

Excessif et débridé, ce troisième opus enrichit la mythologie créée par Don Coscarelli et rallonge la liste de ses protagonistes…
Phantasm 2 n’ayant connu qu’un succès modéré au box-office mondial, Universal décide de ne pas s’engager dans une éventuelle suite en tant que producteur. Nous sommes en effet loin du carton d’autres sagas horrifiques telles qu’Halloween, Vendredi 13 ou Freddy Krueger. Le studio accepte cependant de poursuivre son rôle de distributeur si Don Coscarelli souhaite continuer sur sa lancée. Avec un budget plus modeste mais une plus grande liberté d’action, le scénariste et réalisateur prend le pari d’initier un troisième épisode qui lui permet de solliciter à nouveau A. Michael Baldwin pour jouer Mike – rôle qui avait été attribué à James Le Gros dans Phantasm 2 à la demande d’Universal. Les deux autres piliers de la franchise, Reggie Bannister et Angus Scrimm, répondent eux aussi à l’appel. Restrictions financières obligent, Phantasm 3 n’utilise que très peu de musique originale (quelques minutes à peine) pour recycler majoritairement des extraits des bandes originales des deux films précédents, composées par Fred Myrow et Christopher L. Stone. Pour assurer la continuité, les trois premières minutes de Phantasm 3 compilent des extraits des deux premiers opus, en prenant garde de masquer le visage de James Le Gros pour éviter tout problème de raccord. Nous sommes donc plongés immédiatement au cœur de l’action.


Après sa mort apparente à la fin de Phantasm 2, le Tall Man émerge de sa dimension parallèle, toujours aussi sinistre et grimaçant. Pendant ce temps, Reggie, Mike et Liz Reynolds ont un violent accident à bord du corbillard qu’ils conduisaient. Le véhicule explose, et Reggie a tout juste le temps de sauver Mike, en état de choc. Liz n’a pas autant de chance. Ce personnage ayant été imposé par Universal pour injecter un peu de romance dans le second film, on imagine Coscarelli heureux de pouvoir s’en débarrasser aussitôt, maintenant qu’il a les mains libres. Et pour bien marquer le coup, le Tall Man bat en retraite en brandissant la tête coupée de la jeune femme, promettant de revenir à la charge lorsque Mike sera rétabli. Deux ans plus tard, ce dernier est toujours hospitalisé et dans le coma. Il vit alors une expérience de mort imminente au cours de laquelle son frère décédé, Jody, lui apparaît. À son réveil, Mike est attaqué par une infirmière démoniaque qu’il parvient à neutraliser, une sphère émergeant de la boîte crânienne de la furie pour s’envoler par la fenêtre. Le Tall Man ne tarde pas alors à débarquer et à emporter Mike avec lui. Reggie va s’efforcer de ramener son ami parmi les vivants, mais comment ?
Les rôdeurs et les sentinelles
Si les effets numériques et les images de synthèse s’invitent pour la première fois dans la saga – principalement pour quelques plans larges dynamiques des sphères volantes ou pour des effets de métamorphoses rapides en morphing – les bons vieux maquillages spéciaux à l’ancienne sont toujours là, conçus par Mark Shostrom (Evil Dead 2) et D. Kerry Prior (Le Blob), et nous gratifient de visions grand-guignolesques inventives : le faciès monstrueux des nains lorsqu’ils retirent leur capuche, des mains coupées qui se transforment en petits monstres voraces, des zombies au sang vert, des têtes arrachées et perforées… Le film nous montre aussi de manière un peu plus détaillée comment le Tall Man transforme les cadavres en petits serviteurs. Si la chair sert de matière première à ces nabots diaboliques (qui sont ici nommés pour la première fois par leur sobriquet de « lurkers », autrement dit « rôdeurs »), les cerveaux alimentent les sphères fatales (que le scénario désigne désormais comme des « sentinelles »). On le voit, la mythologie créée par Don Coscarelli s’enrichit un peu, sans pour autant donner aux spectateurs toutes les clés du mystère. Car Phantasm et ses suites tirent leur charme de leur étrangeté et du refus d’explications rationnelles. L’idée que le croque-mort provienne d’une autre planète est tout de même évoquée au détour d’un dialogue. Pour dynamiser son intrigue, Coscarelli flanque nos héros de deux nouveaux co-équipiers : Tim (Kevin Connors), un gamin as de la gâchette et armé de jouets tranchants (un tomahawk, un frisbee aux bords acérés), et Rocky (Gloria Lynne Henry), une guerrière adepte du nunchaku. Achevé au milieu de l’année 1993, le film reste dans un placard pendant plusieurs mois, Universal ne parvenant pas à se décider sur son sort. Après une sortie en salle très limitée en 1994, il sera finalement distribué directement en vidéo l’année suivante.
© Gilles Penso
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