

Dans ce second long-métrage inspiré de la série animée des créateurs de Wallace & Gromit, un extra-terrestre s’échoue dans la ferme de Shaun…
A SHAUN THE SHEEP MOVIE : FARMAGEDDON
2019 – GB
Réalisé par Richard Phelan et Will Becher
Avec les voix de Justin Fletcher, John Sparkes, Amalia Vitale, Kate Harbour, David Holt, Richard Webber, Simon Greenall, Emma Tate, Andy Nyman, Joe Sugg
THEMA EXTRA-TERRESTRES
Apparu une première fois dans le moyen-métrage Wallace et Gromit : rasé de près, le mouton Shaun imaginé par Nick Park a droit à sa propre série en stop-motion à partir de 2007, avec un succès et une popularité toujours croissants. Alors que la quatrième saison s’achève fin 2014 et qu’une nouvelle année télévisée faste se prépare pour le sympathique ruminant et ses compagnons de la ferme, le studio Aardman décide de lui consacrer son premier long-métrage. Ainsi naît Shaun le mouton, le film, co-réalisé par Mark Burton et Richard Starzak. Le public répond massivement à l’appel et motive la mise en chantier d’un second film. Starzak est supposé repasser à la mise en scène, mais après plusieurs années de développement, Shaun le mouton, le film : la ferme contre-attaque est finalement confié au storyboarder Richard Phelan et à l’animateur Will Becher. Si le premier film transportait tous les héros champêtres de la série dans la grande ville pour un enchaînement de quiproquos délirants (le fermier amnésique reconverti en coiffeur à la mode, les moutons déguisés en humains, un agent de la fourrière animale zélé se muant en super-vilain), celui-ci bascule carrément dans la science-fiction la plus exubérante. Car il faut voir plus grand et surprendre les spectateurs qui attendent autre chose qu’un simple épisode rallongé. Pari réussi : Shaun le mouton, le film : la ferme contre-attaque est une nouvelle réussite.


Une nuit, un mystérieux ovni s’écrase près de Mossingham. À la ferme voisine de Mossy Bottom, Shaun le mouton tombe bientôt nez à nez avec l’occupant du vaisseau, une étrange créature extraterrestre baptisée Lu-La. Cette petite visiteuse espiègle venue de la planète To-Pa est dotée de pouvoirs extraordinaires, notamment d’étonnants dons d’imitations et des capacités télékinétiques. Entre Shaun et Lu-La, le courant passe immédiatement. Mais leur rencontre ne tarde pas à semer le chaos à la ferme, malgré la vigilance sévère du chien Bitzer. Une moissonneuse-batteuse endommagée et d’immenses cercles dans les champs finissent par attirer l’attention du fermier. Profitant de l’engouement soudain de la population pour les extraterrestres, celui-ci décide de transformer la ferme en parc à thème, « Farmageddon », afin de financer l’achat d’une nouvelle machine. Pendant ce temps, Lu-La part avec Shaun à la recherche de son vaisseau pour pouvoir rentrer chez elle et retrouver ses parents. Leur aventure attire bientôt l’attention de l’agent Red, une redoutable chasseuse d’extraterrestres déterminée à prouver leur existence depuis qu’elle en a aperçu dans son enfance.
Rencontres du troisième sheep
Bien plus porté sur la parodie et l’humour référentiel que son prédécesseur, Shaun le mouton, le film : la ferme contre-attaque cligne de l’œil vers Rencontres du troisième type, E.T. (dont il reprend une grande partie de la trame), 2001 l’odyssée de l’espace, X-Files, Doctor Who, mais aussi Les Dents de la mer et Les Temps modernes. Au sein de ce festival de coups de coudes adressés aux cinéphiles, l’intrigue se déploie sur un rythme effréné, profitant toujours du sens du tempo, des gags visuels insensés et des poursuites endiablées qui sont devenus les marques de fabrique des petits génies de chez Aardman. On se souviendra notamment de cette scène de chaos dans un supermarché, de cette cavalcade délirante avec une moissonneuse-batteuse ou de ce climax vertigineux sollicitant l’intervention d’une combinaison mécha digne de James Cameron. « Personnellement, j’adore travailler avec l’argile, car tout y est possible », nous confie Will Becher. « On peut adopter une approche plus organique. Ainsi, tout en animant, on crée les expressions du personnage. On ne peut jamais le reproduire à l’identique. » (1) Ce champ de liberté qu’offre la stop-motion avec des figurines en plastiline est d’autant plus précieux que ce récit, conformément aux codes narratifs établis dans la série et le film précédent, est exempt de tout dialogue, si l’on excepte quelques vagues borborygmes façon Jacques Tati. Chaque personnage s’exprime donc avec ses mimiques et sa gestuelle (un modèle déjà éprouvé avec le personnage de Gromit, et ici décuplé). Plus décesavnt que son prédécesseur en termes de recettes (la crise du Covid est passée par là), ce second film ne freine pas pour autant Aardman qui poursuit la série et produira en 2026 un troisième opus cinématographique : Shaun le mouton : la Bêêête d’Halloween.
(1) Extraits d’une interview présente dans le documentaire Walking With Animators (2026).
© Gilles Penso
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