco capitalise en effet sur le succès de son premier film d’horreur pour le décliner sous plusieurs formes. D’ailleurs, le docteur Jekyll que nous annonce le titre français n’a rien à voir avec Robert Louis Stevenson. Son nom n’est utilisé que pour son pouvoir évocateur auprès des spectateurs – comme le Necronomicon que Franco réalisera plus tard et qui ne présente aucun lien avec H.P. Lovecraft. Le titre original des Maîtresses du docteur Jekyll étant El Secreto del Dr. Orloff, on comprend mieux la filiation entre les deux films. Dans L’Horrible docteur Orloff, un scientifique incarné par Howard Vernon créait une sorte de robot humain afin d’enlever des jeunes femmes dans l’espoir de pouvoir restaurer le visage défiguré de sa propre fille (en une variante délirante du concept des Yeux dans visage). Ici, nous apprenons que le docteur Orloff (joué par Javier De Rivera) est agonisant. Sur son lit de mort, il livre à son confrère Conrad Jekyll (ou Conrad Fisherman, selon les versions du film), les documents qui lui permettront de prendre le pouvoir à distance sur un être inanimé grâce aux ultra-sons.


Incarné par Marcelo Arroita-Jauregui, Jekyll/Fisherman utilise cette technique secrète pour redonner vie à son frère Andros (Hugo Blanco), qu’il a lui-même assassiné en découvrant sa liaison avec sa femme Inglud (Luisa Sala). Réfugié dans le dernier étage de son manoir, le savant fou manipule Andros, désormais mort-vivant, et l’oblige à tuer ses maîtresses, principalement des danseuses de cabaret sur lesquelles il reporte ses échecs scientifiques. Mais son plan machiavélique est perturbé lorsque sa nièce Melissa (Agnès Spaak), qui vient tout juste d’avoir 17 ans, débarque pour passer Noël avec lui et sa tante. Bien décidée à découvrir les causes de la mort de son père Andros, elle découvre chez les Jekyll une atmosphère lourde et inquiétante et confie ses craintes à son ami Jean-Manuel (Pepe Rubio), un jeune journaliste à qui elle demande de surveiller la demeure. Bientôt, tous deux vont se retrouver nez-à-nez avec l’automate humain aux instincts meurtriers qu’est devenu ce pauvre Andros…
Le docteur et l’assassin
Jess Franco soigne tout particulièrement l’atmosphère du film, qui se réapproprie les codes du cinéma d’épouvante gothique tout en s’inscrivant dans un cadre résolument contemporain. La fille seule en nuisette qui explore les couloirs sombres ne brandit donc pas un chandelier mais une lampe torche, le laboratoire du savant fou n’est pas situé dans une crypte souterraine mais dans une pièce moderne, le jazz se substitue aux partitions classiques et l’érotisme est plus frontal. Mais au fond, l’esprit n’a pas changé. Le tueur, lui, nous rappelle beaucoup Conrad Veidt dans Le Cabinet du docteur Caligari, dont il reprend la grande silhouette sombre, le visage blafard et le regard exorbité. Émule pathétique du monstre de Frankenstein, ce mort-vivant n’assassine que des jolies filles, de préférence lorsque celles-ci sont dénudées. L’acte homicide se lit ici comme la projection des frustrations sexuelles du savant qui tire toutes les ficelles. Ce dédoublement de la personnalité — le médecin respectable d’un côté, l’assassin sanguinaire de l’autre — renvoie naturellement au couple Docteur Jekyll / M. Hyde et finit presque par justifier le titre français du film. Si Hugo Blanco campe avec conviction cette créature qui n’a plus d’humain que l’apparence, Marcelo Arroita-Jauregui ne possède ni la présence physique ni le magnétisme nécessaires pour donner toute son épaisseur à ce médecin pervers et sociopathe. Quoi qu’il en soit, force est de constater que Jess Franco accordait à l’époque un soin bien plus grand à sa mise en scène, à ses cadrages, à ses éclairages et à son montage que durant les décennies suivantes, au cours desquelles la quantité prévalut bien souvent sur la qualité.
© Gilles Penso
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