BIGFOOT (1970)

Une famille de chaînons manquants velus s’est établie dans la montagne et kidnappe des jeunes femmes pour assurer sa descendance…

BIGFOOT

 

1970 – USA

 

Réalisé par Robert F. Slatzer

 

Avec John Carradine, Joi Lansing, Judy Jordan, John Mitchum, James Craig, Chris Mitchum, Joy Wilkerson, Lindsay Crosby, Ken Maynard, Dorothy Keller

 

THEMA YÉTIS ET CHAÎNONS MANQUANTS

Si le Yéti himalayen a fait ses premiers pas officiels au cinéma dans L’Abominable homme des neiges de W. Lee Wilder en 1954 – précédé quatre décennies plus tôt par une variante colossale apparue dans À la conquête du Pôle de Georges Méliès -, son confrère américain s’est montré plus timide. Mais en 1967, un célèbre film amateur, montrant une créature velue bipède qui avance puis se tourne brièvement vers la caméra, fait le tour du monde. Tourné en Californie du Nord par Roger Patterson et Bob Gimlin, ce bout de pellicule a une authenticité toute relative et alimente d’emblée les controverses. Mais il présente le mérite de remettre le Bigfoot sur le devant de la scène, et motive donc la mise en chantier d’un petit film d’horreur tout entier dédié aux chaînons manquants aux grands pieds. Voici donc le bien-nommé Bigfoot, réalisé par Robert F. Saltzer, dont il s’agit du second long-métrage après l’anecdotique film de motards The Hellcats sorti en 1968. S’il bénéficie d’un budget anémique et de deux semaines seulement pour mettre la chose en boîte, Saltzer tient à installer ses caméras dans les régions montagneuses sauvages du nord de la Californie, précisément là où Patterson et Gimlin filmèrent leur grand homme velu et où de nombreuses observations de Bigfoots – ou de Sasquatchs – ont été rapportées au fil des années. Il ne faut pas pour autant s’attendre à un film cultivant le réalisme. Nous sommes au contraire en présence d’un délicieux nanar au scénario parfaitement délirant.

La pilote Joi Landis (Joi Lansing) survole la forêt d’une région sauvage et isolée, à bord de son petit avion, lorsqu’une panne moteur la contraint à sauter en parachute. À peine a-t-elle touché le sol qu’une créature monstrueuse surgit des bois et l’attaque. Peu après, le motard Rick (Chris Mitchum) débarque dans le coin avec sa petite amie Chris (Judy Jordan). En explorant les bois, Chris découvre par hasard un lieu macabre où sont enterrés plusieurs Bigfoots. Avant qu’elle puisse comprendre ce qu’elle vient de découvrir, l’un des monstres l’attaque et l’entraîne avec elle dans les profondeurs de la forêt. Alertés par la disparition des deux jeunes femmes, le bureau du shérif et les gardes forestiers organisent quelques recherches, sans grand enthousiasme. Faute de pistes, les autorités finissent rapidement par abandonner les recherches, convaincues qu’il ne s’agit que d’une affaire banale. Rick, lui, refuse de renoncer. Désespéré, il cherche de l’aide et finit par croiser Jasper B. Hawks (John Carradine), un personnage aussi exubérant que roublard. Contrairement aux autorités, Hawks croit immédiatement au récit de Rick. Mais s’il accepte de partir à la recherche des deux captives, ce n’est pas par héroïsme : il voit dans cette affaire l’occasion rêvée de capturer un Bigfoot vivant et de l’exhiber ensuite dans un cirque…

La huitième merveille du monde ?

Bigfoot est truffé de longueurs qui rendent son visionnage particulièrement assommant. Le générique de début lui-même, qui dure presque trois minutes, annonce la couleur. Puis ce sont les interminables promenades dans la forêt, les fastidieuses virées des motards en rase campagne ou encore les dialogues sans fin dans la boutique du coin. Fort heureusement, les bigfoots viennent régulièrement nous distraire en faisant grrr grrr dans leurs costumes poilus, en capturant les jolies filles et en estourbissant leurs petits-amis. Attachées à des poteaux dans le repaire brumeux des bêtes, les prisonnières se montrent plutôt stoïques. « Que nous veulent ces créatures ? » demande l’une d’elles. « Je pense que c’est une race en voie d’extinction, et qu’ils veulent se reproduire pour prolonger leur espèce », répond l’autre, manifestement peu effarouchée à l’idée de devoir s’accoupler avec un émule de Chewbacca. Le grand moment – involontairement drôle – du film paie maladroitement son tribut à King Kong : le grand Bigfoot martèle sa poitrine puis affronte un un ours, face à sa blonde captive qui hurle, attachée à un arbre. Comme si l’allusion ne suffisait pas, John Carradine baptise cette créature « la huitième merveille du monde » et ose même la réplique référentielle ultime : « ce n’est pas vous qui l’avez tué, c’est la Belle. » Cabotinant comme un fou, l’acteur semble assumer sans le moindre complexe la tournure invraisemblable que prit à l’époque sa carrière. Car l’ex-vétéran des classiques d’Universal montrait alors sa trogne dans tous les nanars possibles et imaginables, de Billy the Kid contre Dracula à Astro Zombies en passant par Horror of the Blood Monsters.

 

© Gilles Penso

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